‹ La conquête du bonheurChapitre 70 sur 133 · Georges Dumas, La Tristesse et la Joie · texte numérisé non relu

Georges Dumas, La Tristesse et la Joie

qui grouille dans les bas-fonds de la bête humaine*.

L'abstention inintelligente des parents et des éducaleurs laisse l'initiation des enfants se faire par les pervers et les corrompus et par une littérature pornographique d'une richesse que les honnêtes gens ne soupçonnent pas*. A ces basses excitations s'ajoutent rémouslillement des romans, même des romans pour jeunes filles. Manzoni déclarait « de ce qu'on appelle Tamour, il y a — et le calcul est modéré -^ six cents fois plus qu'il n'en serait nécessaire à la conserYalion de Tespèce... si, par miracle, il me venait à l'esprit les pages d'amour les plus éloquentes qu'un homme ait jamais écrites, je ne prendrais pas la plume pour en ' mettre une ligne sur le papier, tant je suis certain que j'en aurais du remords »^

D'ailleurs presque tous les écrivains qui traitent de l'amour le confondent bassement avec le désir, flamme vive mais qiii s'éteint et ne laisse que des cendres. C'est du désir que Beyle dit qu'il y a sur la terre des zones tempérées, des zones glaciales et une zone torride, mais qu'en amour il n'y a que des zones torrides.

Le mal que fait l'instinct génésique est plus terrible que celui que fait une guerre meurtrière. Parmi les cent cinquante mille morts annuels de la tuberculose,, parmi les morts de la fièvre typhoïde, etc., combien avaient l'énergie nerveuse ruinée par cet instinct? Combien de ces épuisés sont alcooliques parce qu'ils demandent à l'alcool l'illusion d'un sursaut? Dans la puUulation des ratés, des affaiblis, des aigris, des paresseux, des neurasthéniques, des épuisés comment

1. Institutiones morales Alphonsianœ ad usum scholarum, P. démentis Marc. 5« éd., 2 vol. de 898 et 835 p., Rome 1889, I et Yi, II vxii de Matrimonio.

3» Vourésy, La gangrène pornographique, 190S, 3. Fragment inédit cité par Bonghi, voir Revue des Deux* Mondes, 15 juillet 1893, page 359

dénombrer le troupeau des victimes de- cet instiact det désastre ?

Le ffoide séminal est une espèce de poison, un excitant violent pour le cerveau. Comme Toprum îl détruH le sens de la mesure et Fesprit de discernement. II trouWe même la perception : « La noire à faire peur est une brune adorable. La malpropre sur soi. est mise sous le nom de beauté négfigée. : . »

Ce poison i»roâuit delà véhémence, de Texagération, du déséquilibre. Dans le mariage seulement peut s'établir le calme, Téquilibre, la lucidité du cerveau. Naturellement beaucoup de mariages sont aussi dangereux ^ue la débauche, mais nous n'écrivons pas ici pour des dégénérés atteints d'érotomaoie. Leur cas regarde la psychiatrie. Une volonté saine est capable de s'évader de la recherche des sensations violentes dès qu'elle a conscience de la déchéance commençante, de l'espèce d'opacité et d'empâtement du cerveau qui suH l'abus dtt plaisir : bientôt à la dépression, à la mauvaise hameiM-, à la raine nerveuse, elle préfère la joie de garder rintelligence nette et l'énergie jeune et fraîche.

Les époux qui ne forment pas un simple couple, et qui raisonnent leur expérience, arrivent sur ce pomt capital à une claire compréhension de la véri4é des . choses : ils sont dès lors capables de subordonner leurs instincts à la raison : condition sine qua non pour que se fonde un foyer.

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