‹ La conquête du bonheurChapitre 41 sur 133 · CE QUEST LA HIÉRARCHIE MONDAINE '>' {(A · texte numérisé non relu

CE QUEST LA HIÉRARCHIE MONDAINE '>' {(A

contrepoids la vanité. Un père jésuite me disait : « Ce qui fait notre force c'est notre connaissance des rouages de Topinion des honnêtes gens. Nous savons qui les meut, ce qui nous permet de les mouvoir ».

Or les femmes qui donnent le mouvement à l'opinion mondaine sont toujours des femmes âgées dont les idées directrices sont prises depuis trente ans comme du ciment. Souvent elles les ont reçues sans changement de personnes elles-mêmes âgées et routinières. Ce que fait TEtat va d'ordinaire assez mal parce que le pouvoir effectif est entre les mains de vieillards qui constituent une gérontocratie : que dire d'un gouvernement occulte de vieilles femmes qui, en outre, sont souvent « l'entrepot du venin de toute la société ? »

Etrangères par leur oisiveté et par leur vie parasitaire à toute pensée réfléchie et personnelle, enfermées dans la routine, elles s'adossent instinctivement aux traditions massives, pétrifiées, aux orthodoxies religieuses intransigeantes, aux coteries politiques les plus réactionnaires. Ainsi s.'organise dans la société un pouvoir de résistance formidable à tout progrès, et dans chaque petite ville se constitue un clan hostile à toutes les forces vivantes du pays. Paris n'échappe pas à cette formation car il n'est qu'une agglomération de clans.

Dans toutes ces sociétés fermées apparaît une morale de clan : par exemple, un jeune homme A'y est pas déconsidéré s'il fait le malheur d'une jeune fille étrangère au clan. Mais se marier hors de la caste, constitue un délit très grave.

Le préjugé le plus dangereux de ces clans est celui qui condamne le travail manuel ; préjugé si fort, qu'il fait le malheur d'une foule de jeunes gens poussés par la vanité maternelle dan« des situations dites libérales qui ne nourrissent pas souvent leur homme! Que de jeunes filles sans fortune ne se préparent à aucune profession parce que leur clan vit sur l'antique conception que

^^r\U^)':''''^^^i^''' ^ U flOGIÊTÉ

Toisiveté seule est honorable! Quelles souffranoes terribles pour ces victimes d'uu préjugé absurde quand la mort du chef de la famille les livre sans défense à la cruelle lutte pour la vie 1

C'eM que le « monde i» n'est pas satisfait d'une demidévotion s c'est tout ou rien^ Or, pour les femmes d'esprit débile qu'une éducation superficielle multiplie, « être du monde » ou n'en pas êlre est une question plus grave que celle du bonheur même de la famille. « Les grands vendent leur société à la vanité des petits »i La majorité des femmes de la bourgeoisie, de la magistrature, de Tarmée, des carrières libérales subissent pour être du monde une servitude qui fausse la vie : mariage des enfants, choix d'une carrière, organisatiou de l'existence quotidienne : tout est frelaté parce que l'opinion du monde est celle d'une minorité de parasites étrangers aux sincérités de la vie. En effet4 dans la vie saine la pierre de touche dans l'estimation de la valeuri c'est l'habileté et la conscience professionnelles. Un ouvrier scrupuleux^ un artiste, un professeur, un agriculteur attentifs à se perfectionner, imposent le respect à leurs pairs. Quand on a dit d'une femme « qu'elle sait tout faire », l'éloge est d'importance.

Page 1