‹ La Conquête du Maroc, la question indigèneChapitre 28 sur 40 · LA TUNISIE DEVANT LA CHAMBRE !2J · texte numérisé non relu

LA TUNISIE DEVANT LA CHAMBRE !2J

mis fin à ce désordre en séparant les deux délégations. Chacune d'entre elles délibère séparément et le conseil supérieur décide : solution si simple et si juste, que, dans mainte question, l'accord, impossible dans une seule assemblée, se réalise entre les deux.

« Bien loin de négliger l'intérêt des colons, je leur ai mis en main l'instrument le plus efficace du progrès, à savoir le crédit agricole qu'ils réclamaient depuis longtemps. Dans la mesure de mes forces, j'ai veillé sur leur bien-être et sur leur sécurité : la Régence a été divisée en circonscriptions médicales, ayant chacune son médecin et son infirmerie ; et, d'autre part, treize brigades mobiles font, dans le hled, la chasse aux malfaiteurs. Les vaillantes familles françaises, dispersées sur un vaste territoire, étaient souvent trop loin des écoles publiques : 320 enfants de colons trouvent maintenant les soins et l'instruction nécessaires dans huit internats primaires. Enfin tous les fonctionnaires de la Régence ont été associés à la caisse locale des retraites, institution originale, messieurs, dotée d'un budget autonome géré par ses propres membres; institution qui ne coûte pas un centime à la métropole, mais dont la métropole pourrait heureusement s'inspirer.

« Ayant ainsi travaillé pour mes compatriotes, j'aurais le droit, n'est-il pas vrai, d'être, de temps en temps, arabopliile. Ce titre est, dans certaines bouches, une injure : quant à moi, je m'en fais

gloire, car c'est la meilleure manière d'être fra7icophile, dans le sens le plus élevé du mot. Au vieux système paternel, mais insuffisant, des distributions de semences aux indigènes dans les années de disette, j'ai substitué des caisses de prévoyance, appelées non seulement à parer aux inégalités du climat, mais à devenir les instruments du crédit agricole indigène et à faire disparaître la pratique désastreuse de l'usure. J'ai l'ait mieux encore : j'ai allégé l'impôt de capitation, si lourd et si injuste dans sa fausse égalité •' vous savez, messieurs, au prix de quelle résistance de la part de la colonie française, trop disposée à rejeter le poids des impôts sur ceux qu'elle considère comme des vaincus. Elle est, je crois, revenue sur cette première impression. Quand vous le voudrez, messieurs, je mettrai sous vos yeux le compte de ce que paye au fisc un vignoble français et celui d'une propriété arabe ; vous verrez alors si nos compatriotes ont raison de se plaindre. Cette réforme a été complétée par une meilleure répartition de la dîme sur les blés. L'instruction, que les indigènes réclament, leur a été libéralement distribuée, avec le souci constant de ne point faire des déclassés et de diriger de préférence les petits musulmans vers l'enseignement professionnel.

(( Parlerai-je de la codification des lois tunisiennes, jusqu'alors livrés à l'arbitraire d'une jurisprudence variable? Je n'en finirais pas, mes-

Page 1