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SUR LA PATRIE

J'ai vu rentrer d'une revue de» présidents et des ministres encadrés de cavalerie. Ils avaient l'air de prisonniers. C'étaient des prisonniers. Prisonniers du rôle qu'ils jouent, mal, la voix fousse et le geste faux. Prisonniers des servitudes misérables qu'il faut accepter quand on commande et qu'on ne sait pas commander

(censuré)

Car cet esprit qu'ils calomnient fut, ici et

là, une puissance active, et le reste, malgré eux. C'est lui qui distribue parmi les hommes le désir d'affirmer ce qui monte d'eux-mêmes et de renverser les obstacles qui contrarient leur loi. Il est l'effort cent fois brisé d'une masse anonyme, combattant pour des intérêts communs, lointains parfois, agitée de remous qui çà et là les opposent, traversée de courants étrangers qui leur livrent l'air du dehors. Partout l'éclair en a percé les sépulcres et les armures, l'artiste et le guerrier, ici et là, ont représenté quelque chose qui ne pouvait vaincre ailleurs. Un Italien n'aurait pas su construire une nef ogivale, ni un Allemand écrire Don Quichotte, ni un Anglais composer la Cinquième Symphonie, ni un Espagnol décorer la Sixtine, ni un Français rêver Hamlet. Baudelaire le savait bien. Toute patrie est le feu d'un de ces Phares qui brillent pour diriger le voyageur vers des rivages étrangers.

Heureux celui qui a reconnu les feux de tous les Phares et abordé dans tous les ports ! J'en connais. J'en suis. Et c'est là qu'est l'orgueil de vivre. Notre aventure ne réclame pas toujours le même abri. Quand nous errons

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