LA VIEILLESSE
Car la vieillesse est comme le jugement de la vie. Les anciens disaient que nul ne peut être dit heureux avant sa mort, car nul ne sait « de quoi sera fait demain ». Ils croyaient que le Destin inexorable pliait jusqu'aux dieux eux-mêmes sous sa loi. Les exemples de malheurs imprévus fondant sur la réussite éclatante de certains hommes tels qu QEdipe-roi, les empêchaient d'obseryer le cours normal des existences moyennes : toujours l'exception accapare l'attention des esprits plus senti-? mentaux que réfléchis, sans quoi, ils eussent découvert que cette Nécessité qu'aucune force pe peut fléchir, n'est
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pas celle d'un Destin extérieur à nous : elle est en nous. C'est nous qui la laissons s'installer au Goeup de notre volonté. Cette force redoutable, nous l'avons formée heure par heure, par l'accumulation Inces* santé de nos petites lâchetés, de nos mauvaises habitudes de penser, de sentir, d'agir. Si elle est invincible, c'est que notre volonté, brin après brin, s'est laissé ligoter par les fils ténus qui, jours après jours, durant toute la jeunesse, ont fini par former des entraves infrangibles.
Pour les énergiques qui ont lutté contre la paresse, les passions, la vieillesse est une libération. Par leur prévoyance ils ont échappé à Tesclavage économique; ils échappent au servage de la pensée et au servage tourmentant des passions : pour eux, la vieillesse est un épanouissement. Sophie Gay disait que le plus bel âge de la femme commençait à soixante ans : « Quelle délivrance : plus de vanité, plus de soucis, plus de jalou' sies féminines! »
C'est l'avis de Sophocle pour les hommes : « Il y a longtemps que j'ai secoué le joug d'un maîti*e furieux et brutal * » .
Mais cet épanouissement dans la sérénité n'est le lot que des sages Les imprévoyants et les faibles de volonté ont laissé les habitudes déraisonnables se fortifier, aussi, quand la vieillesse vient, l'Incorruptible Comptable qui jour par jour a inscrit dans le cerveau le passif et l'actif, fait le total et c'est la faillite de la raison et de la santé. Tel gros mangeur, torturé par la goutte et par un sentiment constant de lourdeur, de gêne, de souflrance vague, et par des insomnies, continue à se suralitnenter et à s'empoisonner, car son estomac dilaté, est d'une avidité morbide. Un autre a laissé s'établir la tyrannie des stimulants et le voici alcoolique. Celui-là, asservi aux imagi-