LIVR£ CHARNEL
par cent courants entrecroisés. Shakespeare n'ignorait pas ce qu'il devait à Montaigne et l'enfonçait dans l'âme anglaise à coups d'éclairs. Emerson l'a avoué h 19. jeune Amérique. L'Allemagne par Goethe, par Schopenhauer, par Nietzsche, ne l'a que trop bien sti, puisqu'elle a fait du pessimisme clairvoyant dont a jailli la civilisation française dans sa divine indifférence à tout ce qui n'est pas. le jeu, une règle pédagogique pour vaincre et dominer par delà le Bi*en et le Mal. Elle n'apportait rien de neuf, sinon ce flot vivant qui est d'ailleurs, à tout prendre, une éternelle nouveauté. Il n'y a pas, il n'y a jamais eu de commencements absolus, le « renversement des valeurs » qu'elle nous proposait naguère d'adopter, comme si nous étions maîtres de le repousser quajrid il s'impose à nos besoins, n'est que l'instant dramatique où l'homme prend conscience des enseignements du passé pour les lancer sur l'avenir comme une arme de conquête. On a maudit tour à tour la culture antique, la culture chrétienne, la Renaissance, la Réforme,^ la critique encyclopédique, le génie confus des Germains, l'ap-
port mystique de TAsie et aussi la paix et la
guerre, qui les ont mêlés en nous. On a maudit
l'instinct, puis condamné la raison. O Montaigne, sage héros I II faut, pour la gloire du monde, marcher allègrement en portant dans le cœur tous ces magnifiques fardeaux. Une jeunesse étemelle est promise au vieil homme, s'il oublie la complexité de ses souvenirs et de
ses expériences pour la vivre en artiste et l'agir en conquérant.
Hénu {Pas-de-Calais) aS-Si Mai tgi5
FINALE