CHAPITRE V
La mère de Jean IV de Béthencourt et ses frères
les Braquemont.
Suivant M. le comte de Circourt, qui a recueilli sur les Braquemont les documents les plus intéressants et m'en a communiqué un aperçu, Guillaume, le fils aîné, est celui que ses belles qualités recommandaient le plus.
Robert, cadet de Guillaume, plus ardent que lui, aimait les aventures et il se trouva plus d'une fois en Italie comme en Espagne dans des affaires où se décidait, avec la possession de la couronne, l'avenir d'un peuple.
Guillaume, en 1364, figurait dans la montre du sire Friquet de Friquans, ami de son grand-père.
En 1367, Robert devait avoir à peu près le même âge que son frère, lorsqu'il partit pour l'Espagne « avec moult grande volonté de bouter le roi don Pierre hors de son royaume et d'y mettre sur le trône le comte d'Escourge, c'est-à-dire Henri de Transtamare, frère naturel du roi ; ce bastard moult preux chevalier et hardi avoit grandement conversé en France et suivi nos guerres, aussi Charles V laimoit-il beaucoup. » La campagne répondit du reste entièrement au vœu des chercheurs d'aventures, qui suivant Froissard^ y avaient trouvé autrefois grand profit. (136, 3, Livre Froissard.)
(c Tels qui estoient sortis de leurs hôtels, bassement, pau-
» vrement montés, allant à pied ou sur un pauvre roussin, » avoient eu cours^iers ou genêts de séjour, cinq ou six et » grosses ceintures d'argent, et mille ou deux mille francs » en leurs bourses. » On tenait que Bertrand Duguesclin et les autres avaient reçu plus de six vingt mille ducats comptant, outre les villes et places que le roi donna.
Si le souvenir des débuts des deux frères est un peu vague, comme celui de tous les commencements, nous pouvons^ en tout cas les noter : On trouve certainement en 1371 , Guillaume de Braquemont en Saintonge que le roi voulait reconquérir, et Robert de Braquemont chef d'une chambre de 4 écuyers, avec lui servant en Normandie sous l'amiral Jean de Vienne, au siège de Saint-Sauveur.
En 1377, Guillaume, chevalier, est toujours avec l'amiral, mais sur mer ; de compagnie et de chambre étaient avec lui 1 chevalier et 10 écuyers.
Cette année-là et la suivante (1377-1378), Guillaume de Braquemont servait dans la compagnie du sire de la Rivière, sous le duc de Bourgogne.
Il était alors fait prisonnier et obtenait du roi en don 300 livres pour l'aider à payer sa rançon.
En 1379, Guillaume épousait Marie de Camp-Remy , restée veuve avec deux enfants de Jean de Camp-Remy, d'une maison très chevaleresque de l'Isle de France.
Quelques années se passèrent sans que les deux frères parussent de nouveau ; seulement en 1383, Guillaume était à l'armée de Flandres, qui en 1382 s'était signalée par la victoire de Rosebecq.
En 1385, Guillaume avait suivi en Ecosse l'amiral Jean de Vienne. Sa compagnie était de 6 chevaliers et de 47 écuyers. Guillaume de Braquemont se distinguait dans les
deux chevauchées que ramiral en Angleterre faisait suivant le plus ou moins bien vouloir des Écossais.
Le petit nombre des chevaliers et des écuyers, que les deux frères ramenaient, témoignait par leurs pertes de la valeur de leurs compagnons et de celle de leur chef. Aussi le duc de Bourgogne, en prenant Guillaume Braquemont sous ses ordres, augmenta de beaucoup le nombre des hommes dont il lui confiait le commandement.
En 1386, pour le passage en Angleterre, Guillaume était à la tête de 5 chevaliers, de 56 écuyers, toujours sous le gouvernement de Toncle du roi.
Dans sa compagnie était Jean de Fricamps, écuyer banneret, qui avait 9 écuyers dans sa chambre.
Les mauvaises volontés ayant fait avorter le projet de passage en Angleterre, on l'ajourna à Tannée suivante et Ton fit garder la frontière.
Guillaume resta alors avec 4 chevaliers et 24 écuyers.
Les Anglais, débarquant devant TÉcluse (avril 1387), Braquemont partait aussitôt et se joignait au capitaine général de Picardie qui repoussait les ennemis.
Bien en vue du roi et du duc de Bourgogne, il était en voie de réussir. Le roi le nomma son chambellan. Il était posté à Saint-Éloy-lès-Noy on .
Cette année, il assistait comme témoin,le 28 novembre 1387, au contrat de mariage d'un parent de sa femme^ demoiselle de la reine. Le roi donnait 4,000 livres pour la dot des époux.
Les autres témoins étaient le sire de Haugest, le sire de Rayneval et le Bègue de Fayel, père de la jeune fille, que Jean IV de Béthencourt devait épouser plus tard.
Ainsi dans les vingt-trois années qui s'écoulent depuis l'enfance de ce dernier, Guillaume de Braquemont s'était
élevé assez pour venir en aide aux fils de sa sœur, mais Robert de Braquemont n'avait pas moins fait à travers une existence pleine de hasards ; de 1380 à 1384, il avait accompagné le duc d'Anjou dans son entreprise de la conquête du royaume de Naples.
L'expédition qui avait débuté brillamment avait fini par un désastre. Au départ du royaume de France, le duc d'Anjou s'en était allé « bien garni et aussi estoffement ique nul sire » poùvoit estre allé en grand arroy, riche, noble puissant et » grand foison de beaux et bons gens d'armes ; mais la fin » avoit été telle qu'il étoit mort et tout avoit perdu. »
Lé duc avait succombé à la fièvre, n'ayant plus de ressource que quelques florins, et les chevaliers qui l'avaient accompagné étaient revenus isolément avec beaucoup de misères. Le roi faisait donner alors 200 livres à Robert de Braquemont, qui espérait retrouver une nouvelle chance en Espagne.
Les chevaliers se souvenaient des profits de la campagne de 1366 et pensaient qu'il en serait de même, mais ils se trompaient.
Les événements les plus inattendus se préparaient dans la Péninsule, événements desquels il en devait sortir d'autres plus grands encore, et ce devait être un beau titre que d'y avoir concouru.
Vers le temps où il allait commencer la guerre avec le roi de Castille, le roi de Portugal, en arrachant à son mari une femme qu'il élevait ensuite sur le trône, avait jeté dans son royaume les germes de discorde qu'il avait fait éclater par la condition mise dans le traité de paix : qu'à sa mort, la fille qu'il avait eue de cette union ferait, si elle épousait le roi d'Espagne, passer la couronne de Portugal sur la tête de celui-ci.
Dans la pensée de Ferdinand, cette disposition du traité, devait avoir pour effet d'arrêter les hostilités des deux peuples qui duraient depuis près de vingt ans ; mais les Portugais et les Espagnols n'ayant pas plus d'afiînité entre eux que n'en avaient les Anglais et les Écossais dans leurs rapports, le traité n'eut pas alors les résultats que le roi en avait attendus.
Il amena au contraire une séparation définitive entre ces deux peuples et donna une direction toute particulière aux destinées de chacun d'eux.
L'orgueilleuse conduite des Castillans et l'insolence de leurs propos, que Froissard exagère selon toute vraisemblance, avaient excité une telle haine dans le cœur des Portugais que ceux-ci, dans la dernière année de la vie de don Ferdinand disaient préférer la mort à Tassujettissement à une nation qui croyait leur avoir fait grâce en leur accordant la paix, tant la guerre avait été mal menée I
La fierté des Portugais était en vérité bien légitime. La grandeur de leur patrie était leur œuvre et ils avaient le droit d'être susceptibles. Ils n'étaient plus le petit peuple séparé de l'Espagne en 1093.
Alphonse VI de Castille avait détaché de ses États cette année-là, pour en faire la dot de sa fille Thérésa, le territoire de Porto e Minho, la province de Beira et le pays de Tras os Montes et lui avait donné en Galice tout le territoire qui s'étendait jusqu'au château deLobeira; il avait aussi permis à son gendre de se porter sur le pays d'Algarve. Néanmoins le comte Henri de Bourgogne n'avait pas obtenu le Portugal tel qu'il était nécessaire de le constituer.
L'embouchure duTage, la voie par laquelle on pouvait pénétrer dans cet État en projet n'appartenait pas aux Chrétiens^
Lisbonne était aux Musulmans, en outre le comte de Portugal relevait encore d'Alphonse VI de Castille tant qu'il vécut.
Seules la valeur du comte Henri et celle de son fils Alf onso Henriquez avaient assuré l'indépendance et commencé les agrandissements nécessaires.
La bataille du Campo d'Ourika, gagnée le 25 juin 1139 par le fils du comte sur cinq chefs arabes, annonça l'élévation prochaine du nouvel État. L'armée, qui avait nommé roi Alf onso Henriquez, s'emparait de Santarem, de Lisbonne, après quoi les lois fondamentales du royaume avaient été discutées et consenties. Puis en 1169, la bulle d'Alexandre II légitimait le choix de la nation.
Ainsi Alfonso Henriquez avait été le fondateur de la monarchie portugaise. Il était mort en 1185 à soixante-seize ans.
Les successeurs de ce prince avaient continué de conquérir le sol sur les Arabes ; un d'eux en 1212, prenait part à la bataille de Las Navas de Tolosa, qui commença, pour ainsi dire, la ruine de l'Islamisme dans ces contrées.
Puis l'an 1217 était signalé par l'expulsion des Maures d'Alcacar do Sal.
Enfin, la bataille de Salado, livrée en commim avec les Espagnols, achevait d'anéantir la puissance musulmane.
Pour s'emparer de ces territoires et pour les conserver, les nouveaux princes avaient créé divers Ordres religieux militaires, dont la mission était de livrer des combats aux Maures sur les lieux mêmes, où l'Ordre avait soit des couvents soit des commanderies : ils avaient protégé l'agriculture, augmenté la population, établi des villages, planté des forêts, qui devaient avec le temps servir à la construction de bâti-
ments pontés. Ils avaient encourage le développement des scienœs maritimes et l'accroissement du commerce.
Et au milieu de ces progrès, le peuple organisé en communes avait senti croître sa dignité avec sa richesse ; ces développements annonçaient évidemment qu'il ne devait pas être au-dessous de la tâche que la Providence lui donnerait à remplir. Il n'y manqua pas en se dérobant aux prétentions des Espagnols dans les circonstances suivantes :
Aussitôt que le roi Ferdinand eut été enseveli, les habitants de Lisbonne, de Coimbre, de Porto, d'Evira avaient ofEert la couronne à don Denis, mestre de l'Ordre d'Avis.
Frère naturel du roi qui venait de mourir, il s'était tenu jusque-là tranquille dans le gouvernement de ses chevaliers. Mais lorsque les événements le portèrent au trône, pour l'exécution même des devoirs qu'on lui représentait, il ne fit rien qu'avec mesure. Denis ne se rendit pas à la première proposition qui lui avait été adressée, non plus qu'à la seconde. Il fit entendre à la communauté de Lisbonne qu'elle ne pouvait tout faire par elle-même, qu'il lui fallait au moins le concours des nobles. Quand ces derniers l'en eurent assuré^ il leur représenta que la reine régente, qui était dans Lisbonne avec son conseiller, Jean Ferrand Andeiro, voudrait naturellement conserver la couronne à sa fille, la reine de Castille\
1. Le récit suivant du soalèvement est écrit d'après celai qae fit alors aa duc de Lancastre Laurencien Fougasse, ambassadeur du nouveau roi de Portugal. Froissard le rapportedans «son tiers volume, chapitre xxxviii,et » motive la confiance qu'il prête à cet ambassadeur, envoyé justement » informer le duo de toutes les besongnes de Testât et conditions du pays, » du droit que la dame Béatriz^ clamait à la couronne, et du droit aussi » du roi Denis de Portugal. » Une fois entre autres que le duc de Lan-
Les communautés promirent alors d'aviser.
En conséquence, aux obsèques du roi de Portugal, où les nobles avaient été convoqués avec les communautés du pays, don Ferrand Andeiro leur ayant demandé de s'assembler en parlement le lendemain, afin de soutenir les droits du roi de Castille, aussitôt que la reine avait quitté l'église de Saint-François, dans laquelle avait eu lieu l'obit, pour retourner dans son palais, les nobles avaient monté à cheval et quitté Lisbonne.
Ceux qui étaient pour le roi de Castille avaient dissimulé, mais les communes des quatre grande villes se rassemblèrent dans l'église de Saint-Dominique, c'estrà-dire à la cathédrale. Là, le mestre d'Avis qui était avec elles leur dit que si elles persévéraient à vouloir le nommer roi, comme il y pouvait prétendre, étant frère du roi Femand, fils du roi don Pèdre de Portugal, contrairement à sa nièce la reine de Castille, qui n'était pas fille de Fernand par loyal mariage, c'était l'heure qu'ils s'ouvrissent et que sur leurs déclarations il agirait. « Je vous requiers alors, dit-il, que vous veniez avec moy à la Monnoye, où Jehan Ferrand se tient avec Aliéner de Coigne ; car je veux qu'il meure puisqu'il a servi à rencontre de vous et de moi, et quand il soutient une autre querelle que vous ne voulez. »
castre avait donné à dîner au grand maître de SainWacques et à Lanrencien en sa chambre acoyement)), après disner il fit tout homme partir et appela les susdits moult amoureusement et les meult en paroles des besongnes du Portugal... Et pourtant que Laurencien Fougasse, sçavoit parler trop beau François et bien séant, le Duc adressa la parolle et luy dit : « Laurencien, je vous prie que me comptez tout, de point en » point. Le Roy de Portugal m*a escrit qu'il n*y a homme en Portugal, » qui si justement m'en peut informer comme vous et je vous dis que » vous me ferez grand plaisance. »
Ils répondirent tous d'une voix:(( Nous le voulons.» Lorsque les hommes des communautés eurent quitté le monastère de Saint-Dominique, au nombre de quinze cents en entraînant toutes sortes de gens sur leur chemin, ils ne tardèrent pas à être arrivés à laMonnoye, où se tenait la reine avec Ferrand Andeiro.
Ils y pénétrèrent par force, ayant rompu les portes. La veuve du feu roi, effrayée à la vue de tant de peuple, venant sur elle, se jeta à genoux devant Denis, et les mains jointes, le pria d'avoir pitié d'elle, disant qu'elle ne croyait avoir forfait en rien, qu'elle ne demandait rien, que c'était le feu roi, qui, contre sa volonté, lui avait mis la couronne sur la tête.(( Ne craignez rien, repartit Denis, nous ne sommes point venus pour vous porter dommage de corps. Nous ne sommes ici que pour ce traître qui est là, Jean Ferrand Andeiro, si faut qu'il meure tout de commencement, puis l'en venge le roi de Castille, s'il peut, car il a été trop longtemps son procureur en ce pays. »
A ces mots, s'avancèrent « ceux qui ordonnez estoient pour ce faire ; si prirent le chevalier, et tantôt le mirent à mort »; on n'alla pas plus loin.
Après cette mort du chevalier que certains historiens regardent comme l'amant d' Aliénor ^ , la reine demanda à Denis de quitter Lisbonne, où elle ne pouvait plus avoir ni paix ni honneur. Elle obtint aisément de se retirer en Castille auprès du roi son gendre et de sa fille.
Lorqu'elle arriva à Séville, les nobles de Castille délibéraient sur les affaires de Portugal ; elle fut reçue avec joie. Ayant été consultée, elle dit que, selon toute apparence, les
1. Camoens, chant IV, dit qu'elle affichait avec lui, depuis son veuvage, Ba honteuse incontinence.
communautés couronneraient Denis, si on ne les prévenait.
Le témoignage de seigneurs portugais affectionnés au roi de Castille confirma les paroles d'Aliéner, et tout aussitôt le roi Jean commanda que tous les hommes nobles et portant les armes, d'entre quinze et soixante ans, vinssent au camp de Séville, puis il prit le chemin de Lisbonne, dont il fit le siège, menaçant le mestre d'Avis que, s'il le prenait, il le ferait mourir « de maie mort ». La question était de le prendre. Le * mestre d'Avis se hâta d'organiser la défense.
Il avait nommé pour commander à Lisbonne Laurent Jean d'Acuna, qui après l'outrage que lui avait fait le roi Fernand de lui prendre sa femme, s'était réfugié à la cour de Castille, où il portait à son chapeau des cornes d'argent, en souvenir de son affront, mais il était revenu en Portugal, lorsque la nation s'était révoltée, et qu'Éléonor de Telles avait pris le chemin de Castille. Laurent Jean d'Acuna, fort vaillant homme et d'un bon conseil, trouva la mort dans une sortie.
Le siège de Lisbonne dura plus d'un an. Jean de Castille avait juré que de ce siège il ne partirait « si puissance de plus grand roi ne l'obligeait à le lever ».
La peste fut cette puissance.
La levée du siège encouragea les communautés de Portugal, qui après avoir tenu conseil couronnèrent roi Denis dans la cité de Coimbre, le jour de la Trinité 1384.
Quand le roi de Castille en reçut la nouvelle, « Si, dit-il, je vois bien qu'il faudra de faict et de force, conquérir ce qui est mien, si je le veux ravoir ».
A cet effet, il lui fut conseillé d'envoyer quérir gens d'armes, et souldoyers partout où il en pourroit avoir, et spécialement au royaume de France, qui avait aidé son père à
faire la guerre. « Si lui avait été dit : Monseigneur, il ne vous faut avoir qu'une journée contre ceux de Portugal, et se, par puissance, vous les pouvez tenir aux champs et combattre, à vostre entente viendrez, car ils sont en grand différend et discordau royaume de Portugal, ensemble, si comme vous le savez et veez, car ici maintenant avez avec vous des plus hauts et des plus notables habitants du pays, qui se sont mis en guerre. Si vous avancez de combattre à toute puissance de bonnes gens, ce bastard de Portugal, que les communautés ont couronné à Roy, avant qu'il se fortifie des Anglois, vous ruerez sus, et quand vous aurez journée pour vous, tout le pays sera vostre, car il n'est pas grand à conquérir. »
Ces conseillers se trompaient. Le roi Jean, néanmoins, se confiant à eux, envoya des messagers en France, en Poitou, en Bretagne, en Normandie, en Bourbonnais, en Picardie, en Bourgogne et en Béarn.
C'est au milieu de ces circonstances que se présentèrent Robert de Braquemont et son frère Jean. Mais s'il vint des chevaliers de toutes parts, la journée annoncée à Jean de Castille comme devant tout décider en sa faveur ne vint pas.
Au contraire, il vit tourner contre lui Tentreprise, tentée le 15 août 1385, malgré les avis du sire de Rié, chambellan de Charles VI, la fortune se décida en faveur des Portugais, près d'un village appelé Aljubarotta.
L'armée espagnole ne comptait pas moins de 90,000 hommes. Les Portugais n'étaient que onze mille.
Cependant la bannière de Castille, ce jour-là fut abattue, et, dit-on, si un homme, qui devait être le beau-père de Robert de Braquemont, Pero Gonzalez de Mendoza, majordome du roi, n'avait donné son cheval à celui-ci, il eût été perdu.
Cette tradition mise en avant par un romancier célèbre * a été adoptée par M. Ferdinand Denis*, mais je serais tenté de regarder comme plus vrais, et même comme plus poétiques, les faits tels que M. de Circourt me les a exposés.
« Le roi avait entrepris la campagne dans un véritable état de souffrance. »
Le 21 juillet, il avait fait son testament; le 14 août Pero Lopez de Ayala avait été envoyé conf-érer avec le connétable de Portugal. A son retour, im conseil de guerre avait eu lieu. Le roi était si faible, qu'il se tenait couché, appuyé sur un chevalier, et pouvant à peine parler. Cependant la bataille s'engagea par l'imprudence des jeunes gens qui conduisaient l'avant-garde . Au commencement de la bataille, le roi, en raison de sa faiblesse, était porté en litière, par les chevaliers et les écuyers préposés à sa garde, lesquels le mirent sur une mule, dès qu'ils virent l'affaire tourner mal, puis sur un cheval et l'emmenèrent du champ de bataille malgré son état de souffrance.
Heureusement les Portugais, ne poursuivirent pas les Castillans, mais les historiens de cette nation, le font s'enfuir à toute bride vers Santarem, d'où il gagna Sévilie, où la nouvelle du désastre mettait la vie de la reine Béatrix en danger.
Le roi de Castille, à qui il ne resta bientôt plus au delà des Monts personne qui tînt son parti, le roi de Castille, ne doutant pas que les Portugais ne fussent exaltés par leur victoire et renforcés par les Anglais, fit un nouvel appel aux Français, et Froissard nous donne à ce propos, un témoi-