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LA CONQUÊTE ET LES CONQUÉBANTS

royales^ par les noms donnés aux rues percées sur son emplacement. La rue Beautreillis bâtie en 1552, rappelle wcore les belles treilles que Charles V surveillait et aimait à récolter.

La rue des Lions-Saint^Paul fut percée sur le bâtiment et les cours de l'hôtel, où étaient enfennés les grands et les petits lions du roi, et la rue de la Cerisaie l'était sur une allée de cerisiers.

Dans cette résidence du souverain, au milieu de personnages considérables, riches et puissants, Jean IV de Béthencourt sentait sans doute la médiocrité de sa position; aussi songea-t-il à profiter de son entourage, la situation d'un jeune homme intéressant toujours.

Il résolut à cet effet de rendre à sa seigneurie de Grainville la Teinturière son ancienne importance. Le roi Charles V, après la mort de Jean III de Béthencourt, avait ordonné à ses officiers du bailliage de Caux, de démolir les châteaux qui ne seraient pas tenables ou que leurs possesseurs ne voudraient pas garder â leurs périls ou despens. Or, Grainville en 1386 était tellement désemparé que « le seigneur et ceux qui estoient ses hommes, tenant de lui en fief et arrière-fief, ne pou voient, disaient-ils, y avoir recours en cas de nécessité, et y trouver refuge pour eux et pour leurs biens. »

Le fief de Grainville la Teinturière s'étendait sur les paroisses de Hanouard, Bosville, Motteville, Saint- Jouan, Saint- Wandrille et dans les parties voisines de Longueville.

Béthencourt demanda en conséquence de faire fortifier « et emparer sa seigneurie à ses frais et dépens, et lorsqu'elle seroit fortifiée, il exprima le désir de la tenir pour lui, ses hoirs et ses successeurs^ comme forteresse, afin qu'il pût faire contraindre par le bailli de Caux ou son lieutenant, par toutes

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voies dues et raisonnables, ceux qui avoient coutume, du temps que la forteresse étoit en estât de venir faire le guet et la garde, en cette forteresse, de la manière qu'on étoit accoutumé de faire es autres chastiaux royaux. )>

Le roi par lettres datées, le 14 avril 1387, avait conféré à son pannetier la gi'&ce qu'il avait demandée. Mais le bailli de Caux, arguant de ce que les lettres du roi ne rappelaient pas les privilèges dont la forteresse avait joui avant Tordre de la détruire, avait apporté des difficultés à la faveur accordée.

En conséquence, une enquête avait été ouverte, à la suite de tout ce qu'avait avancé Béthencourt sur l'état ancien de Grainville, ainsi que sur l'avantage qui en résulterait pour le pays de la faveur qu'il demandait, par des personnes notables dignes de foi, nobles et autres.

A la suite de cette enquête, le roi renouvela la faveur qu'il avait cru devoir en raison de services rendus par le père et le grand-père de Béthencourt, morts à la guerre, et dans l'espérance que son pannetier continuerait lui-même d'en rendre à son tour.

Cette grâce qui allait donner à Béthencourt de l'autorité et le mettre en relief coïncidait avec l'époque où le roi, entré dans sa vingt et unième année, prenait possession du gouvernement, au grand déplaisir des ducs de Bourgogne et de Berry (novembre 1387).

Les soins qu'il paraissait vouloir donner aux affaires inspiraient à la nation des espérances dans un règne quit avait commencé par la victoire de Rosebecq.,

Mais si la jeunesse du roi consentait un moment à se régler, il n'était pas siu* la voie qui menait plus tard un homme d'État à penser que la vie serait intéressante sans le

plaisir, et il n'en devait pas moins chercher les occasions de satisfaire son goût pour les fêtes, les magnificences, les spectacles des cérémonies et des tournois qu'il aimait au point de s'être fait céder le 26 mai 1390^ par le comte d'Alençon, rhôtel de Sicile, qui était dans le voisinage de Tliôtel Saint- Paul, afin que par la clôture il pût entrer sur les rangs, lui et ceux qu'il emmènerait, quand il se ferait des joutes, dans la couture Sainte-Catherine, qui était le lieu de Paris le plus convenable à cet effet.

Les fêtes données par Charles VI sont d'ailleurs restées célèbres :

En 1389, il y en eut pour la chevalerie de Louis II, duc d'Anjou, roi de Sicile, et de son fils le duc du Maine. Dans cette fête, on observa les cérémonies des anciens paladins, après quoi, elle fut suivie de trois tournois, le premier, de chevaliers qui eut lieu le 3 mai ; le second d'écuyers, le quatrième et le troisième des uns pt des autres pêle-mêle eut lieu le 5.

Les dames qui étaient les juges des trois courses, en distribuèrent les prix. Il y eut à regretter seulement dans la dernière nuit de ces fêtes une licence dont, au dire de Félibien, l'honneur des dames eut à souffrir.

Avant que la compagnie se séparât, le roi fit faire solennellement les obsèques du connétable Duguesclin avec une pompe tout à fait royale.

Mais de ces fêtes, celle qui les siu'passa toutes, fut celle du couronnement et de l'entrée de la reine Isabeau de Bavière, que le roi avait épousée en 1384 et dont il avait eu déjà trois enfants.

L'Angleterre et l'Allemagne, qui y avaient été convoquées, avaient pu y admirer et envier la richesse, le luxe, le

goût, réiégance d'une société, qui semblait nécessaire au monde civilisé et en être la plus noble expression.

Béthencourt, bien placé pour jouir du nouveau règne, et trop jeune pour ne pas se mêler au mouvement, en vit accroître l'animation et l'éclat, par suite d'une nouvelle poussée de jeunesse dans la famille de Charles VI, si je puis in 'exprimer ainsi, lorsque le roi songea à donner à son frère cadet, né le 13 mai 1373, la place à laquelle l'appelait sa naissance.

La Cour fut alors un centre splendide, où le plaisir^ sous les excitations du jeune prince, dominait même les ambitions.

Deux écrivains de notre temps, M. le comte Albert de Circourt et M. Jarry, nous ont permis heureusement de reconnaître, sous la dissolution des mœurs de ce prince, l'un des plus grands et des plus droits esprits de son temps.

Le frère de Charles VI, que nous connaissons surtout sous le nom de Louis de France, et qui avait paru d'abord avec le titre de comte de Valois, avait été fait duc de Touraine, le 13 mai 1386, lorsque des négociations diplomatiques s'étaient engagées, en vue de le marier.

La princesse sur laquelle Charles VI avait arrêté son choix était leur cousine, Valentine de Milan, la fille d'Isabelle de France, unie, en 1360, à Jean Galéas Visconti, seigneur de Pavie et en partie de Milan.

Isabelle était morte, le 3 septembre 1372, en couches de son quatrième enfant. Le seul de ces enfants qui lui survécut était une fille nommée Valentine. De même que la mère, la fille allait servir à des intérêts politiques.

Isabelle avait payé la rançon de Jean le Bon ; Jean Galéas donnait, à son tour, Valentine pour avoir l'appui de la

France en Italie et y continuer ses agrandissements. Il s'était emparé, en 1385, de la personne de son oncle Bernabô, mort en prison bientôt après; Jean Galéas était devenu par là maître de tous les domaines possédés par les Visconti, et son ambition était d'y ajouter toutes les terres de l'Italie septentrionale.

La jeune princesse, séduisante d'ailleurs, apportait une dot considérable en argent et créait à son mari des intérêts en Italie par la possession du comté d'Asti.

Le pape Clément VII avait autorisé l'union des deux cousins et, le 17 août 1389, le mariage avait eu lieu solennellement à Melun.

Lorsqu'il avait été consommé, il avait été formé aux deux jeunes époux une maison. Déjà, en prévision du mariage, le roi, en juin 1388, avait fait à son frère présent de l'hôtel de Béhaigne, où le duc avait donné des fêtes et des joutes.

Il avait ensuite reçu une pension de 1,000 fr. par mois, tandis que celle de ses oncles était de 1,500. Alors, ayant pris en mains le gouvernement de son duché, il s'armait et levait des hommes d'armes, de même qu'il s'était formé une cour, dans laquelle on voit (igurer, au nombre de ses chambellans, avec Jean IV de Béthencourt, passé de la maison du roi dans celle de son frère, Guillaume de Braquemont, son oncle, qui venait de se signaler par l'habileté avec laquelle il avait amené le comte de Foix à venir rendre hommage pour son comté et à le reconnaître réversible à la couronne de France. Guillaume avait reçu à cette occasion, le 8 août 1390, 500 fr. d'or, pour l'aidera supporter les frais que le service de chambellan entraînerait chaque jour.

L'entrée de Jean IV de Béthencourt dans la maison du duc de Touraine lui donna lieu d'apprécier, sous tous ses aspects, le maître que Christine de Pisan nous peint avec le maintien haut et à la parole bénigne, d'une bonne et douce physionomie, chevalier accompli, d'un extérieur élégant, de courtoises manières, gracieux dans ses discours et dans ses ébats.

Le religieux de Saint-Denis le qualifie déforma egregium. Juvénal des Ursins, voyant autre chose en lui, a dit: « Combien qu'il fût jeune d'aage, toutefois il estoit sage et de bon entendement. » Nicolas de Baye, ailleurs, le juge multum ctstutus et magni intellectus, et selon l'auteur de la Geste des nobles françois , a Cestuy Duc fut prince de haut entendement)».

Mais Nicolas de Baye met à ces éloges une sourdine qui n'avait que trop sa raison : Nimis in carnalibus lubricus, jugement, qui devait s'achever dans le verset de l'Imitation du Christ: Carnale gaudium blande intrat, sed in fine mordet et perimit\

Dans les mérites que Christine de Pisan reconnaît au prince, je remarque celui-ci: a Cestuy prince, dit-elle, aime les gentilshommes, et les preux, qui, par vaillantise voyagent et s'efforcent d'accroître l'honneur et le nom de France en maintes terres. Il les aide du sien, les honneure et soutient.»

Béthencourt, le futur conquérant des îles Canaries, n'était-il pas à sa place chez un tel prince? Le duc avait gardé de son instruction non seulement la rhétorique, qui servait à orner sa parleure, mais il avait emprunté à l'entourage savant de son père l'extension de ses connaissances et de ses idées.

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