II>^E CRISE
lioas de va^iité. Il prend cooscience que ce qui importe, c'e^t de conquérir une vie libre, originale, de se sentir comme porté par la force spirituelle des plus nobles âmes de tous les temps.
Voilà pourquoi il faut plaindre les vieillards qui ne savent plus rien voir de nouve^iu sous le soleil.
Un vieillard intelligent et laborieux, — on cesse d'être intelligent peu après qu'on a cessé de travailler — est nécessairement un révolutionnaire aux yeux du monde, car il CQnsidëire comme illusoires les buts que se proposent la plupart des grands enfants que sont les hommes. Il découvre que la vie est plus simple, plus profonde qu'ils ne le croient — il en discerne Téssentiel.
De même que les horizons immenses enivrent et trans-* portent l'alpiniste, les vues d'ensemble sur la vie donnent aux vieillards une sorte d'enthousiasme permanent. C'est pourquoi les grands vieillards, depuis Parménide, Socrate, Sophocle... jusqu'à Malebranche, Renouvier, Pasteur sont d'une si belle sérénité!
Les vieillards qui ne se sont pas haussés à la vie spirituelle, mais qui QPt fait leur devoir familial, voient « leur antiquité chenue refleurir en la jeunesse » de leurs petitsenfants : ils ont un succédané de la vie supérieure. Ils ne connaissent pas l'affreux isolement et la misère du vieux garçon peu à peu enlisé dans de lamentables habitudes de cercle, de jeu, etc.
Les conséquences ruineuses de la grande guerre feront peser pendant longtemps sur les gens de condition moyenne, un esclavage financier inexorable qui exaspérera les pauvres d'énergie et les poussera aux pires folies.
I4ais peut-être les hommes de bon sens, dont beaucoup ignoraient les joies de la vie simple, sobre, stoique, les découvriront-ils? La pauvreté qui va Ôlre le sort commun leur révélera la vérité profonde incluse dans les religions et dans les philosophies : que la vie spirituelle,
qui n'est possible qu<» dans une existence d<^sencombrée des besoins arti(ici«*is, a seule une valeur souveraine et qu'elle consiilue le fonds solide de notre destinée
iMais un«* révoluiion dans les mœurs est nécessaire, et cettf* révolution diâl partir d'en haut.
jyjme Henry Gréville, qui avait accueilli mes débuts avec une touchante bonté, relevait d'une maladie grave : elle reprenait ses réceptions.
Dans son salon défilaient des femmes de ministres, d'écrivains, d'ai'ist^s : lontes, sans ^^xception. attribuèrent SM ma'adie an surmenage « Vous avez fait une œuvre consi lérable, vous êtes célèbre et ricthe. cessez d'écrire...» Quand nous fumes seuls : « N est ce pas pitoyable ? » me dit elle. Ces dames considèrt*nl le travail comme une corvée. Aucune n'en soupçonne la nécessité pour 1 équilibre mental et pour le développement de soi. Elles n'imaginent pas quelle pitjé elles méritent pour leur vie dissipée et stérile. » A la réflexion, je trouvai les paroles des visiteuses plus désolantes encore, car leurs maris occupaient de hautes situations ou étaient des écrivains connus : ils n avaient donc jamais parlé chez eux de la valeur vitale du travail ! C'est donc qu'ils travaillaient sans joie, comme des forçats et que pour eux, comme pour cet autre, le travail était une forme lente de suicide! N'est-il pas à craindre qu'au fond de conceptions aussi désolées, Fidéal secret n'ait été celui d'une vie de jouissances faciles et de paresse?
Aussi que de vieillesses moroses, châtiment d'une conception absurde de la vie! La vie forme un tout organique : Fâge mûr et la vieillesse sortent de l'enfance et de la jeunesse comme la conclusion d'un syllogisme sort des prémisses. A nous de faire que la vieillesse, au lieu d*être le cinquième acte d'un drame rempli de folies et d'amertume, soit semblable à un beau coucher de soleil, resplendissant.