Shakespeare, Troïlus et Cressida^ 11, lll
C'est le plus terrible vœu que Ton puisse adresser à un être humain, car il renferme en lui les malheurs tragiques et les malheurs ridicules. Œdipe roi, Philoctète, Macbeth, Othello, Cléopâtre, Rodogune, Phèdre, Harpagon, Tartuffe, quelle lignée de malheureux fascinés par une passion ! Malheureux tragiques quand il y avait en eux une grande énergie qui bien dirigée eût pu les transformer en héros, malheureux lamentables quand ils étaient médiocres !
Au contraire, un Epictète, un' Epicure, un Marc- Aurèle, un Malebranche, un Pascal, un saint François de Sales, tous les héros et tous les saints, ont orienté leur vie vers la pure lumière de la raison. Conscients de la fragilité humaine, ils n'ont pas cru au miracle dans la vie de Tâme : ils ont conclu un pacte avec la loi de causalité. Ils ont voulu les effets : recueillis et attentifs, ils ont guetté les occasions d'agir sur les causes, étudié les forces de leur âme, et utilisé lés ressources de la psychologie, c'est-à-dire de letii* expérience: Sachant que la volonté dirige, mais ne met pas en motivemelit, ils ont discipliné les puissance^ motrices que sont les passions. Ils ont de bonne heure compris 1 importance iinmense de la résolution prise de vivre conformémetit à un idéal moral : aussi Socrate et saint Augustih, arrivés bien près de la perfection humaine, peuvent-ils avouer les mauvais instiilcts de leur jeunesse. Ils ont vaincu^ parce qii'un jour ils ont décidé de se tirer du bourbier, et que rien ne résiste à une résolution vitile.