L ACTION SOCIALE ET LES CLASSES ELEVEES
de leur illustre devancier. Le nôtre n'en manque point. Quel que soit leur mérite, je pense qu'une censure trop cruelle ne fait pas toujours le bien qu'elle espère ; elle risque d'éloigner irrémédiablement, en les blessant, ceux qu'il faudrait convaincre, et d'atteindre, par des coups injustes, derrière les défauts qu'elle flagelle, des vertus qu'elle ignore.
Au reste, encore qu'elle soit toujours capable de généreux dévouement, aux heures tragiques où se réveille sa conscience, ce n'est évidemment pas cette société frivole qui pourrait apporter le concours dont elle a besoin à l'œuvre de persévérante abnégation, imposée par les circonstances au courage des catholiques.
Encore moins peut-elle s'appuyer sur ceux d'entre les riches que l'indifférence religieuse, quelquefois une irréligion qui se croit un affranchissement de l'esprit, ne permettent plus de ranger parmi les croyants. Le nombre, malheureusement, s'en est accru singulièrement dans les classes élevées, et non seulement parce qu'elles comptent aujourd'hui, dans leurs rangs, beaucoup de parvenus du
régime antichrétien qui fit leur fortune, beaucoup aussi d'éléments cosmopolites, étrangers aux traditions catholiques de la France, mais parce que l'air ambiant a corrompu la société chrétienne elle-même, laïcisée, en quelque sorte, dans ses habitudes et dans ses idées, par une sorte de progressive infiltration. Tous les hommes de mon âge ont constaté cette lente invasion du paganisme social, qui manifeste si profondément ses ravages dans l'art et dans la littérature.
Aucune fraction du pays ne peut échapper à la direction que lui donne son gouvernement, à l'orientation qu'il imprime aux lois, aux mœurs, à l'enseignement, à la pression qu'il exerce par l'exemple et par l'intérêt. Ceux même qui font envers lui profession ouverte d'hostilité subissent la contagion qu'il répand autour de lui. Trente ans de dominanation maçonnique ont ainsi changé la mentalité française.
Cependant il reste encore chez nous une réserve puissante de force chrétienne, des familles nombreuses qui gardent, avec les moyens d'action offerts par la richesse et la