‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 117 sur 134 · CHAPITRE XI Gadifer de La> Salle abandonne Béthenoonrt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Gadifer de La> Salle abandonne Béthenoonrt

Où donc l'historien peut-il assurer que la vérité n'a pas un double fond, puisque l'histoire a toujours des faits en réserve à opposer à ceux qu'elle avait d'abord acceptés?

Où donc est ici la durée dé la gloire, car ce manuscrit parait de nature à diminuer Béthencourt ? Nous craindrions cependant d'aller trop loin dans ce revirement; c'est pourquoi nous reproduirons à la suite du nouveau manuscrit, les anciens textes de l'Édition de Jean V de Béthencourt.

On comparera et l'on jugera, et nous reconnaîtrons nousmêmes mieux, le rôle de chacun d'eux*

C'est Béthencourt qui a eu l'idée de la conquête, et qui y a consacré une partie de son avoir, mais s'il n'avait pas rencontré Gadifer, il eût obtenu peu de résultats.

Dans les deux premières années de l'entreprise, Gadifer a été presque toujours en action contre les Guanches, tandis que Béthencomrt passait ime grande partie du premier temps de la conquête en négociations à la cour d 'Espagne ; il n'est resté aux Canaries après Gadifer que quinze mois environ, pendant lesquels l'œuvre militaire a été très secondaire;

mais si Ton remarque que les discordes en France, suivies de la guerre étrangère, ne permettaient pas d'espérer un secours suivi de notre pays, on conviendria que la protection du roi d'Espagne et sa suzeraineté, ont maintenu ces Iles dans l'action européenne au delà sur l'Océan, et assuré les conséquences que l'Histoire a enregistrées ; et il reste vrai que l'honneur, dont Gadifer s'irritait, d'avoir été le plus à la peine pour cette conquête, revient à Gadifer de la Salle.

Tel est le vrai manuscrit du Canarien; des notes ont signalé les différences qui le distinguent de l'ouvrage de Pierre Bergeron. C'est un rapport qui me paraît sincère dans ses assertiens, ainsi que substantiel dans ses descriptions, qu'a copiées Jean V de Béthencourt.

Elles complètent Texposé de la première partie de la conquêlie; et lorsque d'autres événements suivent et que les deux chevaliers se séparent, Pierre Boutier ne se mêle plus de la relation.

C'est là évidemment que, selon les termes mêmes de la P^'éface, la relation passe en d'autres mains, jusqu'à la fin de la conquête, et se distingue du manuscrit de Pierre Boutier, par un caractère plus doux et plus favorable à

Béthencourt.

Cette partie, par les personnages que nous connaissons, revient à, Jean Leverrier, chapelain du sire de Grainville.

Mais aux notes qui se détachent, par la comparaison du manuscrit de Jean V, qu a publié Bergeron, il est aisé de juger le degré de confiance dû à ce dernier.

Sage et discrête personne, comme s'intitulaient les prêtres autrefois, Leverrier est réellement le domestique de Béthen-, court, et si Pierre Boutier paraît, avoir l'indépendance, sans autres égards que ceux dus à la vérité, Leverrier

ressemble trop au chapelain du Pas d'armes du roi Jean\

Le livré de Jean V de Béthencourt est un mélange dans lequel l'on a pris sans vergogne, ce qui vient du récit de Pierre Boutier pour Tattribuer à Béthencourt.

Dans ces conditions, il nous a paru, pour voir clair, nécessaire d'exposer les faits qui déterminèrent la séparation des deux chevaliers.

Cet exposé, ne pouvant être attribué qu'à Leverrier, est aussi favorable que possible à Béthencourt.

Lorsque celui-ci fut de retour d'Espagne, il eut naturelement des explications avec son compagnon, qui jusque-là avait tant travîlillé, tant souffert, sans résultat.

Gadifer supportait mal l'hommage fait des Canaries par Béthencourt au Roi de Castille; cet hommage, c'est la confirmation de ce que nous avons dit, que Béthencourt n'avait pas obtéilu le privilège de la conquête, avant son départ de France.

« Et mesme a faist crier le dit Roy, disait-il, par la plus part de son royaume, et en espécial en Séville, que vous en estes Seigneur et que nuls ne viennent par deçà es dites Isles Canariennes sans vostre congé, et outre a fait crier que il veut que toutes les marchandises qui seront prises es dites Isles, et seront portées au royaume, vous en ayez le quint ou le quint denier. » Béthencourt répondit à ce propos que cela était vrai, mais que' Gadifer serait contenté s'il voulait attendre la fin de l'en trepriseV

1 Gadifer ne lui demandait pourtant que trois petites iles, pour lesquelles il y avait tout h faire avant de s'y établir; mais , Béthencourt éluda toujours de s'expliquer, et' ses promesses vagues de rémunération ne suffirent pas avec

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