‹ La conquêteChapitre 59 sur 70 · LIVRE CHARNEL C3S · texte numérisé non relu

LIVRE CHARNEL C3S

l'angoisse de Pascal fait éclater les marbres et Watteau introduit dans les bosquets de Ver* sailles, avec la musique et la danse, Tefiforl libérateur de la passion.

Je t'aime, ô mon pays, pour cette âme en qui la révolte est un jeu passionné et traîne toujours après elle la victoire émancipatrice de la vie sur la raison pure et le plus bas intérêt. Je t'aime pour les souffrances que t'infligent ces oscillations perpétuelles d'un extrême désordre social qui vient toujours d'un pressentiment d'harmonies supérieures, à un ordre esthétique extrême qui est toujours un essai de fixation des harmonies antérieurement pressenties par ton génie turbulent. Tu passes ton temps à révolutionner tes styles, et à styliser tes révolutions. Le monde ne te comprend pas — et le Français moins que le monde. C'est pourquoi l'un et l'autre t'insultent soit en abaissant par jleur enthousiasme imbécile soit en niant par leurs invectives injustes ta forte, mais mouvante, déconcertante, insaisissable personnalité.

Je suis un artiste. C'est en artiste que je t'aime, ô mon pays I L'artiste seul peut sentir

sinon définir, la beauté du geste vivant où la flamme créatrice brille et s'éteint presque aussitôt. Il peut seul affirmer que ceux qui ont l'intuition de la liberté sont aussi les seuls à avoir l'élan de la conquête. Si je cessais de croire que c'est encore là qu'est ta force, tu ne serais plus mon pays...

Page 1