MAUVAIS MARIAGES
ment de son bon sens. II y a beaucoup de fous, de demi-fous, de quarts de fous : lier son sort à une volonté déséquilibrée, c'est courir au-devant du chagrin et du malheur. Le chagrin, le malheur qui arrivent d'un coup peuvent stimuler Ténergie et nous grandir : mais rien n'est plus Corrosif pour Tâme qu'une lutte quotidienne contre la déraison : les volontés les plus énergiques s'y dissolvent et s'y avilissent.
Epouser une personne raisonnable, c'^est épouser une personne vraiment intelligente. Qu'est-ce que la véritable intelligence? La plupart l'ignorent ou prennent du mauvais fer pour du bon acier. Nos méthodes d'enseignement ne nous aident pas à discerner l'intelligence véritable, car elles produisent une espèce de délayage verbal où la trempe du tranchant du jugement ne se fait pas. Le discernement qui est à Tintelligence ce que le fil de la lame est à la hache, consiste dans la force de séparer la réalité des choses de leurs apparences et les rapports vrais des choses des rapports faux. L'intelligence vraie, c'est donc l'esprit scientifique. Les esprits sans valeur s'arrêtent aux apparences, les autres vont au fond. C'est ainsi que le savant classe l'hydrogène parmi les métaux et voit dans la rouille un phénomène de combustion. Il classe la baleine plus près de l'homme que du requin, tandis que le vulgaire en fait un poisson.
L'esprit scientifique est d'un usage quotidien dans la vie d'une femme : appelons-le plus modestement Tesprit d'observation. Voir les choses non telles que les montre l'opinion des étourdis qui ne discernent rien, mais telles qu'elles sont, quelle supériorité dans la vie !
L'incapacité d'observer, aggravée par une éducation qui détourne du réel, n'a pas contribué à améliorer la vie sociale. Nous sommes tous un peu Russes s'il est vrai qu'aucun d'eux ne comprend qu'on doit se soumettre aux faits.
Il est peu de femmes qui ne soient dupées par les idées, presque toujours fausses, de leur milieu : elles commencent à peine à donner des soins rationnels aux bébés : des milliers de mamans attardées assassinent leurs enfants par une alimentation conforme aux préjugés régnants.
La plupart des jeunes filles de la bourgoisie, aveuglées par la vanité puérile de leur milieu, n'ont pas le courage de prendre la direction de leur maison, d'être des ménagères expertes et laborieuses, ce qui ne les empêcherait aucunement de peindre, de s'initier aux grandes œuvres musicales et littéraires Elles constatent leur erreur de discernement quand, le père mort, elles sont précipitées dans un abîme de misère. Ce jouf-là, elles apprécient — trop tard, hélas ! — la valeur du travail, de Téconomie, de Tintelligente administration de la modeste aisance gagnée par le chef de la famille. Ce jour-là, elles voient qu'elles ont pris une baleine pour un poisson! Elles ont vécu pour Tapparence ; elles n'ont pas discerné les dures réalités de la vie, et ce manque d'esprit scientifique se paye d'un prix terrible.
Il est donc nécessaire quand on se marie, si Ton veut garder la quiétude d'espril qui permet le travail fécond, de n'épouser qu'une jeune fille vraiment intelligente, c'est-à-dire capable d'examiner la situation et de s'y adapter sans se laisser aveugler par l'opinion d indifférents ou de sots.
N'épousons donc pas une personne qui déraisonne habituellement, l'esprit faussé par la vanité, ou fermé par une obstination têtue : soyons attentifs au bon équilibre du jugement.
Nous ne pouvons énumérer tous les cas, mais il en est quelques-uns sur lesquels il est bon d'insister.
Il né faut pas épouser une personne irascible, violente, surexcitée, susceptible, semblable au fulminate de mercure que le frottement d'une barbe de plume fait explo-