LA
pagne y enlFait avec le marché, avec le gre-
Bîer d'abondance. La ville avec la Bourse de
commerce el parfois le peuple assemblé. On y dansait, on y jouait la comédie. Les étudiants, les professeurs y débattaient leurs intérêts. C'était un carrefour ouvert à tous les tumultes, traversé du matin au soir par la houle des cités, Tasile central des passions, des disputes, des affaires, à la fuis le ventre et la tête, la réalité d'aujourd'hui où germe sans cesse le dieu vague et changeant qui est l'image de nous-mêmes projetée sur notre avenir.
A la suite des Croisades, des routes qu'elles ouvraient, des grands courants d'idées et de négoces qu'elles répandaient sur la terre, brassant les races, les mœurs, les religions, les connaissances, une confusion magnifique agitait l'Occident. L'armure théocratique ne pouvait plus contenir l'esprit qui fusait de partout après huit ou dix siècles de recueillement monastique et de brutalité guerrière. Les universités qui se fondaient par toute l'Europe, l'architecture, la chanson, les disputes théologiques elles-mêmes n'«îtaient que Texpressîon infiniment diverse, mais soulevée d'un
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même élan, des aptitudes et des forces que les peuples manifestaient Là dedans, l'idée chré* tienne était noyée, débordée par la vie générale refondue par quarante générations, tout à fait détournée de son sens primitif et sans accord réel avec les beacnns populaires que la fermentation du monde arrachait des profondeurs.
La vulgarité misérable de l'argument anticlérical Ta tourné contre lui-même. Sans doute la sculpture des cathédrales ne respecte pas le clergé. Sans doute il est étrange de voir la critique historique dénoncer l'irrespect et la haine pour le prêtre des auteurs de fabliaux et prétendre que les maçons qui les coudoyaient dans la rue avaient d'autres sentiments et parlaient une autre langue (i). L'architecture et la littérature sortent des mêmes masées en rumeur et la foule, libre au dehors, ne laisse pas son âme au seuil du temple. L'office l'attire, et ses lueurs i^radiiiaques, et l'ombre ardente de la nef et la porte ouverte du ciel. Elle ne confond pas la religion avec le prêtre. Elle croit. Les niystères trouvent en elle une ima-
(i) Voir notamment le T. III de VHistoire de France d'Ernest Lavisse, par Ch. V. Langlois.
^ination jeune et fraîche qu'ils enchantent, iertilisent, soulèvent pour un siècle au-dessus de l'intérêt mesquin et du geste machinal.
Les pauvres gens qui bâtissent l'Eglise ne sont pas des libres-penseurs.
Mais ce sont de libres instincts. Le désir 'qui les pousse vers les formes à féconder déborde de partout l'enseignement du prêtre.
Tournant le dos au christianisoie des apôtres, le catholicisme du peuple prend le sens esthétique qui le définit chez nous. La cathédrale a beau être symbole, du haut en bas et de la façade au chevet, ce n'est pas là qu'est sa vie. Je n'y cherche jamais Icf sens caché des scènes qui la couvrent, ni la signification mystérieuse de sa structure et de son orientation. C'est l'affaire des congrès d'exégètes et d'archéologues. Ce que j'y vois, ce sont les piliers qui s'élancent, les voûtes nues qui planent, l'or aérien répandu dans la nef et l'infini murmure que la multitude des hommes, des animaux, des fruits et des feuilles sculptés répand sur la façade, les pinacles, les arcboutants, l'encadrement des fenêtres et jusqu'à la cime des tours. <( L'art seul, disait le