‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 18 sur 134 · Viclorial, p · texte numérisé non relu

Viclorial, p

Gonzalve Peraza, avaient équipé une escadre de cinq vaisseaux, avec laquelle ils avaient reconnu une partie des côtes d'Afrique, les iles de Fortaventure, Canaria, de Fer, de Gomère et deTénériffe. Tombant ensuite sur J^ncerote, ils avaient saccagé tous les endroits peuplés.

Ils avaient fait prisonniers le roi et la reine, et après y \

avoir chargé leurs navires de cuirs d'animaux, ils étaient revenus à Séville, où ils avaient retiré beaucoup d'argent de ces marchandises.

Cette navigation avait fait sensation^ car outre le gain qu'on en avait tiré, Henri III avait été averti de la facilité qu'il y avait à conquérir ces îles, et cette conquête était entrée dès lors dans le programme de sa politique.

L'Espagne, du reste, avait déjà plusieurs fois porté ses vues sur les Canaries, concurremment avec le Portugal. Elles avaient été découvertes il y avait près d'un siècle par les Italiens, Gênes y avait laissé ses traces d'une manière durable, par l'appellation de Lancerote donnée à l'une d'elles, en souvenir de Lanzaroto Marocello.

Il n'y avait donc eu rien de singulier qu'un pilote génois, Nicolo de Recco, eût, en 1341, dans une expédition commandée par Angiolino del Cerpio de Corbizzi, mené les Portugais à Fortaventure, à la grande Canarie, à l'île de Fer, à la Gomère. Cela n'avait pas empêché toutefois, en 1344, Louis d'Espagne, c'est-à-dire Luis de la Cerda, petit-neveu de Saint-Louis et descendant d'Alphonse le Sage, de songer à la possession de ces îles; il les avait, en conséquence, demandées au pape.

Le Saint-Siège qui, en 1091, avait donné l'île de Corse à l'évêque de Pise, l'Irlande à Henri II d'Angleterre, crut pouvoir en user de même à l'égard des Canaries, et le Pape,

en consistoire public, créa Louis d'Espagne prince des Iles Fortunées; il lui en donna, du fait de son autorité apostolique, le domaine avec toute juridiction temporelle et lui mit sur la tête une couronne d'or, en signe d'investiture, sous diverses conditions, et en particulier sous celle de payer tous les ans, à l'Eglise, une redevance de 400 francs d'or.

L'auteur de V Histoire ecclésiastique, Fleury, qui sent ici une odeur d'Index, dit à ce propos, que ce qu'il trouve en cela de plus remarquable, nest pas la prétention du Pape, mais la crédulité des princes.

1^ donation des Canaries ne profita pas à Luis de la Cerda; Pétrarque, qui avait assisté à la cérémonie dans laquelle le prince avait pris possession de sa nouvelle dignité, n'avait pas alors bien auguré, pour l'avenir du règne, du temps pluvieux qu'il avait fait ce jour- là, et il en rappelait l'impression en termes ironiques pour le prince.

Le Portugal en fut pour la manifestation de la jalousie, que lui avaient inspirée les desseins de Louis de la Cerda, lorsque le Pape lui avait demandé de les protéger.

Les desseins de Humbert, duc de Dauphiné, sur les Canaries, n'eurent également pas plus de suite, mais les tempêtes qui amenèrent des naufrages sur ces îles rappelèrent de nouveau à l'Espagne ses anciens projets.

Un naufrage en 1382 avait porté sur la Gomère le Biscayen comte d'Urefla, qui y avait reçu bon accueil.

Cinq ans auparavant, Lancerote avait donné l'hospitalité à un autre Biscayen, petit-fils par sa mère du célèbre amiral Ferrand Sanchez de Tovar, Martin Ruys do Avendano.

D'autres circonstances contribuèrent encore à rendre presque familière la fréquentation des Canaries, quand

rexpédition de 1393 donna plus de consistance à Tidée de se les annexer.

Seulement, les affaires de Castille, qui s'embarrassèrent alors, retardèrent Texécution de ce dessein, que quelques écrivains ont dit avoir été remise à Robert de Braquemont.

De 1396 à 1399, le roi de Portugal qui, lui, avait profité de la paix pour affermir son pouvoir contre les réclamations de la reine Béatrix, crut que la jeunesse du roi Henri lui permettrait de triompher aisément de lui.

Il lui suscita une querelle, sur ce que la trèvè accordée entre leurs ambassadeurs pour quinze ans n'avait été ni signée ni jurée par les seigneurs castillans.

En conséquence, la guerre avait recommencé, et comme Tun et l'autre prince y avaient appliqué leurs forces de terre et de mer, elle durait depuis trois ans, quand le roi de Portugal s'aperçut que des seigneurs de son royaume s'éloignaient de lui, pour aller à don Henrique qui leur donnait des terres et des maisons.

Peut-être même ce dernier trouva-t-il dans les circonstances le moment opportun pour étendre des possessions que le Portugal jalousait, Henri Martin allègue à ce propos l'autorité de Zurita, dans son commentaire de l'Itinéraire d'Antonin. Selon lui, le roi de Castille donna en 1401 à Robert de Braquemont la permission d'entreprendre la conquête des Iles Fortunées des anciens. M. de Circourt, si versé dans la connaissance des historiens espagnols, n a pas retrouvé devant moi à la Bibliothèque Nationale le passage de Zurita. Il m'assurait plus tard aussi que Béthencourt serait parti pour les Canaries sans le privilège de la conquête. Toujours est-il que Béthencourt s'était mis en mesure vers la fin de 1400 de faire cette conquête. Il est évident par différents actes qu'il

faisait alors ses préparatifs pour son expédition le 22 décembre.

A la fin de 1401, Béthencourt, cela est évident par des actes que j'ai vus, faisait ses préparatifs pour son expédition. Le 22 décembre de cette année, il vendait devant les tabellions de Rouen, à Hue, seigneur de Donquère, chevalier, conseiller du roi, bailli de Caux, une maison et manoir qu'il avait à Paris, donnant d'un bout à la rue de Veaubourg, d'un côté à la rue des Quays, maison qui valait bien 200 fr. d'or et ne devait que quarante sols de rente, mais ce n'était pas tout.

On ne fait pas même de petites choses sans qu'il en. coule beaucoup, à plus forte raison de grandes.

Il avait fallu, en outre, que Béthencourt empruntât sur ses terres à Robert de Braquemont sept mille livres.

Robert de Braquemont, au commencement de 1402, était alors en Normandie et y faisait une transaction pour l'Engagère de Béthencourt et de Grainville.

Peut-être aussi Béthencourt avait-il voulu se procurer alors des provisions à bon marché. Les plaintes présentées le 3 août 1401 par des députés anglais aux conférences de Leulinghen l'accusaient d'avoir capturé un navire dans la Manche.

Messire Pierre de Courtenay, chevalier, Nicolas Sion et William Grozon se plaignaient de ce que naguère, durant les trêves, Messire Jean de Béthencourt et Messire Robert Cassel et autres de leur compagnie avaient pris leur barge et soixante-douze tonneaux de vin et autres marchandises de la valeur de 6,000 francs.

Quoi qu'il en fût, Béthencourt quittait son hôtel de Grainville la Teinturière, et après de nouveaux approvisionne-

ments et des couventions avec les marins et les marchands, tant à Harfleur qu*à La Rochelle, il partait de ce dernir port le 1®' mai 1402 après la rencontre et l'association d'un vaillant chevalier.

Mais je ne puis admettre les termes dans lesquels la relation de Bergeron expose leur rencontre et leur association.

« Béthencourt, dit Bergeron, trouva là ung bon et hon- » neste chevalier et « eut paroles entre ledit Béthencourt et » Gadifer », et lui demanda. Monseigneur de Béthencourt, » quelle part il vouloit tirer, et ledit Gadifer dit qu'il alloit » à son adventure. Monseigneur de Béthencourt lui dit qu*il » estoit fort joyeux de l'avoir trouvé, et luy demanda s'il » luy plaisoit de venir en sa compagnie. En contant audit » Gadifer son entreprise, et tant que ledit Gadifer fut tout » joyeulx de l'ouïr parler, et de l'entreprise qui estoit faite » par ledit Béthencourt, il y eut trop moult de belles paroles » entre eulx deux, qui trop longues seroient à raconter. »

Les faits que j'ai à présenter permettront au lecteur d'apprécier si les deux chevaliers étaient étrangers l'un à l'autre, et si la rencontre était aussi fortuite que le texte de Bergeron veut bien le faire entendre.

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