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4e sa sérénité. Elle déchoit. Le bonheur grave et profond de ceux qui vivent en communion avec les meilleurs hommes de tous 4es temps, fait place aux plaisirs, aux avertissements, aux fracas de la foire aux vanités. La chute est rapide : les plaisirs bas qui soot faciles à atteindre sont bientôt les seu^s que Ton soit capable de goûter : c'est la gourmandise sous toutes ses formes : cuisine raffinée, vins de grands crus, liqueurs, etc. Sottise de Tépicurien, qui paie sa gourmandise de souffrances terribles et d'une vie alourdie, diminuée, comme si répicurisme le plus raffiné n'était pas dans la sobriété! Mais hélas! le mobile principal des hommes demeure la satisfaction du palais, le plaisir de manger et de boire. Dès Tenfance, la punition la plus cruelle n'est-elle pas la mise au pain sec et à l'eau ? Que de femmes passent leur temps à confectionner des gâteaux ! Le domestique le mieux rétribué n'est-il pas le cuisinier? Baptêmes, mariages, etc., tout est prétexte à goinfrerie! Léonard de Vinci compare les hommes grossiers à un sac où entre la nourriture et d'où elle sort. Il les appelle « faiseurs de fumier et remplisseurs de latrines ». C'est tout leur office dans le monde.
A la bonne chère s'ajoute nécessairement le désir sexuel que la littérature décadente, innombrable, essaie dans sa perversité, de peindre avec des couleurs mensongères de façon à ce que les esprits faibles ou déchus le confondent avec la tendresse etavec Tamour. On peut dire que l'effort d'une notable partie des romanciers et surtout des romancières, tend à couvrir du nom respecté d'amour, la sensualité, instinct féroce, bassement égoïste et anti-social. Amour impliquerait sacrifice de soi si le don joyeux de ses aises à son enfant était pour unemaman une souffrance et si un homme sain n'éprouvait de l'allégresse à travailler pour sa jeune femme. Ëst-ice abnégation et immolation que le ravissement d'une volonté qui se donne 'pa^oe que l'égoïsme est
LA VIE INFÉRIEURE EST SEUKE POSSIBLE l27
senti comme indigence, comme une sorte de bassesse ? La recherche de la sensation c'est dégénérescence : c'est Ténergie descendue à un niveau si bas, que les facultés supérieures ne sont plus alimentées. Il n'est pas surprenant dès lors que la prostitution avec ses conséquences dangereuses ou avilissantes ne puisse même plus déclencher les idées et les sentiments antagonistes de dignité et de prévoyance.
Aussi voit-on la société oisive tendre vers les orgies des Romains de la décadence qui prenaient un vomitif pour se Teiùettre à manger.
Les plus énergiques et les meilleurs sentent- que la gourmandise et la bestiale contrefaçon de l'amour ne sont pas des plaisirs, mais 4e vérîlables souffrances et des déchéances camouflées en plaisirs.
Sî l'argent a une influence sur la mise en marche de la volonté, il en a naturellement une aussi débilitante sur l'exécution d'une œuvre, car toute œuvre sérieuse demande des efforts prolongés durant des années. Pour soutenir un effort aussi persévérant il faut des sentiments puissants et stables.
Les sentiments supérieurs étant rongés par l'argent, îl ne peut rester, pour soutenir la volonté que l'avidité, le désir morbide d'amasser. C'est une passion durable. « Je n'ai jamais connu personne, dans aucune circonstance ni dans aucune position qui n'eût besoin d'un peu plus pour en avoir assez*. » Mais l'intérêt n'est un excitant que s'il donne des résultats tangibles et proches: ce n'est jamais le cas d'une œuvre artistique, littéraire ou scientifique de quelque portée. C'e^ donc, pour une œuvre désintéressée, un faible soutien que l'intérêt.
Le mal que fait l'argent à celui qui le détient, s'amplifie le lendemain de la mort. Semblafble à l'outre
1. a  little more to make enough.» Maxime de l»re[ Sidmouth, ministre, cité par M""*» de Boigne, Mémoires»
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d'Eole, une succession qu'on ouvre, souffle la tempête : cène sonl que dissentiments, que haines entre les héritiers démoralisés par Tavidité, à la grande joie des avoués et des avocats.
Déplorable malfaisance de l'argent accumulé. Dès cette vie il attirait comme un aimant les arrivistes sans scrupules. Il faut aux garçons une rare énergie morale pour résister aux dépravateurs à Taffût des jeunes gens trop riches. D'autre part, la poursuite âpre de l'argent, tue les sentiments délicats. Réduits aux sensations par cet appauvrissement, des hommes autrefois énergiques, qui ont fondé des maisons puissantes, sombrent tout à coup dans la débauche et dans le gâtisme, à un âge où les sages ^sont dans le plein épanouissement de l'intelligence et de la vie morale. C'est que la pauvreté et la loi du travail prescrivent la route à un homme, tandis que, la fortune faite, il n'existe ni barrière ni but. Les habitudes rompues laissent le malheureux désemparé, capable des pires sottises. Des noms connus viendront à la mémoire du lecteur.
Pour bien des gens qui semblent encore tenir debout, les lois de la vie feront inévitablement sortir de lamentables conséquences des prémisses posées par une accumulation d'actes absurdes. Les Carnegie, les Boucicault sont rares dans le haut commerce. C'est que le commerce est souvent une profession moralement insalubre. Il fait vivTe dans une atmosphère de dissimulation. Le commerce ne crée rien. En fixant la pensée uniquement sur le lucre, il tend à détruire les rapports humains : les affaires sont les affaires, comme dit Lechat^ Cette forme parasitaire et anti-sociale est appelée à disparaître devant la coopération.
Au moment delà mort, une vie consacrée à la chasse
1. Héros du chef-d'œuvre de Bergerat : Les Affaires sont les Affaires,