‹ La conquête du bonheurChapitre 22 sur 133 · Jules ÏGruesde, Temps, 19 mai · texte numérisé non relu

Jules ÏGruesde, Temps, 19 mai

ignorent que la machine ne remplace pas l'homme, qu'elle est un outil délicat, qui exige plus d'attention et plus de soins.

La crise, de désaffection du travail, qui est la pire de toutes les crises morales, date peut-être des environs de 1880. Une crise aussi générale a des raisons profondes. La première est que la littérature ouvrière a eu pour tâche de capter les suffrages des ouvriers d'usines qui souffrent d'un asservissement pénible à la machine, d'une perte complète et des joies du travail libre et de la création individuelle. Leur travail est souvent un travail d'esclaves, accompli d^ns la laideur et dans le vacarme. D'autre part lés « Intellectuels » ont remplacé les anciens courtisans du roi : ils flattent les ouvriers pour en tirer argent et honneurs. Ils sont sincères dans leur horreur du travail, car l'idée de travailler de leurs muscles leur semble la forme actuelle de l'enfer et iis ont magnifié la joie du repos^ sans s'apercevoir que quiconque ne travaille pas devient sans force, sans intelligence et vicieux.

D'autre part» le travail intensif, à l'américaine S est la ruine de la santé et de l'intelligence : il est atroce. Enfin, les parents et les éducateurs, indifférents aux aptitudes des enfants, engagent soixante-dix pour cent des jeunes gens dans des métiers et des carrières qui violentent ou gauchissent leurs tendances profondes.

Trop de travailleurs ont le sentiment légitime qu'un prélèvement excessif est fait sur leur travail par le patronat. Enfin,, considérable est le nombre des commis, des comptables qui travaillent sans joie dans des con- Citions hygiéniques qui diminuent la vie.

De plaSf un héritage puissant de préjugea se drease

1. Voir dans l'Amérique au Travail, de Frazer, et dans les romans d'Upton Sinclair, la vision d'enfer des usines qui ont pour fin unique la chasse effrénée de Targent.

Page 1