LIVRE SOCIAL
concile de Nicée, Tart seul appartient aux peintres, Tordonnance aux Pères ». Je n'ai que faire de V a ordonnance », sachant qu'elle définit pour « les Pères » un ordre extérieur et fini, et non pas la science vivante qui équilibrait, dans le génie du maître d'oeuvre, les voûtes avec leurs supports. En reconnaissant l'art aux peintres, le concile de Nicée rendait la cathédrale au peuple. Tout ce qui, dans le poème, n'est pas aussi dans le poète, n'atteint pas notre émotion.
Ce qui rend la cathédrale si sensible, c'est sa logique et sa sensualité. Elle apparaît par là dans son ensemble comme une insurrection des sens et de l'intelligence contre le christianisme des organisateurs de l'Eglise, et la reprise de contact du peuple avec les formes de la vie qu'ils avaient, depuis douze siècles, oubliées ou combattues. Les moines bâtisseurs de l'église romane, si belle d'ailleurs, mais beaucoup plus ecclésiastique que l'église ogivale par sa rigidité, sa masse, l'obscurité de son vaisseau, sa nudité primitive, anathéma* tisaient ces grands édifices sonores, clairs et vastes, couverts de vie bruissante et remuante,
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qui sortaient du ftol français, et Tanathème était porté au nom de la loi reUgieuse. Le gardien même de l'unité de TEglise contre la diversité du monde, Saint Bernard, pénétrait au cœur du problème : « Si nombreuse, disait-il, si étonnante apparaît partout la variété des formes, que le moine est tenté d'étudier bien plus les marbres que les livres et de méditer les figures bien plus que la loi de Dieu ». Or, le même Saint Bernard faisait condamner Abailard par le concile de Sens au moment où les premiers temples bondissaient hors de la terre. Et ce même Abailard, en plein xif siècle, niait le péché originel, mettait la faute dans l'intention, non dans le fait, examinait la valeur matérielle de& Livres, allait jusqu'à nier la divinité de Jésus.
Cette liberté d'esprit pénétrait jusqu'à l'Eglise, qui eftt fait brAler Abailard trois siècles plus tard et se contentait de le désavouer. C'est l'époque où se fondent les écoles philosophiques, où le nominalisme et le conceptualisme s'opposent au réalisme chrétien.
La fin du xi* siècle, le commencement du xif sont l'apogée de l'hérésie. Le dogme est atta-
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que de tous côtés dans son uiillé, dans son intangifailité, les éléments vivants se détachent du bloc compact qu'il fonnait cent ans plus tôt, alors que l'égiise romane l'exprimait étroitement. Et pour vaincre la mort, faire reculer rinertie, ils tentent de se réunir. L'architecture va traduire, sur le terrain nouveau qui se révèle en &ce de T Eglise, une association nouvelle de ces éléments libérés. Ce terrain nouveau, c'est la Commune.
Les ecclésiastiques le sentent. Saint Bernard combat de front la plastique, la Commune, l'hérésie intellectuelle incarnée dans Abailard. n n'a fondé la Règle qu'afin de mieux lutter contre la sécularisation graduelle de l'Eglise qui s'^ectue parallèlement à la sécularisation graduelle de la pensée et de la construction. L'organisme communal s'est d'ailleurs formé plus encore pour résister à la féodalité ecclésiastique qu'à la féodalité militaire. Les nobles s'appuient plutôt sur le serf de la campagne. La monarchie oppose le bourgeois au féodal d'église ou d'épée pour affermir son pouvoir à la faveur de leur querelle. C'est contre les deux clergés dont la jjuridic-
tion s'étend sifitout sur les villes, que luttent les coiporations pour conquérir la Commune et défendre les métiers. A Laon, Tévéque est massacré, son corps trainé dans la rue. A Soissons, à Sens, à Reims, on égorge les abbés.
A Amiens, dont les corporations, pourtant, sont les plus puissantes de France, la guerre civile est un fait quotidien. Pendant tout le xm"" siècle, même alors que la Commune semble établie légalement, l'insurrection ne cesse pas dans les villes ecclésiastiques, à Laon, à Soissons, à Beauvais, à Sens, à Rouen.
Reims, le premier fief clérical du royaume, provoque par la violence de ses tempêtes populaires, un scandale universel. Tout le clergé. Saint Bernard en tête, la couvre de malédictions.
Ces révolutions immédiatement et matérielment intéressées contre les féodaux d'Eglise aboutirent presque partout, dans les vallées de rOise à la Seine, à constituer, au début du xn*" siècle, l'organisme communal. Or, c'est au début du xif siècle que l'art ogival apparut à cet endroit même et que les corporations s'emparèrent de l'architecture, jusque