Pensées VI, 47. Ed. Havet
LA RéCTON SALUBRE DE l'aME 81
La malveillance elle-même nous est utile : « Bien que ceux qui me reprennent, dit cet admirable Nicolas Poussin, ne me peuvent enseigner à mieux faire, ils seront cause néanmoins que j'en trouverai les moyens moimême».
Ainsi aidés du dedans et dti dehors, notre victoire est certaine. Et quand nous avons remporté la victoire, le succès donne du ton à Tâme et redouble le courage. Souvenons-nous de Tenthousiasme provoqué par l'armistice du ^1 novembre 1918. Il en est de même des victoires sur soi.
La grande habileté du diable» est, comme on Ta dit, de persuader aux convertis que la tâche qu'on leur impose est surhumaine. De même, nos philosophes pessimistes s'ils cèdent sur l'immutabilité du caractère, c'est-à-dire sur Timpossibilité de l'éducation de soimême, renchérissent sur les difficultés de la tâche.
' Il y a, en effet, au premier abord une disproportion décourageante entre la faiblesse de nos moyens et la grandeur du but à atteindre. Mais c'est une illusion qu'il faut dis:siper. Cette disproportion, elle est partout.
Qu'est-ce qu'une lettre, qu'est-ce qu'un mot, qu'est-ce qu'une phrase par rapport au livre terminé ? Cependant c'est de lettres tracées les unes après les autres, c'est de mots et de phrases que sont faites des œuvres immenses comme le dictionnaire Littré.
Qu'est-ce qu'un pas, comparé à la hauteur du Mont- Blanc ? Cependant c'est de pas successifs qu'est faite l'ascension.
De même, la minute présente semble d'efficacité imperceptible. L'idée présente, ce n'est rien. Le sentiment présent, ce n'est rien. Un acte présent, ce n'est rien. Cependant le sage a le respect et la crainte de ces riens, parce qu'il sait qu'en accumulant ces impondérables on crée de puissantes organisations d'idées et de sentiments. En tissant ensismble des milliers de fils
Patot. — Bonheur. 6
ittipercepliblès, on forme lin câble capable de soulever des poids énormes. Avec des riens d'actes, on forme de* habitudes et des faisceaax d'habitudes constituent un Caractère.
Ce qui fait le succès du sage, c'est que sa vue pénétrante lui fait apercevoir que Tavenir est entier contenu dans le modeste présent. II sait que Notre-Dame n'est faite que de pierres et de mortier et qu'Un grand cârac^ 1ère n'est fait que des éléments dOnUés à ItIUô. Ces éléments, seuls les sots les dédaignent cummë trop humbles.
Tandis que le vulgaire croit aUx raifacles ^ lé sage sait que la liberté morale, c'est-à-dire la fdrce d'âmé supérieure aux passions, aux événements^ au malheur, n'est pas donnée avec la layette au nouveau-né,- ni même avec sa première robe longue à la jeune fille, ni avec Son baccalauréat au jeune homme.
La liberté n'est pas plus un don gratuit dans l'âme que dans l'élat social : il faut là conquérir de haute lutte. Ce qui est donné au sage, au héros, au Saint, ce sont les minutes, ces atomes du temps et les idées fragiles et les sentiments ondoyants et divers, bons oU mauvais. Mais c'est aussi l'humble et fragile pouvoir d'accordër dU de refuser TatleUtion.
De même qu'avec le flocon de neige la nature crée les immenses glaciers des Alpes d'oû sortent lés grands fleuves, de même avec ces éléments minuscules, le sage accumule dans l'âme les réserves de bonnes habitudes où s'alimente notre liberté morale.
Les éparpillés, donc les ratés de la vie morale, se distinguent du sage en ce qu'ils se confient au hasard. Ils croient au miracle et que l'avenir dé l'âme est Une création e nihilo qu'il n'est nul besoin de préparer. Le jour du danger, on se débrouille !
Ce sont les véritables sceptiques car leui* conduite implique la croyance àTabsurdité de TuniVers. Au cott-
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traite le sage triomphe parce qu'il â càûMn6e dans rordte Universel et dans lia raison; Une croît gas àti hasard : sOii esprit s'apparente à celui deà Savants et de^ invetiteurs dbht la fotee consiste dans le discernémeût deâ coexistences et des séquences néôessaiï'h^s. Là lutoîêtô de leur puissante attention fait S^éVâiiôUir leà apparences au inilleu descjuellefe se meuvent les l8st)rits faibles. Ils percent jusqu'aux grandes lois élétiiè'titaires qui âôtii simples et jusqtl^aux éléments coilstitdtifs dé tDute construction intellectuelle oU sentimentale, c*èstà-dire jusqu'aux idées et aux penchants gi^oUpëâ psii^le choix de l'attention d'après lés lois primordiales de rassociâtion.
tl pose clairement le problème de là déstibéë : les causes de nos échecs, de nos souffrances, de nOs malheurs sont en nous| c'est la paresse qui laissé pâsséi' les pôs-^ sibilltés d'agir; c'est la hâte sans réflexion qui l)rend les feux-foliets de la vanité et de Tambition pour les étoiles fixes d'après lesquelles on dirige sa course hors des récifs.
Les orateurs de réunions populaires, pour flatter la foule, ne lui disent jamais : le salut est eti toi. Au contraire, ils affirment que lès maux dont elle soufl're soiit dûs à la malice de quelqu'un, ou du gouvernement, ou des curés, ou de la bourgeoisie, ou des juifs... Ils se gardent de lui dire la vérité. L'ignorançe> l'incapacité de s'organi^ser^ l'égoïsme, les vices ne sont en rien causés de misère ! Les gens veulent qu'on les skuve sans touchet à leur sottise : ils attendent le miracle qui fera poUssét les récoltes sans la fatlgtie des semailles !
Le sage sait que pour récolter il faut semer et sarcler. Q se met donc à l'œuvre, faisant chaque jour sa besogne^ bien petite, bien modeste, bien disproportiotinée au résultat — mais il a une confiance religieuse que quand il fait bien, Tunivers entier collabore avec lui. Il a une foi profonde dans l'iUépUisable générosité des lois esseUtielles.
' Les échecs eux-mêmes occasionnés par les caprices de la sensibilité, par les tentations du dehors, ne le démontent pas. Le capitaine sait que la direction de son navire n'est jamais rectiligne. Elle est faite de lignes brisées, car si le navire obéit au gouvernail, il obéit aussi aux courants et aux coups de vent. Qu'importe ! Christophe Colomb peut être rudement secoué par les vagues, il peut embarquer des lames qui ravagent le pont, il peut être obligé de fuir devant la tempête — mais il ne perd pas de vue la route qu'il a décidé de suivre. Au milieu du désordre des éléments et même de la révolte de l'équipage, il oriente imperturbablement la proue vers la terre promise et il finit par y aborder, vainqueur. Rien ne résiste à une volonté qui veut et à une intelligence qui sait.
Le secret de la victoire, c'est d aller de l'avant quand on connaît le terrain. Et d'abord il faut commencer.
« Incipef Dimidium facti est coepisse; super sit JDimidium : rursum hoc incipey et efficies^ ».
Jamais vérité plus profoncle et plus consolante n'a été dite que par le vieux poète gaulois.
Ainsi, mettons-nous résolument à l'œuvre. Chaque jour, à chaque miaute* se présenteront les occasions de petits combats spirituels. Nos ennemis sont rangés devant nous : c'est le combat contre- la paresse, l'envie, la gourmandise, la colère* la luxure, l'orgueil, l'avidité. Il n'est guère de jour, d'heure même où nous n'ayons l'occasion d'une escarmouche et d'une victoire.
Par exeçaple, que d'occasions pour s'exercer à contenir cette horrible irascibilité, courte démence, qui ne nous fait faire que des sottises !
1. AusoNE. Commence ton œuvre. Commencer c'est en avoir fait la moitié. Reste Tautre moitié : commence encore et Tceuvre est faite.
LA RÉGION SALUBRE DE l'aMË 85
Au moment de partir pour prendre le train, c'est un lacet de soulier noué serré, c'est un bouton qui casse, une clé qu'on ne trouve pas! A la gare le train a deux heures de retard : sois calme et n'imite pas les agités et les trépidants, mais amuse-toi de la comédie qu'ils donnent. S'il pleut, tire de ta valise un livre ami... A Tarrivée, ta malle a été égarée. Te fâcher n'y changera rien. Fais ce que tu dois faire, et ne permets pas à la cohue bestiale et épileptique de tes revenants d'intervenir dans tes affaires. Si, sur la route, ta chambre à air éclate, ne t'irrite pas : cela ne la réparera pas. Descends de ton auto avec calme et travaille! Jeune fille, si ta pelote de laine s'est emmêlée, ta douceur vaudra mieux pour la débrouiller que des gestes exaspérés. Remarque d'ailleurs que leschoses semblent mettre une ingéniosité diabolique à accumuler les brimades pour affoler celui qui a perdu le calme.
A toi de profiter des contrariétés pour avancer ta conquête de toi-même. Tâche d'arriver au degré de maîtrise de toi des cyclistes japonais, qui s'étant rudement heurtés, se relèvent endoloris, mais se saluent eïx souriant.
Pas un jour les occasions ne te manqueront d'être supérieur à la douleur, à la malveillance d'autrui, aux contrariétés .
C'est par ces incessants exercices du temps de paix que le sage, prévoyant l'offensive brusquée du malheur, construit pierre par pierre le donjon inexpugnable de l'âme.
Viennent alors les catastrophes :
Si fractus illabatur orbis Impavidum ferient ruinae.
C'est ainsi que les héros cornéliens, ayant pris Thabitude du courage quotidien et d'une haute tenue de l'âme se trouvent égaux aux situations tragiques.
86 iA TÏiQISIÊlUK CONDITiprf Dp boishédr
Lç pQÎnl ç^piUl, c'çst dç comna^ftcer! Où t^:ouvay le stirQpîant, (t^mandeiit }e^ ^dver^ai^e^ du détermipisme §auvpur qup npui^ avops exposé? Évidepam^nt ceux-là manqueropt de stipulant qui conçpivçnt le fconl^eur comme un produis des c|reoi^stance^ extérjevires et prinojpftlejnftnt (iq Ffirgentt Larjdicule cjéconveupe de^ geas entourés dp poqfprt et de luî^e, Tenniii prqfopd, irrémédiable qui eipppjsonue les existences ^ dorées » p'a 4fissillé les yeu]j qye 4'upe iflinofité. ïl ^ fa^Mp \p révpjl de |914 pqpr CQpv2^incfe norp^re (le c|orlptés qu'il étftit pofisible de ipeppr upe vie plus savpufeus^, pli^s i^aine, plus profonde dans la wis^re de? tr^nchéep qpè d^H» le îuxQ pt Topulence.
Pspérons qu'ils spqrpqt tçnir leur yolopté ^ }^ hftHtP^r de )?t dépûuyerte qu'ils ont faite, qqe les çifcopst^pces extériepres ne sont pas Vessentiel pour le fianheur^ que Vessenitel c'est la qualité de Vâme,
Il serait ppérj} de squtenir, avec quelques apcieps, que Ip 3^ge peut ?p trqpver fiçureux d^ns le taureau dç Ph^l^iris ; lesi esprits stQïques, fr^ippés par le mftll^eur, p^f quelque dqujl crue}, p^r rirqpqpplarîté iqimér|tée, par quelque déni de juslice, par un abus de pouvoif , par \^ ruine impfévyp, par une ïqptîlation, et qui opt trouvé dftps }ça rpgipqs sprejpe^ de Tâme as^ez d'éqergie pour recevoir le choc sans toucher des épaules à terre, sont teptés 4' ériger en yègle que les circqqsl^npes extérieures n'ppt ai^çu^e importance comp?iréç5 j| la force acquise 4u cour^gp iptérieur,
Il est dangereux de généraliser et d'ériger en maximes les règles qui ne convienqeqt qp'aux piqraeqls sqblimes de la vie. 11 est indiscutable que les Polyeucies ne balancent pas à affronter la mort pour leurs convictions. Les martyrs de toutes les causes ont préféré le supplice au rppipippnt de leurs conyictJQqs, et malgré que rpxpqaple dp Pip^rp repjaqt Jésu^ soit de n^turp à fîjjre croire que rhéfoïsrae p^t rare, U est cependant yx^ que
COfïSÉQUENCpS DE U VAL^ÇR ÉMININTR DE I^ESPRIT 8?
SOUS nos yei|x des millions de Français ont affronté les pires supplices, la faim, le froid, la pluie, la boqp des traneliéea, les mutilations, la mort pour un bien imma^ tériel, pour Tindépendance de la Patrie.
C'est que chacun sent que )es biens spirituels, sont supérieurs aux biens matériels, qu'ils sont d'une autre esaenca et qu'avicune mesure n'est possible entre eux. C'e3t pourquoi tout un peuple a donné l'exemple du rQnnncen^ent ascétique à tout ce qui est du corps pour sauver ce qui est de l'esprit,
CfiNSÉQUENCES DE LA YALÇUI^ ÉMINENTB DE l'eSPRIT
De cette grande vérité de la suprématie spirituelle des valeurs quelle conclusion tirerons-nous? Qu'il est de notre devoir d'accomplir dans la vie morale une révolution et de réviser les rapports des choses afin de les réorganiser suivant la réalité.
Copernic a opéré une révolution prodigieuse en rétablissant les rapports exacts dans le monde des astres et en démoptrant que la terre n'est pas immobile au centre du monde, qu'elle n'est qu'un satellite du soleil. Quel est le Copernic qui, dans l'éducation, fera la même révolution? Qqand l'ensemble des hommes cessera-t-it de subordonner l'esprit aux choses? C'es^t autour de Tesprit que tout le reste doit graviter; c'est à l'esprit que tout doit être coordonné et subordonné.
Les choses extérieures n'ont de valeur que par rapport à l'esprit. Qu'est-ce qu'un beau coucher de soleil sur la mer ou sur les Alpes pour un aveugle? Qu'est une tragédie de Sophocle ou de Corneille pour un imbécile? La Symphonie héroïque pour uu inculte? Depuis longtemps Spinoza a découvert que nous ne désirons pas une chose parce qu'elle est désirable, mais qu'elle est désirable parce que nous la désirons. Nous ne possédons
que ce que nous aimons. Un dyspeptique reste indifférent à un verre de bon vin ; un atrophié musculaire ne peut comprendre les joies d'une escalade dans les Alpes, et la fortune d'un milliardaire est incapable de révéler à un esprit médiocre les joies de la poursuite désintéressée de la vérité.
Même dans Tordre pratique, les grandes découvertes mettent du temps pour dissiper les préjugés. La découverte de la circulation du sang a mis près de deux cents ans avant de produire ses effets en médecine * . Combien de temps mettra pour produire les siens la découverte . capitale de Descartes, de Berkeley, etc., que le monde extérieur est relatif à notre entendement? Les choses ne sont ce qu'elles sont que parce que nos organes des sens sont ce qu'ils sont. Eux différents, notre monde des sons, des couleurs, des odeurs, etc., serait tout autre.
Ainsi le monde est ce qu'il est parce que notre esprit est ce qu'il est.
A plus forte raison, les plaisirs que nous poursuivons n'ont-ils de valeur que par la richesse des sensations, des sentiments, des pensées qu'ils peuvent évoquer, que par l'esprit et par l'âme que nous y mettons.
Aussi simplement qu'une fillette devenue femme renonce à ses poupées, un saint François d'Assise, un Cakya-Mouni renoncent à la fortune, à une vie extérieure brillante, lorsque la découverte que la vie spirituelle est infiniment supérieure, réduit à rien à leurs yeux la valeur de ces biens qui font l'envie et souvent la perte de milliers de gens. C'est que les valeurs spirituelles ont un éclat prodigieux, même et surtout en l'absence des choses extérieures. Soôrate, dans sa prison, le Christ au Mont dès Oliviers, un pauvre esclave comme Epictète,
1. Haryeyj Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguis, 1628. Découverte de rauscultatiou par Laënnec, 1819.
Epicure et Spinoza vivant avec quelques sous par jour, dépassent en grandeur les plus puissants empereurs environnés de l'éclat du pouvoir. Quand les cerveaux aujourd'hui embrumés > par les préjugés- matérialistes auront cessé de juger sur les apparences, nos arrièrespetits enfants réviseront avec pitié nos jugements de valeur sur les hommes. Ils classeront les gens dans l'estime publique d'après la force en eux de Tintelligence et de la grandeur morale : plongeront définitivement dans l'oubli lei^ gens de parade, inférieurs à leur tâche et à la tâche nationale qu'ils ontaudacieusement assumée et dont le tapage emplit les journaux et même les livres des historiens. On eut fait rire les courtisans du roi Charles VII si on leur eut dit que leur maître ne vivrait dans le souvenir des Français que parce qu'il eut rie . grand honneur d'être secouru par la fille de pauvres paysans de Lorraine! Qui, en France, sait le nom du roi au couronnement duquel Shakespeare figura à une place plus que modeste? La gloire de Louis XIV lui-même ne dépasse pas celle des Corneille, des Molière, des Descartes, des Pascal.
Les grandeurs d'ordre spirituel sont tellement supérieures aux grandeurs d'ordre matériel que celles-ci ne se classent que d'après leur participation à celles-là. Cette évidence fournit une méthode précise d'évaluation des valeurs et une règle de conduite dans toutes les circonstances de la vie.
L'amour, la plus puissante des passions^ est digne d'éloges quand il avive Fintelligence, et- que par les responsabilités qu'il impose, il développe l'énergie, rend légères les tâches ardues et double la surface de l'âme par Texpérience des sentiments de paternité et par les
9Û LA TROISIÈME ÇONpITIQN DU BQNHEUR
deToirs étendus que suscitent les enfants. Ilest funeste quftqd il se ipqe ^n égojfspfte à deux et qu'il parte alteinle à rintégrjté de rinJelligeuce et dp Ténergie.
L'argent est excellent en tant que sa pqurauite ti^nt del^Qut upe partie de rhiwanité. Il provoque du travail, de? e(Torts 4'intelligpnce. Il donne (les facilités pour réducatjqn des enfants : mais il est dangereux quand il devient qp J)ut au lieu de dpn^eurer un moyen pour une vie plusi haute, plus noble, plus complète. L'avarice et Tavjdité rendent stupide. L'argent gagné par )^s parents, détruit chez l'enfant l'expérieppe de la pauvreté qui seule peut le placer dans des conditions upru^ales vis-à^ via du prochain. En outre, seule la pauvreté donne à l'énergie ^a trempe. Il y a une maladie de la YOlonté qui se développe lorsque la vie est trop aidée, de même qu'qn ne devient jamais up bon nageur quand on a fait pçs 4él)Uts aidé de ceintures de liègç.
Ce qui diqiinue l'intelligence pt Ténergie spirituelle est dono mauvais. Le souci excessif des garanties de la vie empêche t)ien des neurasthéniques de vivre. « Pour assurer problématiquement dans l'avenir iucertain notre vie incertaine, nous anéantissons notre vie certaine dans le présent certain ».
Les désœuvrés, faute , d'énergie, galvaudent leurs heures en menus tracas, en visites inutiles, en lectures sottes, en plaiMrs médiocre^! Que de femmes s'usent en menues contrariétés I
^{ nPU^ cqntinuons l'application de noire critérium, nous verrpps que l'ascétisme, difficile à jugeri devient cho^p excellente tant qu'il est un ei^erpice de l'énergie rendue maîtresse de la paresse, de la gourmandise pt des passions» Il devient funeste dès qu'il porte atteinte à la santé, qu'il diminue la richesse de la vie intellectuelle et morale. La préférence donnée au^ choses désagréables comme si elles valaient par elles-mêmes, c'est démpucÇî non ascétisme, tant il est vrai que la yertu
pÈGLE UNIVERSÇLIE pE CONDUITE 91
consiste à nei jamais porter €^tteinte aux forcer (le Tesprit. "La ma|2^ç|ip elle-même pe^t être ut|Ie. Elle nous spustrait à la tyrannie dps eboses et des geps : elle nous (Ipnae le loisir' de réflécl^ir, de déco^vrir les Yérjt^lileî^ rapports des choses, de rectifier bien des erreurs. Si 1^ maladie çst gr^ve, si elle nqus coîifrontp avep la mort, c'est une expérience qui peut renoiiyeler la vie en l^ sirnpliUai^t, par elle nous révèle qtje les biens essentiels et les besoins véritables sqpt liniités.
J^e inalheur lui-puêpie peut être fécond. C'est ?^près Toyage que Ton aperçpil. le Mont-Blanc de très loii^. De mêiRe, quand iipe injustice upus frappe, quelle leçpn ^ TpA ^6iit réfléchi^ ! Con^ipe on distingue alprs les choses iiflportaples (Je celles que l'habitude et le. préjugé nous fajsaj§nt surévaluer! Aquejle cqmpréhensipn plus haute risoleoiept nous condqij,! Comme Platon a raison de dire qu'il v^ut fflieux subir l'injustice que de la qomniettre !
De même, ppur juger de la valeur (le nos hal)itndes, quel critérium p'avong-nons pas? Sont utiles celles qui travaillent à 'a primauté de l'esprit : les l^abiludes d^prçlre, de réflexion, les habitudes de courage. Sont répréhensibles les habitudes tupH^s, qui diminuent répeygie, depuis les habitudes (l'effort lent, mou, jusqu'à rhabitude de s'alcooliser, sans compter des habitudes pires encore 1
Si la spiritualité a une valeur incpn^parable c'est parce qu'elle est la perfection de potre nature- Ppuy la réaliser, Tintelligence a du pénétrer là sensibilité et en quelque sorte la sublimer de façon que la volppté s'élève d'un nipuvement naturel (rhabîtude est une seconde nature) vers la vérité, vers la beauté, vers le ^ien,
Il sufpt, pQur que \qï\ intelligence s'éj^ve^ que tu discernes clairement quelques réalités.
D'ahprd, qu'eu faisant l^ part de la f^t^li^é, des mutîlationSf des maladies chromqu^s qui détruisent l'énergie,
dâ LA TROISIÈME CONDITION DU BONHEUR
de la misère qui empêche toute éducation, le malheur humain e^tla conséquence du vice, de Tincohérence, de l'imprévoyance, de l'irréflexion, de la sottise acquise. Cette vue de la vérité est le stimulant nécessaire de la volonté du mieux.
Ensuite tu dois savoir que, grâce à l'appui du déter- , minisme, tu peux conquérir la liberté.
Enfin, tu dois sortir des brumes des préjugés et^our y parvenir il faut que tu te situes dans l'Univers.
Sache, en gros, l'histoire de la planète que tu habites, et connais l'antiquité de la chaîne des générations dont tu es un anneau. Te situer dans le temps et dans l'espace, afin de te libérer de l'orgueil qui est la plus grande cause d'abêtissement et de violence. Le sentiment de ta place dans l'univers te mettra à même de constater avec lucidité combien l'égoïsme pur ressemble à un crétinisme moral, et il t'enseignera que la vraie destinée de l'homme n'est pas une vie rampante et basse, parce qu'elle donne infailliblement la nausée, mais une vie suspendue aux valeurs spirituelles les plus hautes, à Dieu, si tu as la foi, et si tu ne l'as pas, à la Puissance inconnue manifestée par l'ordre dans l'Univers et par la raison dans notre pensée.
Tu te rendras compte que, quelqu'aiènt été les erreurs, les défaillances de la France dans le passé, tous ses génies de premier ordre, tous ses héros, tous ses saints sont pénétrés d'une croyance profonde à l'ordre et à la raison dans l'Univers, et qu'il faut travailler à aider cet ordre, cette raison à se réaliser. Les sceptiques euxmêmes croient du moins que si l'Univers est sourd et aveugle, nous devons en prendra notre parti, et nous dire qu'il n'y aura dans la société, d'ordre, de raison, de justice réalisée que ce que nous eh réaliserons par notre travail et par l'éducation.
Cette unanimité de nos penseurs t'ejnseigne que si tu as quelque peine à suspendre ta vie individuelle à la
puissance la plus universelle, trop abstraite, du moins tu peux la suspendre à cette réalité proche, infiniment aimable, qu'on appelle la France. Par là ta vie sera transfigurée et elle participera à quelque grande réalité qui te dépasse, qui est, sinon éternelle, du moins une incarnation de ce qui est éternel, et qui, cependant est proche de tes yeux et de ton cœur.
A travailler pour cette vivante réalité, tu découvriras quelle joie intense et quelle force prendra ta vie chétive et passagère quand tu t'inspireras chaque jour de la sagesse et.de Fintelligence de tes frères morts qui, eux aussi, ont travaillé à la même tâche que toi. Rabelais, Montaigne, Corneille, Molière, Pascal, Descartes, Malebranche^ Voltaire et tant d'autres seront pour toi des amis plus proches de ton cœur et plus réellement vivants que beaucoup d'hommes habitant la même planète. Tu peux ainsi l'entourer d'un cercle d'intimes, composé de grands Français, à faire pâlir de jalousie un roi qui lui, à cour sûr n'a jamais eu un ami.
Mais la spiritualité n'est pas seulement intelligence, elle est sensibilité.
Aussi est«-il raisonnable de soigner l'âme, d'en réaliser les tendances^ de les ordonner en appliquant intelligemment le pouvoir de création que n(Jus venons d'étudier. A nous de conquérir non la paix de l'âme, qu'on peut obtenir comme les bouddhistes par une espèce de mort anticipée mais la sérénité qui naît de l'équilibre conquis, qui est une victoire, une joie habituelle, fixée. Il faut, pour s'y hausser, suivre la tradition des plus beaux caractères français : celle d'une virile liberté intérieure, faite de calme et de courage. . C'est ce que Corneille appelle la force d'âme : elle nous permet de demeurer d'aplomb au milieu du désordre et de la déraison. Cette conception de la vie est dans la tradition nationale. Déjà Rabelais définissait le pantagruélisme « une certaine gaîté d'esprit confite en mépris
94 LA tROISIÊME CONDITION bÛ BONHEUR
des choses forltiiteâ ».*Elle s'oppose à là stlsceptibilité mesquitife d'un Werther, pauvre imbécile qui a trouvé l*art de se rendre malheureux. Dante a eu raison de réserver litt cercle de soti enfer à ceux qui pleurèrent alors qu'ils pouvaient être joyeux. La mélancolie est iine espèce de suppuration de l'âme cJUi s'aàeptîse à la lumière des pensées généreuses. « Mon hypodottdrle, disait Lichtenberg, eût la faculté d'extraire, poUr mon propre usage, là plus grande quantité possible de poison de chacjue événement de k vie ».
Pour gagner la sérénité armée il faut être en harmonie avec les- tendances profondes et avec 1^ raison. Il faut résister à l'éparpillement, source de tout le mal, puisque s'éparpiller, c'est ise condamner à la nullité. Il faut « être ferme dans les courants » , être soi à tout prix. Un homme est Une méthode vivante. Un Caractère résulte d'une concorde harmonieuse, ordonuée entre leà tendances naturellement incohérentes et Indisciplinées. Cette concorde, Cette harttlônlë, cet ordre, nous àVôUâ montré comment on les établit avec Taide du tenipis qui récompense surabondamment nos efforts. Le déterminisuiè seCDurable protège notre création de hous-rUêmes, cotnmé ces cloches où l'on cortipritne de l'air permettent de jeter daUsle sable mouvant de Id rivière les fondations bétonnées d'une arche de pont : établies, ces fondations résisteront désormais aUx caprices et aUx colère.s de Teau. C'est ainsi que lé Sage construit, sons le flot torrentiel des SehSatioUS et des passions, dèS fondations liées par île ciment des associations' d'états dé conscience. Si elles sont emportées une fois, deuï fois, dix fois, il ne se décourage pas et peu à peU s'élève un pilier solide Sur lequel 11 pourra construire sa vie morale. Dès lors, il se rit de la malédiction de Therslte i « Que tes passions te servent de gUide jusqu'à ta mort j^ *.