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CHAPITRE IV

La Sppiété

La prison cellulaire est un châtiment insupportable : souvent la raison déjà faible des délinquants sombre, quand le prisonnier réalise en pensée la durée pesante des années de réclusion.

L'isolement, l'abandon social est la misère suprême : le charbonnier, au cœur de la forêt, a du moins Tamitié de son chien.

Sentir autour de soi la sympathie, est une nécessité vitale. N'est-il pas triste que dans nos villes des malheureux soient aussi dépourvus d'appui moral que l'était Robinson Crusoë dans son île? La société, la conversation des gens compétents sont aussi nécessaires pour notre pensée et pour nos sentiments que l'air pour les poumons. Outre ce bienfait primordial de la société, il en est d'autres. La politesse indispensable dans les relations mondaines développe notre pouvoir d'arrêt, si précieux pour l'éducation de nous-même. Nous lui devons : propreté méticuleuse, mise correcte, respect de soi, aisance sans familiarité. Beaucoup de vieux

garçons, qui ont vécu seuls, ne savent réprimer ni leur mauvaise humeur, ni leur irritabilité, ni leur impatience : ils ne sont pas maîtres de leur susceptibilité. Absurde est le mot de Schiller, mot d'Allemand, que la seule relation avec le public, dont on n'ait jamais à se repentir, c'est la guerre. Nous devons aux relations sociales et principalement à la fréquentation des femmes d'âge et d'expérience un affînement qui n'est que la perfection de la maîtrise de soi, car pour être aimable, il convient de n'être ni négligent, ni paresseux ; il faut une attention constante non seulement à ne pas blesser mais encore à plaire. Cela exige quelque pénétration, un certain don d'observer les faiblesses et les aversions de ceux que nous fréquentons. Les habitudes courtoises ont une importance éducative essentielle, car l'homme incapable de dominer ses nerfs et ses penchants demeure rustaud et grossier.

Si un jeune homme qui a un idéal de vie énergique a beaucoup à gagner au commerce des gens cultivés, il ne doit attendre de la société mondaine, toujours superficielle, que l'éducation des manières et un affinement d'ailleurs très précieux. Mais il ne doit pas lui demander ce qu'elle ne donne à personne : le sentiment énergique delà tâche à accomplir, l'unité et la constance du vouloir. Ce n'est pas dans le monde qu'il doit chercher le contentement : il ne le trouvera qu'en lui-même, dans le gentiment de l'effort loyal apporté à la tâche, dans l'activité précise, dans le travail utilisant la synthèse des forces. Le monde ne donne pas l'intrépidité silencieuse qui affronte les difficultés, les obstacles, la pauvreté... Ce n'est pas la force de l'opinion qui conduisit Christophe Colomb en Amérique... Moquons-nous de ce que peut dire de nous « le monde », n'écoutons que ce qu'en dira le sage. '

pATOT. — Bonheur.

On peut pépéter ie la société d'une vjlle ce que dit Montaigne : « il est malaisé de choisir une douzaine d'hommes qui ayent dressé )eur vie à un certain Qt assuré train, qui est le pripcipal but de la sagesse ^.. »

La plupart des gens du monde échappent à l'impitoyable discipline qui, du dehors, mainlient ceux qui doivent gagner leur vie i aussi sont^ilsdes <( éparpillés ».

Etre dispensé du travail obligçitoipe, c'est un privilège qi}i s'expie. Les intelligents sont ceux qui se colletant avec les réalités indociles et qui acquièrent (ians cette âpre lutte Pexpérience et le flair. La minorité oisive, ou semi-fOisive, ne peut guère acquérir que de la pseudor intelligence : une grande facilité verbale, de Tesprit, c'ôsttàrdire une façon élégante, légère de tout effleurer. Une instruction encyclopédique qui dpnpe ^ù% rensei* gnements superficiels sur tout, prépare à ce jeu de raquettes où Ton se renvoie de jolis rieni^. D'ailleurs, les , spectacles changeants de la vie quotidienne, le roman sensationnel, la pièce 4e théâtre, le dem|er scandale ou le dernier divorce suffisent pour alimenter la conversation : aussi, la fréquentation des milieux mondains devientr-elle vite insipide pour quiconque pense. L'intel:ligence la plus robuste s^y dissout par l'habitude de tout efQeurer. Il suffit de voir ce que de viennent nos éoriT vains « arrivés » quand ils abordent dans ce pays séduir saut.

L'int,elligene^ s'y évapore en esprit, en épigraramep malicieuses, en bons mots; les sentiments s'y dissipent t Tamour s'éparpille en galanterie, l'ambition en intrigues, le désir d'action en réclame. P^s un sentiment ne pei}t

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