LE SENS RELIGIEUX DU TRAVAIL
oulme, de teur patience. II n'y a pas de place pow la folie dans la vie du travailleur parce que c'est une vie expérimentale : elle plonge Tintelligence dans, une atmosphère de réalisme, et rien n'est plus pacifiant purce que, de même qu'une tranchée ouverte dans un terrain révèle les lois qui durant des millions d'années cmt formé les couches géologiques, ainsi tout travail nous. met en présence des lois éternelles de rUnfyers : aussl^ 4ôt, nos pauvres vanités et nos agitations tombent à ce contact comme du lait gonflé quand on jette sur lui de Peau froide. La sérénité c'est de se replacer dans le temps et dans l'espace et de ne pas s'en faire accroire. Le travail étant Fexpérience et la vérité, y aide.
Aussi, dès que le travail cesse d'être une lutte avec les réalités, il devient artificiel, sans sève, comme Test le travail des artistes et des écrivains qui cherchent le anccès, non la vérité : il y a beaucoup de pseudo-travail.
Lfi SSNS RELIGIEUX DU TBAVATL
Nous avons sur les anciens un grand avantage. Ils n'avaient pas découvert le sens relifîieiix du travail qui leur était caché par Tesclavage. C'est au travail que nous devons ce que nous sommes : notre admirable France est faite du travail des paysans qui ont défriché les forêts vierges de la Gaule, asséché les marais. Notre doux parler si clair, si lumineux, suppose des milliers d'écrivains, de penseurs qui se sont emparés des mots créés par l'imagination populaire, qui les out assouplis, précisés, définis, et qui, à force de méditations, les ont décantés des éléments sensibles qui en troublaient la lim*« pidité. Notre &me nationale, si éprise de justice et de raison, a été élaborée dans la souffrance, dans l'oppression par les plus fervents, par les plus nobles et les plus courageux d'entre les Français. C'est grâce à cet hérl-
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tage de travail que, dans la grande guerre de libération, nous avons pu nous dresser contre le despotisme de rAllemagne. Quand nous cherchons la vérité, nous sommes soutenus par les génies nationaux qui, au péril de leur vie ou par le sacrifice de leur bien-être et de leur sécurité nous ont rendu plus facile un effort autrefois dangereux. Il n'est pas un outil, pas unecoromodité, pas une aide qui ne soit le produit d'une accumulation de travail, d'intelligence, d'invention, de courage. Le travail, nous l'avons vu, est peut-être la seule forme concevable de l'immortalité individuelle, car c'est la seule façon pour nous de collaborer au grand œuvre qui 3'élabore dans la Nation, et par elle pour l'humanité.
Si l'Univers, dans sa réalité dernière, est raison, nous ne pouvons aider à son évolution que par notre travail : c'est par notre travail que, comme les humbles construcr teurs de cathédrales, nous apportons notre part à l'œuvre dont nous ne verrons pas la fin. L'œuvre qui consiste à construire l'Univers raisonnable est incluse dans l'œuvre plus proche et plus tangible, celle de construire la France de demain.
La paix rétablie, nous ne pourrons nous montrer dignes des sacrifices des morts de la grande guerre qu'en travaillant courageusement. Il n'y a, du point de vue français, qu'un seul verdict possible sur ta vaillance, sur ton énergie, sur ta persévérance, ta patience : c'est celui de ton travail. Ton œuvre ou ton refus d'œuvrer, cela seul importe, car travailler de toute son âme, cela suppose les plus hautes vertus, et pour l'avenir de la Patrie, rien d'autre n'importe. Quelle France rayonnante nous ferons quand, ayant pour elle un amour fervent, nous saurons suspendre notre vie modeste à sa vie étemelle ; quand tous auront la claire et réconfortante intuition qu'elle est faite de nos travaux consciencieux, de nos efforts. Tous sans peut-être le savoir, travaillent
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pour sà grandeur. Tous, depuis le paysan qui défriche et fait mûrir ses épis d'or sur un ancien marécage, jusqu'au sculpteur qui voit, dans le bois ou la glaise, se lever de belles formes; depuis le médecin passionné pour l'observation de ses malades, jusqu'au musicien qui tire des sons divins de son violon; depuis la mère de famille qui découvre le sens profond de son travail monotone, jusqu'à Tinstituteur et au professeur qui identifient leur vie avec leur travail et qui savent substituer à la forme conventionnelle et morte de leur profession une éducation qui découvre et qui suscite les véritables énergies de l'enfant. . .
Les seuls ennemis et de la grandeur de la France et de la tâche religieuse de collaborer avec l'Univers raisonnable, ce sont Iqs paresseux et les lâches : ceux qui ne font rien, qui ne collaborent pas. Ce sont les oisifs, les parasites.