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L'EXPÉDITION DE LA TOISON D'OR

Sans quitter encore les temps demi-légendaires, nous pouvons citer quelques exemples caractéristiques d'expéditions, de catopagnes et de guerres entreprises pour la conquête de gisements miniers.

Expéditions du Sinaï et de la Mer Rouge. — Un des cas historiquement les mieux connus est celui, déjà signalé en passant, des campagnes égyptiennes dans le Sinaï, ou encore dans ce que Ton appelait le Pouanit et TEtbaye, à la recherche du cuivre et de l'or. 5.000 ans av. J.-C, on voit les Pharaons envoyer déjà des expéditions militaires, qui occupent le Sinaï, y construisent des retranchements, protègent les mineurs, puis reviennent avec une récolte de cuivre et, en même temps, des autres produits minéraux du paySj turquoises, blocs de roches dures, diorites, etc. Cela se continue à travers 15 ou 20 dynasties de rois (campagnes de Thoutmosis 1*', etc.). Nous possédons de même les textes relatifs aux courses vers la mer Rouge (Seti r*"), à la construction des routes pour aller occuper les mines d*or et même le plan antique de ces mines, confirmé par les fouilles.

Hittites, Phrygiens, etc. — Dans le même ordre d'idées on nous montre les Khati ou Hittites allant attaquer les vallées minières du Thermodon et de riris, dans le pays des Ghalybes sur le Pont, d'où une très ancienne route partait à travers TAsie Mineure.

L'or de Phrygîe, sur lequel les auteurs anciens s'exclament par tradition, ces placers d'Astyra ou de Troie, d'où Tantale et les Pélopides, puis Priam, tiraient le métal précieux et qui n'étaient déjà depuis longtemps qu'un souvenir aux temps classiques, furent-ils pour quelque chose dans la guerre de Troie, nous n'en savons rien. Mais nous connaissons le rôle joué, longtemps après, dans la fortune des Gygès, des Alyatte, des Crésus, par l'or du Pactole, près de Sardes; nous savons les trésors offerts à Delphes par

ces prétendas barbares : Midas, roi de Phrygie, dont on connaît le pouvoir légendaire, ou Gygès, roi de Lydie et ancêtre de Crésus. Et Ton n'ignore pas non plus le rôle attribué dans la suite, en diplomatie ou en politique, à « l'or médique » comme, plus tard encore, à l'or de Philippe de Macédoine (tiré des mines du Pangée).

Viers 1590, nous voyons encore Thoutmosis III conquérir à Damas, qui paraît avoir été un centre métallurgique important, des masses considérables de fer.

Les Phéniciens. — Dans le second millénaire avant Fère chrétienne, où s'intercale, croit-on, vers 1500, la guerre de Troie, le rôle des Phéniciens, que Ton a une tendance aujourd'hui à éliminer après l'avoir exagéré, se manifeste, dans toute la Méditerranée, par des exploitations minières. Pour une raison ou pour une autre, on sait qu'au xv* siècle, les peuples méditerranéens jdivers avaient un niveau de civilisation très analogue. Il est assez naturel d'en conclure des relations par mer, qui ne présentent aucune difficulté et auxquelles on a seulement objecté cet argument négatif que les preuves directes en sont encore insuffisantes. Les agents de ce commerce auraient été les navigateurs que Ton a longtemps appelés les Phéniciens, que Ton peut, si on le veut, appeler les Égéens ou décorer de tout autre nom *,

1. M. Maspero place, vers 2800, larrivée des Phéniciens k Tyr ; ils seraient venus du goU'e persique. Dès 2000, leurs rapports avec la Grèce sont manifestes. Avant eux, la léf^ende montre les premiers bateaax construits par Melkarth ou par les Kabires, dont nous avons dit le rôle comme génies métallurges ; et, vers 4000, on attribue le cabotage qui apportait les métaux en Egypte, aux Kefatioo, Kafit^ ou Kaiiti, dont on ne sait rien, sinon leurs rapports a?ccChypre et leur» analogies avec ce que nous appelons les Égéens.

mais dont les Phéniciens ont été les successeurs directs et nous représentent, par Tidée précise que textes et objets nous en donnent, la forme la plus caractéristique. Or, partout où, dans la région méditerranéenne, il a existé une richesse naturelle à recueillir, on trouve la trace des Phéniciens (ainsi entendus largo sensu): que ce soit de Tor, du cuivre, du plomb, de Targent, de Tétain ou même du soufre, de Talun, du blanc de foulon, de Témeri. Mines d'or, de Thasos.et du Pangée (en Macédoine); probablement argent du Laurion et de Bythinie; plomb et ar'gent de Sardaigne, d'Espagne ou d'Afrique ; cuivre du Sud de TEspagne, étain de Galice, etc., ils semblent avoir tout connu. Plus tard, leurs bateaux poussèrent jusqu'aux Cassitérides (Cornwall), et on met peut-être plus de timidité qu'ils n'en avaient eux-mêmes à leur faire affronter la navigation côtière dans TOcéan Atlantique dès une époque reculé».

Expédition des Argonautes. — Rapports possibles avec les Minoens. ~ Enfin, quoique nous la connaissions sous une forme tout à fait légendaire, la fameuse expédition des Argonautes représente, à une époque assez mal déterminée, qui semblait déjà vieille du temps d'Homère et qu'on peut placer entre 2000 et 1500, la plus ancienne entreprise de conquistadores partant à la recherche de placers lointains qu'on nous ait racontée. Quand nous pensons à Jason, il faut nous imaginer, sauf les différences de costumes et de mœurs, quelque chose comme une expédition de Fernand Cortez ou de Pizarre, ou, dans les temps tout à fait contemporains, ce que les Anglais appellent un Bush d'aventuriers accourant vers les placers

du Klondyke ou les mines d'or de rAustralie Occidentale. Leur expédition, qui fit évidemment sensation par les trésors rapportés, s'enjoliva de toutes les hâbleries ordinaires aux récits de marins et servit sans doute de noyau pour grouper peu à peu toutes les histoires de mineurs, toutes les découvertes de minerais sur les côtes de TArchipel ou de la mer Noire. Plus tard, les poètes de la décadence essayèrent de coordonner ce mélange de mythes et de faits réels sans les comprendre.

De quelle race étaient Jason et ses compagnons de la nef Argo? Minyens d'Orchomène en Béotie d'après les textes les plus anciens, c'est-à-dire appartenant à la même race Égéenne que les Mycéniens et, par conséquent, dans l'hypothèse précédemment indiquée, que nos Telchines, supposés par nous Minoens. On remarquera aussi qu'on leur attribue comme guides les Dioscures,— associés, par des traditions qui ont étonné les philologues, aux Kabires de Samothrace, — et, comme pilote, Orphée, qui passait pour avoir appris son art à l'école des Dactyles, autres génies métallurges.

Les Argonautes, dont l'itinéraire semble d'abord quelque peu fantaisiste, apparaissent sur les côtes de Macédoine voisines de l'Athos, où l'antiquité exploita de fameuses mines d'or; ils relâchent à Lemnos, où subsista longtemps le culte d'Hephaistos et de ses forgerons souterrains (expliqué à une basse époque par un volcan qui n'a jamais existé) et où ils s'asseoient à la table des Kabires ; puis c'est Samothrace, centre des mystères métallurgiques, la Phrygie où les Cretois avaient un très ancien établissement, etc. Enfin, ils se dirigent, après avoir touché le royaume de Pont, où se trouvaient les Chalybes, célèbres par

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la connaissance du fer, vers la Colchide riche en métaux et la ville d'Aa sur le Phase. C'est là qu'ils s'emparent de la toison de bélier, sur laquelle, par une pratique courante dans les placers aurifères, on recueillait l'or en paillettes mêlé au sable et entraîné par un courant d'eau.

Leur expédition a donc tous les caractères d'une entreprise de mineurs, de chercheurs d'or, d'ingénieurs, etc., et nous avons là, dès le début, un des plus jolis exemples, si souvent répétés dans la suite, de ces expéditions maritimes ou coloniales qui eurent pour but, longtemps après, d'aller chercher, soit la poudre d'or au Mozambique, à la Côte d'Or, à l'Eldorado mystérieux de FAmérique Centrale, soit la poudre d'étain au Comwall ou à Malacca, soit ailleurs d'autres métaux moins nobles, dont le rôle s'est de plus en plus développé dans les temps modernes.

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