Reiue de Navarre (grand'mère de Henri IV
iOè Uk SOCIÉTÉ
« Vivre des journées uniquement composées de-divertissement et d'actes futiles : toilettes interminables, séances chez la couturière, déjeuners, dîners, thés, visites, conférences dites littéraires, soirées, bals, théâtres, et toutes les variétés de réunions mondaines, réunions qui ont pour seul objet un plaisir de sensualité ou de vanité ; user son temps en convètsatidnfe sttipidés quand elles ne sont pas malfaisantes; montrer le plus possible de sa peau afin d'émouvoir les hoiûmes ; réfuser d'être mère de crainte de gâter sa taiUè ou de diminuer son train de vie, ou^ si par mftlheur on a des enfants, s'en débarrasser entre des mains mercenaires ; faite dél^ platitudes pour être reçue ou pour être vue dans certaines maisons; dédaigner tout ce qUi n'est pas de « son monde » ; ne jamais faire un effort qui n'ait pobr but une satisfaction personnelle, 6% de l'ordre le plus frivole } passer ainsi du matin au soir tous les jouri^ que Dieil jfait s voilà la vie d'une perruche mondaine.^t que dis-je ? Voilà la vie d'une femme du monde honnête \ »
Ûi le bon sens était « la chose du mondé là liiieut partagée » Texemple de la vie de vanité sers^it sans^ danger, parce qu'une âme fière n'est pas dispdsée à accepter une servitude rabaissante^ à sou mettre sa pensée et sa conduite à l'opinion des femmes du l&oride dont là raison est celle d'un enfant. Il y a quelque bassesse à juger de sa situation par ce quef les autres en pënl^ent. Consulter autrui, c'est la ruine du repos et delà sagesse, parce qu'autrui n'est jamais compétent sur notre boa-^ heur. Un conseil donné au hasard peut faire bèaitcoup de mal à un jeune homme. Et cômiîténtnc^ serait^'il pas donné au hasard? Un tel, dont vôiis escomptez la syinpathie et l'appui ne pense peut-être pas à vous une fois par au; J'ai entendu une dame dozlt une <c amie » était gravement malade interroger : « Etes-vous allé prendre
1, Jules Lemaitre, mars 1902.
LEÇON DÉMORALiSANTE iO?
des nouvelles de M™* X...? » Le domestique ayant répondu affirmativement. « C'est bien » dit-eUe< La pensée ne lui vint pas de demander si les nouvelles étaient bonnes ou mauvaises : la démarche seule importait ! Au fond, le monde dont on se préoccupe, ce sont quinze ou vingt noms : avez- vous vu un tel et un tel?..^ Redouter l'opinion^ dit Nicole^ c'est imiter un soldat qui fuirait sachant le mousqueton chargé à poudre*
leCon démoralisante
II n'en reste pas moins que les gens du monde donnent une leçon démoralisante. Le talent^ laprobité^ Théroïsme même, attirent moins leur attention que la richesse. Aussi, sans se douter de la démoralisation qu'ils sèment, poussent-ils les personnes suggestionnables, qui sont la grande majorité, à gagner de l'argent par tous les moyens. La vénération pour l'argent^ voilà la racine profonde des escroqueries, de la malhonnêteté inouïe du commerce et de l'industrie et de l'énorme mensonge des relations sociales faussées par le besoin de paraître riche. On peut dire que la « bonne société » professe la leçon que donne à son fils le Neveu de Rameau: « Lorsque je possède un louis... je me plante devant lui; je tire le louis de ma poche, je le lui montre avec admiration, je lève les yeux au ciel... je me promène avec fierté... je frappe de la main sur mon gousset; et c'est ainsi que je lui fais concevoir que c'est du louis qui est là que naît l'assurance qu'il me voit ».
Outre le gaspillage, il est une preuve qu'on possède de Targent c'est de paraître vivre sans rien faire* Aussi la fainéantise^ qui devrait déconsidérer/ semblc-t-elle un titre d'honneur. Vous trouverez peu de femmes (dont beaucoup sont laborieuses) qui, surprises à travailler, A'en rougissent et ne s'excusent, tant la bêtise de
l'opinion pèse lourdement sur les meilleures. L'éducation des jeunes filles a été viciée par la néfaste superstition qui fait de la propre à rien et de la fainéante, Tidéal de la haute société. Cet idéal morbide gagne les ouvriers qu'il empêche de prendre conscience de la dignité de leur situation de producteurs comparée à celle des propres à rien, et il empêche la jeune fille de sentir la grandeur de son rôle de maîtresse de maison.
La proscription du travail manuel a, pour les femmes, des effets graves. 11 est nécessaire pour la santé que les trois cent soixante-huit muscles du corps ne demeurent pas inactifs.
Or, l'oisiveté de lajeune fille et delà femme du monde, crée des conditions morbides : mauvaise santé, mauvaise humeur, irritabilité : c'est une cascade de désagréments et de souffrances où la malveillance et l'envie fleurissent comme des champignons vénéneux à Tombre et à l'humidité.
Nous avons besoin de la bienveillance les uns des autres. Pour beaucoup une lettre affectueuse, un mot d'intérêt sinQëre, une sympathie cordiale soat une aide véritable. Les chefs et les personnes de situation mondaine élevée peuvent, à bon compte, donner espoir et courage aux jeunes gens.
Mais l'esprit social est si bas que peu de personnes « arrivées » essaient de se mettre en pensée à la place de ceux qui souffrent. Ils ne s'arrêtent jamais pour évoquer du fond de leur mémoire les pensées qu'ils avaient et les sentiments qu'ils éprouvaient quand ils étaient de timides jeunes gens rêvant d'un appui.
Le besoin de secours moral est si grand qu'il suffit à expliquer le prodigieux essor du christianisme primitif. Le monde antique était implacable k l'égard des pauvres, principalement des vieilles femmes. Ce qui était intolérable, ce n'était ni la misère, ni la mort lente par la malefaim, mais la mort de l'âme par le délaisse^