CHAPITRE Vin
LAmour de la Nature
Esope disait d« la langue qu'elle est ce qu'il y a de meilleur et de pire. On peut en dire autant de l'habitude.
Nous avons vu Flncorruptible Comptable inscrire jour par jour à notre actif les actes d'énergie et en constituer les habitudes libératrices.
Mais souvent, l'habitude, au lieu d'aviver les couleurs de l'âme, les éteint.
De même que le temps pâlit les couleurs tendres ou éclatantes de la rose, de même l'habitude ternit le velouté délicat de nos impressions et refroidit l'ardeur de nos sentiments. C'est elle qui décolore tant de vies, les faisant mornes et maussades.
Elle nous rend insensibles à la splendeur des spectacles naturels. Durant des centaines de siècles nos ancêtres ont vécu au sein de la nature : ils se nourrissaient du produit de la chasse, de la pêche. Beaucoup plus tard, ils vécurent de leurs troupeaux et de la culture.
C'était une vie rude : elle est encore celle de la
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majeure partie des hommes. On comprend qu'exposés au froid, aux intempéries, ignorants, bornés à leur courte expérience, ils n'aient pu goûter la beauté des spectacles au milieu desquels ils luttaient. Pour eux la nature était mauvaise, brutale, ou au moins, indifférente à leurs souffrances.
A la crainte de ses cruautés s'ajoutaient des terreurs superstitieuses : ils peuplaient les champs, les forêts, les rivières d'esprits malfaisants « aussi nombreux que les grains de poussière que Ton voit se mouvoir dans un rayon de soleil » *.
Pour qu'on put aimer la nature, il fallait que la vie devint moins opprimante. Il était nécessaire, d'autre part, que Temprisonneraent dans les villes meurtrit les puissants instincts héréditaires de liberté physique et de vie au grand air Pour sentir le prix de ces biens indiscutables, fondamentaux, il fallait qu'on soufirit cruellement de leur privation.
Les explorateurs, les poètes qui chantaient les beautés delà nature, les maîtres du paysage trouvèrent dans les villes un public vibrant parce qu'il ne pouvait donner à ses souffrances d'autre allégement qûé celui de revivre par l'imagination dans le paradis perdu.
Enfin le progrès des sciences révéla la grandeur infinie du monde stellaire, l'immensité des forces en jeu dans la constitution du sol, la richesse dtl monde des plantes, des insectes, des animaux et l'imagination en reçut une excitation prodigieuse.