‹ La conquête du bonheurChapitre 77 sur 133 · MAUVAIS MARIAGE · texte numérisé non relu

MAUVAIS MARIAGE

ser. Rien ne nous fait plus ressembler à la brute que la colère. Quand on a le malheur d'avoir à vivre auprès d'ui^ô personne irritable, il faut se .dire que ce fonds de violence est le legs des lointains ancêtres, durement contraints à la lutte animale pour la vie. Les violents ne sont pas encore adaptés à Tentr'aide sociale : en eux, grondent les a revenants ». Les poussées de violence, comme des torrents qui recouvrent de boue les terres labourées, submergent les idées raisonnables et les sentiments de bonté et de justice : des mots blessants, des méchancetés peuvent faire beaucoup de mai... N'oublions pas que ce sont les petites aiguilles qui font les plus profondes blessures. Les périodes de mauvaise humeur hargneuse, oppriment la famille et rabaissent le ton de la vie.

Il ne faut pas s'y méprendre : les crises de colère sont des crises de folie : ira furor brevis. 11 est nécessaire d'appliquerun traitement préventif : alimentation douce, suppression de la viande, du vin, du café, des excitants : ensuite, il faut s'armer de résignation, s'en aller, durant le déchaînement, afin de ne pas être tenté d'opposer revenants à revenants *. Saint François de Sales donne un conseil de prévoyance excellent :

« Lorsque W)us êtes tranquille et sans aucun sujet de colère, faites grande provision de douceur et de débonnairetéy disant toutes vos paroles, faisant toutes vos actions de la plus douce manière qu'il vous sera possible. » 11 ne faut pas seulement avoir la parole douce à l'égard de ceux qu'on aime, « mais encore toute la poitrine, c'est-à-dire tout l'intérieur de notre âme. »

L'orgueil est aussi une contre-indication. II nous rend vulnérables et violents et il nous abêtit. Vulné-» râbles^ car l'orgueil a la sottise de désirer de la part

i, J. Payot, Les Idées de M, Bourru^

d'âutrui des attentioas proportionnées à Testime qu'il a pour soi et il est constamment déçu, donc constamment froissé et irrité. 11 n'en peut être autrement, car l'orgueil e^t une demi-folie, une espèce de délire des grandeurs qui nous fait croire que nous occupons dans la pensée d'autrui une place qu'il est impossible que nous y occupions. L'indifférence, un salut un peu sec, un sourire narquois, une visite non rendue, une fête à laquelle on a omis de nous inviter, causent, si l'orgueil est à vif, dés souffrances cuisantes. Les orgueilleux finissent par une dépendance servile et abjecte de l'opinion.

Cette servilité, on l'a comparée à celle de la somnambule à l'égard du magnétiseur. Subordination rabaissante à laquelle aboutit l'orgueil ! De plus il abêtit : telle femme qui serait heureuse si elle réalisait un intérieur modeste où elle recevrait quelques amis, veut singer la femme riche qui l'hypnotise : elle invite une foule d'indifférents : elle donne des dîners et des soirées qui la ruinent! Beaucoup, par orgueil, voient grand et elles ne savent pas savourer les fruits exquis de leur propre verger I De même, il leur faut des orchidées rares — les roses et les œillets de leur jardin, elles n'en goûtent pas la beauté, elles n'en sentent pas le parfum! Éblouis par l'éclat du luxe, les vaniteux sont iucapables de le peser à son poids véritable et d'évaluer combien est misérable son rendement en bonheur.

Remplis d'amertume et d'envie, ils dédaignent les joies sûres et pénétrantes que la vie simple offre à profusion aux regards calmes et lucides. L'orgueil est donc fertile en souffrances directes et de plus l'œil, aveuglé par le miroitement du luxe, devient inapte à discerner les bonheurs délicats qui s'offrent par essaims dans la vie quotidienne. Il importe donc de n'épouser qu'une personne qui tienne debout toute seule et qui 3oit capable de garder vis-à-vis de l'opinion une virile

LA PARESSE, DESTRUCTRICE DU BONHEUR m

liberté d'appréciation et de n'en accepter la juridiction que lorsque la raison en approuve les jugements.

Une autre tare qui disqualifie pour le mariage, c'est Tinfemale convoitise pour les excitants et pour le plus redoutable d'entre eux, Talcool. Une jeune fille ne doit jamais se payer de mauvaises justifications concernant cette passion, si elle en découvre les prodromes chez son fiancé. L'alcoolisme qui décime les ouvriers fait aussi des ravages dans labourgoisie : passion maudite, elle s'établit avec une force sournoise terrible. Epouser un alcoolique, c'est épouser le malheur et la honte.

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