‹ La conquêteChapitre 45 sur 70 · SÛR LA PORNOGRAPHIE · texte numérisé non relu

SÛR LA PORNOGRAPHIE

' Quand ton journal acouie d'inimoFBJité un dansQur,. un lUt^rateur ou un peintre, de* mande-toi d'abord de qui vient celle accusan, tion; Si< elle ne viwit d'un «rtîBte, dis-toÈ qu'elle ne compte pas. Si elle vient de quelqu'un qui "porte le titre d'aitista, sois .convaincu qu'il l'a foié. Un artiBte aurait seul le droit de déclarer une œuvre d'art immorale ou ennoblissante. Mais, de ce droit, un artiite ne.ae aert pas. Un artiste n'accuse paa. Un artiste est un bomme d'affirmation et de conquête: S'il a — et il l'a seul — le sens de l'immoralité, il est aussi seul à savoir que

19^ LA oqnquAtb

l'introduction dans le monde de splendeur nouvelle est la seule œuvre dé vertu et qu'on n'augmente en rien la vie quand on fait appel pour la protéger au policier ou au juge ou à l'opinion — cette fille.

La vie se protège elle-même. Elle déboide incessamment ce qui s'oppose à sa croissance. Ses formes trouvent toujovirs pouc .les désirer, les féconder et nous élever par elles, notre impérissable lyrisme qui laisse tomber sans le voir tout ce qui tente de l'amoindrir et ne laisse émerger de l'Histoire que les symboles triomphaux de nos rencontres avec elle. Quand nous baissons les yeux sur le miroir terni ou brisé de notre antique aventure, les images de notre puissance y apparaissent seules, tout le reste est effacé. Ceux qui n'ont pas compris, ceux qui ont eu le malheur de traverser le monde sans le voir, n'ont laissé dans notre mémoire que le souvenir indistinct des hydres monstrueuses qu'a dû combattre le héros pour conquérir sa noblesse. II se mêle à ce souvenir un sentiment reconnaissant. Ce qui est bas et dégradant est nécessaire pour révéler à soi* même ce qui est pur. Il feut laisser glisser à

IJVHB GflABNBL i93

Toubli indulgent et mélancolique le pornographe et son semblable qm le juge, Thistrion et son semblable qui l'exalte, tous ceux dont la fonction est de méconnaître ou de salir l'innocence de la nature, toutes les choses qui, dans le but de contrarier l'effort des hommes, en ont accru le pouvoir.

Un danseur qui unit dans la vie passionndle du geste la sculpture et la mmique, qui commande à tous les rythmes de l'espace et de la durée d'obéir immédiatement aux puisa* tions dé son cœur, otbe à* notre &me, quel que soit le sens de ce geste, un aliment plus reli* gieux que tous ceux qui nous apportèrent depuis toujours les prohibitions les moins hypocrites ou les anathtoies les plus désintéressés. Tu demandes où est le Ivien, parmi ces pokmes et ces images ? Regarde donc où est le beau. Tourne les yeux vers le plus haut artiste. Aussi libre que soit le prétexte de sa créatton, si sa création est une haimonie supérieure, si elle soulève en nous les hymnes silencieux de l'enthousiasme et de l'admiration, sache que c'est lui qui nous apporte le ^ maximum des bienfaits que nous ayions le

194 LA oonQuÈm

droit 4^ dem^inder à ceux qui: nous accompagii^at. A mesure <|«e rartltte moate et que l'boiniiie qui Bait vivre dans l'immensité de son œuvre mûrit, un accord muet s'établit entp eux pour reconnattre Une importance de plus en plus enivrante et tragique à ce qui reste au centre de la vie, tourbillon de Soroe» • coniuses retenues dans Tattraotion immortelle^ de Tamour. Le :meilleur serviteur des .hommes est celiûjqui impose par sa passion., ji notre" désir passionné, une nouvelle e];prtsaîiou de la^volni^ ou ime nouvelle image d0 Tantour..

»<tCi6;qiû fait ia laidef^r du geste d'amour dans l/art iQomme d^^ns lai yiei c'est de l'accomplir sans <amotir. Accompli dws la iorce et l'exaltatioËft > de r.amour,> il fait tout crouler autour de lui> dans Tàrt. comme 4ans. la vie, des plus solides édifices, de la. morale et de l'iiitelligebce; Une femme de Titien ou de RembraiMlt, » que ses seins» soient ronds et ses ïambes puises ou son ventre déohiré, que l'unaniitie ' adorati<Hi monte vers. elle ou qu'une tendresse dramatlqfie. ^toure sa solitude, est le plius haut sommet d'ivresae reconnaissante

LIVB£ CHAKPIEL 195

que nous puissions essayer d'atteindre. Je sais bien pourquoi j'ai pensé à la misère de Kant un jour, à Naples, en voyant danser au fond d'une barque, une fille qui riait en bat* tant des mains. La lumière et toute la mer dansaient et riaient avec elle, leur immense complicité l'environnait d'illuminations et de rumeurs. Cette «seconde de sa vie et de la mienne avait raison pour l'éternité contre tout ce que la pensée avait accumulé et accumulera au cours des siècles de favorable ou de défavorable à l'esprit qui nous traversait.

Comme l'artiste est amoureux des enseignements de la vie, il est le seul qui sache discerner la direction des courbes harmonieuses qui partent de ses mouvements pour entraîner notre âme à la glorifier d'être ce qu'elle est et de nous avoir faits ce que nous sommes.

L'immoralité n'est à son sens que la méconnaissance des plus hauts et des plus constants de ses besoins. Quelle que soit la droiture de ses intentions, un prêcheur vêtu de noir, surtout s'il est laid et triste, fait entrer dans l'univers vivant un peu plus d'obscurité, alors que deux êtres nus et beaux qui s'aiment avec

t96 LA CONQUÊTE

iAnocenoe y sèment- un peu plus de gloire qu'il n'yen avait auparavant; -Si tu' ne sais pas.oelH) juge, tu n'as ptS' le droit de juger. Et 6i tu sais cela, tu n'es pa9 feiit pour être )uge. Demande-toi, devant l'image qu'on t'appoHe, si ton amour pour la vie s'accroît à la regardât. Si oui, pose ta robe et reviens au milieu de nous. Tu te contenteras de détourner ton regard de celles qui le blesseront.

Page 1