LA PARESSE, DESTRUCTRICE DU BONHEUR
cèdent, et ne permet pas aux taches de s'élargir et de sa tendre la main les unes aux autres. Ge n'^stpas à elle quQ les bouehers passent leurs os, ni les marchands de DQ^rée, leurs poissons « avancés » . Il n'y a pas de « cou« l$tg6 » par où fuie la sécurité du lendemain. Elle remplit à la lettre le charmant programme qu'Ischomaehus traçait à sa jeune femme dans le délicieux chapitre de Xénophon ^wV Economie. Nulle part le chagrin, rirri-* tation ne trouvent possibilité de se glisser dans un foyer gardé par une jeune activité joyeuse et ordonnée! '< Plus gr,ande richesse ne peut souhaiter Thomme en ce monde, après la santé, que d'avoir une femme de bien, de bon sens, bonne ménagère... Depuis la plus grande dame, jusqu'à la plus petite femmelette, à toutes, la vertu du ménage reluit par-dessus toute autre... Une femme mé*nagera entrant en pauvre maison Tenrichit : une dé** pensière ou fainéante détruit la riche ^ »
Par ces temps de vie chère, qui dureront, le courage des femmes devant le travail manuel, représente annuellement une somme considérable, au moins deux mille cinq cents francs. Cette économie capitalisée représente en dix ans une trentaine de mille francs. Voilà ce que perdent, par paresse, par vanité, les femmes qui jugent la science du ménage indigne d'elles et qui délèguent ce devoir sacré à des domestiques.
Notons pour la confusion de ces sottes qu^une part considérable de travail manuel entre dans les professions les plus brillantes. Elles eussent pu voir Pasteur, fierthelot, en blouse, dans leur laboratoire^ accomplissant des actes^qui ne différaient pas en nature de ceux d'une inénagère dans sa cuisine. Un médecin qui soigne un malade ne fait rien que n'accomplisse une maman qui élève un bébé : les actes, les gestes sont les mêmes. Si
1, Olivier de Serres, Le Théâtre d'Agriculture et Ménage des Champs, VIII, I.
VOUS pouviez suivre un Colbert ou même un Napoléon I" durant une journée, vous les verriez courbés sur quelque lâche analogue à celle de la ménagère qui tient ses comptes et qui examine si elle doit ou ne doit pas faire telle emplette ce mois-ci. Eux aussi, ils étudient les affaires du ménage de la France et ils ont à décider d'une multitude de détails semblables à ceux qu'une maman doit résoudre pour diriger sa famille.
La beauté du héros et du savant ne consiste pas dans leurs actes qui, pauvrement, comme tous les bons actes humains, sont une lutte contre la matière ou contre la sottise. Elle résulte des idées et des sentiments qui inspirent ces actes. Ces idées et ces sentiments sont-ils humains, désintéressés, nobles? Les actes participent à cette noblesse. Quand Laënnec eut imaginé le stéthoscope et que pour la première fois il put discerner les moindres nuances des battements du cœur, il entrevit le service immense qu'il allait rendre à des millions de malades : une joie profonde dut gonfler sa poitrine. Une grande découverte a de retendue dans l'espace et dans le temps, mais la nature du sentiment est la même pour l'homme de génie que pour la ménagère. Les actes de vaillance, d'intelligence dans la direction de la maison sont, eux aussi, productifs de bonheur. Les soins qu'une maman donne à son enfant malade ne sont jamais rebutants parce qu'ils sont l'affleurement extérieur de l'amour.
Une femme intelligente accepte de tout cœur les soins du ménage parce qu'elle sait qu'ils sont la condition nécessaire de la vie spirituelle de la famille. Elle sait que ce qui importe, c'est moins ce qui entre dans la maison que ce qui n'en sort pas. Ce qui n'en sort pas constitue le gain de son courage. Ce gain est une chose sacrée pour elle, car il représente l'indépendance des vieux jours et la possibilité de demeurer fier et digne en présence des abus de pouvoir des puissants. Je
LA MÉNAGÈRE CRÉATRICE DE BONHEUR 18l
prévois dans un avenir prochain une éducation des jeunes filles qui sera un appel constant à Tobservation des réalités. Alors elles comprendront que c'est seulement dans la direction intelligente, méthodique de la maison qu'elles peuvent acquérir le plus haut développement de leur personnalité. Cette direction implique une culture scientifique très sérieuse : la connaissance de la physique^ de la chimie, de la physiologie, de l'hygiène, de la psychologie est nécessaire à la bonne ménagère.