‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 12 sur 134 · I,A CONQUÊTE ET LES CONQUÉRANTS · texte numérisé non relu

I,A CONQUÊTE ET LES CONQUÉRANTS

charge de maître de son hôtel, et un calme relatif étant revenu, Mathieu de Braquemont^ avait profité de la position, qu'il avait acquise en sa qualité d'oncle de Marie de Braquemont, pour décider la mère de Jean III de Béthencourt à assurer le bonheur de son fils par le sien propre, en s'unissant ellemême à une famille redevenue puissante.

L'union des Braquemont et des Béthencourt paraissait heureuse, autant que les misère» du temps le permettaient. Marie de Braquemont avait donné à Jean III son mari, deux gages de sa tendresse, deux fils, nommés l'un Jean IV et l'autre Regnault, comme son grand-père maternel. D'autre part, en 1362, Mathieu semblait avoir la confiance du fils de sa femme qui, cette année-là, avant Pâques fleuries, baillait à ferme à son beau-père le manoir, les terres, les rentes, le tout pour cent florins d'or \ et le 21 octobre 1363, M™* Aude de Béthencourt, grand'mère du jeune homme, le reconnaissait, lui et M"® Jeanne de Saint-Martin, dame d'Houdetot, comme ses héritiers naturels, tant de ce qu'elle avait et pourrait avoir de la baronnie de Saint-Martin le Gaillard, que de toutes ses autres terres, et voulait que dès lors, ses héritiers prissent la saisine « d'iceulx » héritages et entrassent en la foi et hommage des seigneurs.

Les choses suivaient, comme on le voit, uu cours favorable ; mais cela ne dura pas. Un temps vint où Isabeau de Saint-Martin crut s'apercevoir qu'elle avait été induite frauduleusement à donn(>r sa main ; la discorde se mit alors entre les deux époux, et bientôt un scandale éclata.

Un jour, dans une absence de Mathieu de Braquemont, un de ses écuyers nommé Pierre d'Auxy dont il ne se défiait

. 1. Tabellionnage de Rouen, communication de M. Barrabé.

pas, était venu de nuit, çn compagnie de plusieurs gens d'armes; il avait envahi le château, s'était emparé de la dame et en avait chassé les gens. En vain Mathieu avait-il prié le ravisseur de se retirer et de mettre fin à des désordres « qui lui causoient grand vitupère et déshonneur » . Affligé et irrité de voir ses prières inutiles, si instantes qu'elles fussent, il s'était jeté sur Pierre d'Auxy avec des hommes qu'il avait apostés. Ils l'avaient frappé et « destranché par le cou et ailleurs », et comme en ce moment où le meurtre s'exécutait, un baron du Bois, était survenu à cheval, il l'avait tué lui aussi pour qu'il n'y eût pas de témoin.

Cette aventure assurément, était au moins aussi dramatique que celle dont Saint-Martin le Gaillard devait être le théâtre en 1836, et dont le souvenir avait embarrassé notre visite en 1862.

Je ne m'y serais toutefois pas arrêté, s'il n'avait été nécessaire d'expliquer par ce coup, le retour de Mathieu de Braquemont aux Anglais, qui avait amené de nouveau la confiscation des biens d'Isabeau de Saint-Martin.

Mais la guerre vint distraire les esprits de ces tristes événements de famille, en faisant sortir les Braquemont et les Béthencourt de leurs châteaux.

Quatre mois après le traité de Brétigny, Charles de Navarre rompait la paix sur une nouvelle question d'héritage, et les ennemis du roi de France s'étant une fois encore associés à la cause du Navarrais, le roi d'Angleterre^ le prince d'Aquitaine, le captai de Buch, Jean Joal, qui s'était emparé du château de RoUeboise près de Mantes, s'étaient préparés à recommencer les hostilités. Les routiers infestaient les provinces de Rouen à Paris et Ton se fût cru revenu aux plus mauvais jours de 1358. Pour comble de détresse, un hiver

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comme on n'en avait pas vu depuis longtemps faisait sentir ses rigueurs.

Cependant les gens d'armes ne se reposaient pas. Avec des chefs comme Duguesclin et Olivier de Mauny, son cousin, ils cherchaient à contenir les brigands de Jean Joal, le^ Anglais et les Brabançons de RoUeboise ; mais la Seine étant gelée, les Anglais la passaient en grandes troupes, couraient dans le Vexin et en ramenaient de nombreux prisonniers.

Le Dauphin demanda alors aux principaux seigneurs de Normandie et de Rouen de venir joindre Bertrand Duguesclin à Mantes, où était le rassemblement général. Mantes et Meulan étaient au roi de Navarre. Regnault de Braquemont et Jean III de Béthencourt se trouvèrent alors réunis.

Le 24 mars, Duguesclin étant allé assiéger RoUeboise, Charles de Navarre avait laissé paraître davantage son animosité. De son côté, Grailly, captai de Buch, s'avançait par la Normandie, on craignait que les Navarrais ne prissent Tofifensive ; mais les actes de rébellion commis depuis un an permirent alors de mettre la main sur les terres du vassal révolté. Mantes et Meulan étaient donc saisis, de même que par arrêt de justice Boucicaut recevait Tordre d'occuper ces deux villes sans retard et à tout prix. Le 7 avril, en conséquence, on se rendait maître du pont et de la porte de Vétheuil, puis trois jours aprè^ Toccupation de Mantes, on tirait vers Meulan. Jean III de Béthencourt était là avec d'autres seigneurs, cernant la ville par la gauclie, tandis que Duguesclin l'attaquait par la droite. Le Dauphin vint alors sur le théâtre des opérations, mais l'objet principal de son voyage était de mettre à la raison la reine Blanche, sœur de Charles de Navarre, qui tenait le château de Vernon, situé sur la Seine en aval de Mantes et Meulan, où elle prenait fait et

cause pour les Navarrais. Sollicitée par les seigneurs de Fricamps et de Regnault P"^ de Braquemont, la reine Blanche promettait alors de garder la neutralité entre les belligérants, quoique au fond elle n'en fut pas moins contraire aux Français.

Ainsi Regnault I**^ de Braquemont le grand-père et Jean III de Béthencourt son petit-fils, rendaient ici chacun des services différents à la cause royale ; mais Jean de Béthencourt allait lui donner sa vie.

Après l'accord fait entre la reine Blanche et le Dauphin, ce dernier ayant appris la mort de son père, le roi Jean, avait repris le chemin de Paris et laissé Duguesclin pour son lieutenant en Normandie, de manière à tenir tête aux Gascons, aux Anglais et aux Navarrais, qui s'avançaient avec le captai de Buch.

Duguesclin avait avec lui les Bretons, auxquels s'étaient joints des Normands et des Picards.

Parmi les chevaliers que cite \£l Chronique des quatre premiers Valois se trouvait « Monseigneur de Béthencourt. »

(( Le 19 mai de l'an 1364. Le jour de la Saint- Yves, le saint cher aux Bretons, la bataille s'engagea sur la rivière d'Eure, près de Coclierel. Les deux partis vinrent l'un contre l'autre à pied, les glaives aux poings ; une troupe de Bretons à cheval demeura avec les bagages; les Normands et les Picards étaient contre les Anglais. Les Gascons et les Navarrais en face de Monseigneur d'Auxerre : Là fut la bataille aspre et s'entreferroient de glaives, tant efforcément que c'estoit merveilles. Ceulx à qui les glaives failloient se combattoient de haches. Le captai se combattoit si vassaument qu'il resbaudissoit moult sa gent, et d'autre part les Anglois faisoient ung pou reculer les Normands et les Picards et à y celle fois y eut occis de bons chevaliers contre le captai :

» Mgr de Béthencourt, Mgr de Villequier et Mgr Baudoin d'Hennequiiij maistre des arbalétriers. »

La Chronique rimée de Duguesclin les cite également :

Quand ce vint sur la nuit, si qu'à soleil couchant,

Bertrand Duguesclin

Les Chevaliers de Tost va très tous assemblant. Le bon conte d*Aucoire va premier appelant Godefroy d'Annequin, un chevalier vaillant, Qui des arbalestriers fut maistre en son vivant. Messire Enguerrand, d'Hesdin le conquérant.

Le seigneur de Rambures, qui estoit avenant.

Robert de Villequier ne s'y va oubliant.

Le sire de Sempy s'y bouta bien avant.

Celui de Béthencourt ne s'y va arrestant.

Le jeune chevalier normand avait répondu ainsi par une noble fin aux paroles de Bertrand, invitant ses compagnons d'armes à étrenner l'avènement du roi Charles V.

Cette mort de Jean III de Béthencourt à Cocherel (1364), le souvenir de celle de Jean II à Honfleur (1356), les négociations de Regnault I*** de Braquemont pour ramener la paix en 1359, et pour empêcher que la reineBlanche ne prêtât l'appui de Vernon aux Navarrais furent, comme je l'ai dit, des titres suflSsants aux yeux du Roi pour faire lever les confiscations sur les héritages et les possessions de Jean IV en raison des faits et délits perpétrés par ledit Maheu (octobre 1360). Le nom de Béthencourt était d'ailleurs en crédit parmi les officiers du roi. Un autre Béthencourt, par exemple, nommé Jean aussi, était maître de l'artillerie au château deMelun'.

1. Le 14 novembre 1366 sur une lettre du roi datée de Vincennes. Le 13 du môme mois, ce Jean de Béthencourt recognoissoit avoir reçu

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Mais c'était sur les Braquemont que désormais devait être leur appui quoiqu'ils comptassent au nombre de leurs parents les d'Houdetot, les Garancières, etc. Les Braquemont avaient acquis une autorité réelle.

Quelque temps auparavant, Regnault donnait à Rouen une quittance de 105 livres tournois pour quinze jours de gages, de lui chevalier, de trois écuyers et de cinq archers, ce qui faisait juste le compte d'un chevalier banneret à soixante livres par mois, de deux chevaliers à trente livres, trois écuyers à quinze et d'archers à neuf livres.

Le roi Charles V, qui avait nommé Regnault le 7 septembre 1360 capitaine de Lillebonne, lui accordait par lettre du 7 septembre 1365 une rente, suivant le Père Anselme, de 2,000 que La Roque réduit à 1,000.

Le roi récompensait volontiers ce chevalier, qui, avec Friquet de Friquans contribuait encore, en 1366, à déloger les Anglais du Homme (arrondissement de Valognes) d'où Philippe de Navarre avait déjà voulu les expulser du 19 au 23 avril 1363.

La réunion de tous ces faits donne lieu de reconnaître l'importance de lafîimille du père et de celle de la mère du jeime Jean IV de Béthencourt.

Et si Regnault II, sieur de Braquemont, fils de Regnault I®*", ne s'est pas montré à nous dans un rôle aussi actif, la réputation de ses enfants, tous hommes distingués, implique de la part de leur père, l'idée d'une puissante direction, dont nous devons lui tenir compte, car elle réagit sur les fils de leur sœur Marie, veuve de Jean III de Béthencourt.

de Richard de Bramare, garde du clos des Galées à Rouen, cent arbalestes d'if à un pied, cent baudriers de âl, cent pavois tout neufs, peintz des armes de France.

Quoique celle-ci eût épousé en secondes noces un nommé Roger Suhart, dont Ton trouve des montres de 1355 à 1379, il y avait évidemment là une autorité supérieure, qui conservait les liens de la famille et aida les fils de Jean III dans leur carrière.

Aussi me semble-t-il nécessaire d'esquisser ce que je trouve de leur propre vie pour montrer, en continuant d'élever un peu nos regards, comment l'histoire d'un peuple peut se lire dans celle d'une famille.

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