LIVRE SOCIAL
ordre ancien, mort dans les arts, mort dans les mœurs, mourant dans la loi, sénilemcnt entretenu dans le désir, persistant dans Téducation etj parfois, dans rintelligence. L'autre un ordre hésitant dans l'éducation, bégayant dans l'intelligence, titubant dans les arts, absent des mœurs et de la loi, vivant dans le désir seul. La conquête et la défense s'organisent à la fois dans la complexité croissante du problème où les luttes économiques et les luttes intellectuelles s'enchevêtrent, faisant de chacun le théâtre d'autant d'antagonismes déchirants. Le même homme défend ici contre le barbare le trésor accumulé par l'effort séculaire dont son esprit est le sommet, et porte ailleurs la torche dans la maison bâtie par les pères de sa pensée pour ofFrir aux puissances qui montent le secours de son sentiment... Le spectacle n'est pas nouveau. L'architecture romane, par exemple, expression du catholicisme, prenait sa signification classique au moment où naissait l'ogive, premier cri de la puissance communale libérée par la révolution. Mais c'est l'art ogival qui portait l'avenir. Le classicisme, dès qu'il devient tradition-
nel, est, en art comme en politique, un signe de débilité. Un classicisme ne se continue pas, il se recrée. Ni Poussin, ni Versailles, ni Racine ne sauraient nous diriger. Ils répondaient à un besoin d'unité politique de la France que la philosophie cartésienne tentait en même temps d'étendre au territoire de rintelligence tout entier. Nous ne pouvons comparer cette grande heure avec celle que nous vivons. La biologie a envahi la phij^^art des domaines où régnait la mat héuic'i tique, le transformisme a bouleversé nos notions de durée et de mouvement, îa critique a ruiné les illusions morales anciennes. De plus, en même temps que s'éveillait dans notre silence intérieur le besoin de récréer des illusions nouvelles, l'apparition d'un quatrième état brisait les cadres politiques du vieil équilibre social. Enfin, les philosophes délivrent l'intuition et restituent aux sentiments spontanés et vivants de l'âme la mission d'organiser ce formidable amas d'idées, de formes, d'aspirations confuses qui déborde la raison.
L'homme d'aujourd'hui qui n'est p^s une sorte de primitif avide de l'odeur des feuilles.