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et les mirages insaisissables d'un sentiment inconnu dont aucune conquête sur eux-mêmes ne leur autorisait l'accès. Ils avaient appelé Wagner, puis Tolstoï, puis Dostolevsky, puis Ibsen, puis Nietzsche. Ils avaient bien senti, aux sources qui s'ouvraient en eux, que l'Europe conquise par la Révolution, renvoyait à la Révolution, dans un torrent trouble et heurté d'émotions étranges, quelque chose qui ne se perdait pas, qui formait et soulevait les hommes, qui les jetait à l'assaut d'un rationalisme devenu scolaire pour les remettre violemment face à eux-mêmes et leur révéler peu à peu qu'ils ne retrouveraient les intuitions fertilisantes qu'en brisant les cadres traditionnels de la pensée et de la sensation. L'invasion de ces Barbares du dehors était une avantgarde prophétique du mouvement corporatif, réaction du désir vivant contre l'habitude inféconde. L'essai, qui la suivit, de refaire un <^lassicisme, n'est que l'expression enfantine du besoin éprouvé par quelques esprits d'un ordre idéologique nouveau. Mais ceux qui vont le demander à Boileau, même à Pous- :sin ou à Versailles sont comme des physiolo-
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gistes qui briseraient une statue pour étudier son cœur. Cet ordre est dans les directions sentimentales qu'un corps social renouvelé de fond en comble nous imposera. Pour échapper aux horribles primaires, on crëe une aristocratie de cuistres secondaires et de pédants supérieurs. Les maçons de la cathédrale ne savaient pas le latin. M. Doumic le parle mieux que le français.
La tradition, c'est la mise au creuset de l'âme de ce qui s'affirme vivant. Le rythme social dont la philosophie du xvm*" siècle avait écrit le manifeste est épuisé. Il faut que les foules naissantes recommencent le grand effort, lourd aux seules épaules de ceux qui l'ont accompli. Elles ne respecteront pas ce qui a été avant elles. Quand le respect survit à l'innocence des hommes, c'est un culte qu'ils rendent à leur impuissance d'agir. L'expérience des vieillards ne «ert à rien, chacun de nous la recommence. L'expérience des vieilles sociétés est inutile. Chacune se déchire les pieds et les mains aux obstacles de la route sans apprendre à les éviter. Tout jeune corps social qui se lève tient aux poings
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la torche et Tépée. Qu'importe, s'il brûle des maisons branlantes et tranche des vies dé* chues. Il ignore tout ? Qu'importe, s'il est vivant. Et s'il détruit qu'importe s'il est soulevé de la joie triomphale à qui l'effort de reconstruire ne pèse rien. L'avidité de sentir d'un seul être porte en elle plus de puissance que toutes les sensations réalisées de tous ceux qui ont senti. Rien n'empêchera que tous les ancêtres de l'enfant qui naît soient morts, et qu'il soit vivant. L'enfant qui naît est un Barbare. Il brise, au moment même où il bondit dans la lumière, le ventre qui l'a porté. Si l'homme de la vieille Europe n'est pas déchu, l'innocence renouvelée de l'homme de la jeune Europe ignorera la Cathédrale, et le Louvre, et les fresques italiennes, et les tableaux des Pays-Bas et bien d'autres choses encore. Je souhaite qu'elle les laisse intacts. Mais, à tout prendre, sur ces ruines-là même, il pousserait des fleurs. Un jeune sauvage dans la forêt sait tellement plus de choses qu'un vieux civilisé qui étiquette et catalogue, relève des colonnes tombées, raccommode des
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statues en morceaux, annote des livres moisis ! O sculpteurs des bornes saTtes, ô cent mille maçons de France» ô Giotto, ô Michel-Ange, ô Greco, ô Rubens, 6 Rembrandt, vous savez ce que je vous dois. Vous m'avez découvert le monde. Vous m'avez enseigné mon être.
Vous m'avez révélé la force que j'avais pour résister à la douleur. Mais vous savez aussi que votre action n'atteint directement que quelques hommes. Mais vous serez contents, s'ils apprennent par vous que chacun de vous n'a été ce qu'il a été que parce qu'il apportait une alluvion nouvelle à l'homme, et s'ils annoncent sans tristesse qu'on ne regardera plus vos statues ni vos peintures troid ou quatre siècles, peut-être, avant qu'ils n'aient été repris par ce qui émiette et corrode, l'air, l'eau, le vent, le soleil monotone, les forces indifférentes qui roulent la vie et la mort. Vous savez bien que ceux qui écoutent en eux le murmure de leurs veines sont les seuls à vous obéir. Vous savez bien que ce que vous nous avez dit ne sera jamais oublié, que vous avez introduit dans l'esprit des hommes quelque
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chose d'immortel, puisqu'ils vous demandent de consentir à voir les conquérants danser en riant sur vos tombes.
Qu'ils gardent l'outil du travail. Cela seulement importe. Toute la matière scientifique est la propriété virtuelle de ceux qui l'ont amassée. Les Barbares anciens n'ont pas détruit le fer des lances, ni les voies dallées des Romains. Les Barbares nouveaux conserveront la machine obéissante qui, en faisant l'univers plus complexe fait plus complexe notre esprit. On ne brise pas les glaives de bataille. Ce que ruinaient les hordes innocentes, c'était la richesse entassée et les institutions et les symboles des vieilles croyances caduques. La religion moderne a pour «ymboles et pour institutions les Ecoles où l'on ânonne le respect des choses finies, les geôles, les cafésconcerts, les casernes, les statues de politiciens, d'histrions, de philanthropes. Peut-être ne serez'vous pas confondus avec ces choses, œuvres à jamais vivantes de mes maîtres où j'ai lentement puisé ma confiance en tout l'avenir. Mais si vous sombrez avec elles, l'adieu que nous vous dirons sonnera comme