‹ La conquêteChapitre 24 sur 70 · LIVRE SOCIAL · texte numérisé non relu

LIVRE SOCIAL

mais il a stylisé la vie, il lui a donné pour une heure Tillusion qu'elle peut tenir toute dans les limites de Tesprit. Et si le primitif trébuche au milieu des formes sans nombre et des gestes inépuisables de la vie, c'est qu'il se rue hors de la mort.

Le spectateur lointain et désintéressé de ces grands moments passionnels des sens et de l'intelligence qui définissent les peuples et scandent leurs évolutions, n'entre dans leur intimité que s'il embrasse leur ensemble et demande à chacun ce qu'il peut lui donner.

Celui qui les vit, au contraire, est forcé de choisir, et de ce choix dépend la déchéance ou la victoire. L'anarchie sentimentale d'aujourd'hui est le dernier état d'une désorganisation séculaire provoquée par la Renaissance et que les classiques français n'ont retardée que d'un jour. Mais c'est au sein de cette anarchie sentimentale où errent en tâtonnant les passions et les idées, que se font les groupements nouveaux où l'architecture sociale future prendra ses points d'appui. Le besoin d'organisation de leurs richesses sensuelles dont les artistes contemporains reconnaissent

presque tous en eux la présence confuse, est un symptôme dont nous pouvons à peine soupçonner la prolondetir. L'artiste est l'organe sensible dès sociétés en formation. S'il cherche à introduire de l'ordre dans la masse des sensations apportées à l'esprit par le lyrisme romantique, la science positive et l'hypothèse qui la précède et la suit, la connaissance des civilisations anciennes et lointaines, la liberté impressionniste, c'est que le corps social entièrement décomposé lui-même réclame un ordre original.

Cet ordre ne peut se créer que par deux méthodes qui s'excluent. La méthode morale ou religieuse, qui tait appel à des éléments pris hors des conditions nouvelles de la vie matérielle et sentimentale des hommes. La méthode sociale, qui sort de leurs besoins vivant». Celle-là emprunte au passé des armes dont nous ne pouvons et ne savons plus nous servir. Celle-ci se forge des armes à la mesure de sa main, sans s'inquiéter de savoir, au moment de les prendre, si ces armes ont l'élégance qui convient au civilisé. Toutes deux, au fond, cherchent l'ordre. Mais Tune invoque un

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