LA TUNISIE DEVANT LA CHAMBRE
sieurs, s'il fallait tout dire. Mais je citerai un tout petit fait qui prouve à quel point la domination française est acceptée là-bas sans diflicullé. On sait avec quel soin jaloux le musulman ferme son intérieur aux regards étrangers. Eh bien, l'état civil fonctionne à présent dans les trois quarts de la Régence. On peut juger par là combien l'agitation récente, provoquée par les événements de Tripolitaine, reste superficielle.
« Voyez maintenant, messieurs, les résultats de cette administration qu'on a qualifiée de néfaste : en dix ans, le commerce, plus que doublé, passe de 100 millions à 225. Le réseau des chemins de fer, l'un des plus beaux de notre empire colonial, atteint 2.000 kilomètres, pour une superticie égale à une seule province de l'Algérie... Vous m'arrêtez là et vous m'objectez les dépassements de crédits sur les projets primitifs. Demandez donc aussi au génie militaire pourquoi, sous la crainte d'un impossible débarquement dans une région montagneuse et [)0ur éloigner nos lignes de la côte, il nous a imposé vingt millions de travaux supplémentaires. Voilà plus de six mois que votre commission du budget est saisie d'un projet d'emprunt qui va nous permettre d'achever ce magnilique réseau. Qu'attendez-vous pour nous donner les moyens de marcher? Noire crédit est intact. La surcharge, nous la j)orlerons aisément. Est-ce, i>ar hasard, la prospérité de la Tunisie qui vous effraye? Dira-t-on, à la veille du
protectorat marocain, que toutes les œuvres africaines sont frappées de suspicion ? Cèderezvous à cet esprit de méfiance qui dénonce comme autant de criminels tous les bons Français assez téméraires pour risquer des capitaux sur le sol tunisien?
« Messieurs, l'administration tunisienne ne craint pas le contrôle du parlement. Elle l'appelle au contraire de tous ses vœux. Elle demande seulement que ce contrôle s'exerce par les voies régulières, c'est-à-dire que votre rapporteur, après avoir recueilli sur les lieux mêmes les éléments de son enquête, les apporte dans cette enceinte, au lieu de s'en faire sur place, de sa propre autorité, au mépris de votre pouvoir souverain, une arme contre le représentant officiel du gouvernement.
(( Si le ministre, mon chef, estime que j'ai cessé de mériter sa confiance, c'est ù lui de le dire. Mais tant que durera le mandat dont je suis investi, il n'est pas admissible qu'un membre du parlement vienne, à Tunis ou à Bizerte, pérorer sur la place publique, jeter le trouble dans les esprits et lancer contre la résidence tantôt les colons et tantôt les indigènes. C'est cependant ce qu'est venu faire votre dernier rapporteur, M. Bouge. On l'a vu tenir des meetings en plein air, se présenter devant la foule sous le patronage des personnalités les moins autorisées de la Régence, recevoir les dénonciations à bureau ouvert, et cependant