CHAPITRE ONZIÈME
Or estoit ceste traison dampnable et contre la foy catholique, regarde que nous estions en service de Dieu, innoscents et sans coulpe pour quoy on no deust ainsi traira mort, et vraiement nous ne pensions iamais que si grant inhumanité se peust mettre en courage de hôrae crestien, côme elle cestoit mise en Bertin et en ceulx de son aliance, ainsi qu'il est tout à plain escripten ceste Hure, veu le péril en quoy Gadifer se mettoit d'entrer en mer en vn mauuais batel et passer cy périlleux passage côme là estoit en cy grant dangier, tant pour la mer qui est là moult orgueilleuse que pour le pais qui est désert et sans eaue doulce, ni autre vitaille; et cy le faisoit pour le pourfit cômin et pour la nécessité qui estoit entre eulx', car il n'y auoit celui qui se peust aider parmy le pais ne porchasser son viure par faute de chauseure. Et pour ce Gadifer, regardant la nécessité de ses gens *, nô sachàt riens du courage de Bertin de Berne val en aucune manière, sô partit luy et Remonôt de Leuadan et plusieurs autres auecqs son batel de Rubicon et passèrent en l'isle de Louppes pour prendre des loups marins pour la nécessité de chausseure qu'il falloit aux compaignons. Et là demourèrent aucuns iours tant que viures leur faillirent, car
1. Texte de Jean V de Béthencourt : chapitre xi. Édition normande, p. 2 : Comment Gadifer alla en Tisle de Loupes, p. 20. Suppression des reproches indignés contre la trahison de Bertin.