‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 21 sur 134 · LA OONQUÊTË ET LES CONQUÉRANTS · texte numérisé non relu

LA OONQUÊTË ET LES CONQUÉRANTS

accordée sur des terres que fes moines cultivaient à leurs frais.

Elle avait également fait naître autour d'elle le goût des études, en même temps qu'elle donnait des exemples de foi et de charité.

Aussi, quand aux XIII® et XIV® siècles, le nombre des moines se fut multiplié assez pour qu'ils retournassent à l'œuvre de la prédication des nations, Saint- Jouin fut comme préparé à cette œuvre première, dans le monde nouveau, et le sort tomba sur Pierre Boutier.

La relation de ce dernier était donc un document du plus haut intérêt pour l'Église poitevine ; mais il devait l'être à d'autres titres, pour les renseignements qu'il apportait sur les compagnons de l'entreprise.

Une des raisons qui avait fait demander un des Pères à l'abbaye de Saint-Jouin de Marnes avait été que le chevalier associé par Béthencourt à son entreprise, Gadifer de la Salle, était du pays de Thouarsais, dans la Vendée, arrondissement de Fontenay-le-Comte, canton de la Châtaigneraie, lieux voisins de ceux que nous avait indiqués en 1877 l'acte de rémission de 1384, accordé à Gadifer de la Salle et résumé par moi dans mon article de 1879.

Ainsi, cette révélation du manuscrit de M"*® de Hensch restituait à une province des gloires oubliées dans la personne d'un des chefs de l'expédition, comme dans celle du missionnaire.

Mais ce manuscrit indiquait encore, dans les gens d'armes qui accompagnaient les deux chevaliers, bien d'autres nationalités.

Le plus grand nombre étaient des Gascons de l'Aveyron, de la Gironde, des Landes, des Hautes et Basses-Pyrénées.

Le lieutenant de Gadifer, notamment, rappelait que ce dernier s'était créé des attachements dans son sénéchalat du Bigorre.

Dans l'élément normand, je remarque le nom de Cerrant,

maître-marinier du navire dans lequel était Béthencourt. Il y a peut-être dans ce nom mal écrit sans doute, Cerrant, Serrant, Servand, l'indication des recherches à faire à Harfleur, pour la solution du problème qui porte M. de Fréville à attribuer l'entreprise de Béthencourt à un Servand; les maîtres-mariniers se donnant quelquefois, hors de leur port, une importance qu'ils n'avaient pas.

Ainsi, le manuscrit de M°^® la baronne de Hensch, aurait-il donné seulement ces documents, serait déjà précieux; mais il le devient tout à fait lorsque l'on compare ligne à ligne et parfois mot à mot les deux textes. On découvre aussi dans le texte dont s'est servi Pierre Bergeron le pillage incessant de la relation de Pierre Boutier, le parti pris d'attribuer à Béthencourt les mérites que Pierre Boutier donne à Gadifer.

Ce caractère de falsification vaniteuse et hostile est tel, qu'il excite pour être juste à réparer le préjudice porté avec tant d'obstination à la mémoire de Gadifer de la Salle.

C'est pourquoi je n'ai pas cru pouvoir me dispenser de reproduire le texte original de M°*® la baronne de Hensch, que M. Warner a fait placer dans les manuscrits du British Muséum, tant à cause du récit que de la miniature qui donne la représentation sérieuse de la barge de Gadifer.

Il est ennuyeux sans doute, d'ajouter à un récit un document si long, mais ici l'intérêt du récit se double du caractère de cette annexion.

On lit les faits dans le langage contemporain, et ce langage

prend une nouvelle importance de ce que ce document, antérieur de beaucoup à Tépoque qu'on assignait au manuscrit publié par Bergeron, doit être regardé désormais comme le plus ancien monument de notre histoire transatlantique.

LE CANARIEN

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