Platon, République^ I
i93 LA FAMILLE
nations lubriques qui ont envahi le cerveau, devient un monomane, candidat au gâtisme.
Cruelles destinées, conséquences des lois implacables de la psychologie !
Dans la bourgeoisie, victime des préjugés antiques et d'une éducation qui fait des inKrmes musculaires, beaucoup de vieillards éprouvent de la tristesse morose et sont dégoûtés delà vie. « Si on observait les hommes, dit Buffon, on verrait que presque tous mènent une vie timide et contentieuse et que la plupart meurent de chagrin ». Aussi rien n'est-il plus rare que de mourir de vieillesse. Quand un homme a « fait sa carrière » ou fait fortune, la vie ne lui offre plus rien de nouveau, rien ne rintéresse plus. Retraité ou retiré des affaires, il n'a plus le soutien du travail régulier et obligatoire. Il ne tenait debout que par des appuis extérieurs à l'âme.
Un chêne imposant est jeté à terre par la tempête : le cœur de l'arbre était vermoulu et malgré l'apparence de la puissance, le géant n'avait plus la force de résister.
Il en va de même chez beaucoup de fonctionnaires, de commerçants, d'industriels. 11 semble que leur volonté soit intacte, mais, faute d'exercice, elle est ruinée intérieurement. Elle ne tient debout que par une écorce d'habitudes routinières et de travail machinal. Ces volontés « vermoulues » résistent aux circonstances habituelles, aux poussées du service quotidien qui ne demandent aucune initiative. Tel fonctionnaire accepte avec joie la partie matérielle de sa tâche : signer des diplômes, recevoir des gens, mais il ne dirige plus son service: il est dirigé par lui. Eteinte Tintelligence alerte, active, vigoureuse, nuancée qui permet d'agir sur les gens et sur les choses : l'homme s'est mué en bureaucrate.
Le jour de la mise à la retraite, « l'écorce » des habitudes routÎDiëres disparaît : c'est Teffondrement.
On ne fait pas assez attention à ce malheur si fréquent. Cette crise est connue depuis longtemps dans les cou-