LES MINES DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE
ATHÈNES ET LE LAURtON. — LES GUERRES PUNIGO/ES.
Dès que nous abordons l'antiquité classique, les renseignements de tous genres abondent sur les mines exploitées, qui devaient déjà être antérieurement fort nombreuses ; et, en même temps, le nombre de ces mines augmente très vite par l'expansion des nations civilisées. 11 ne saurait être question, dans ce livre, de tracer, même le plus sommairement^ un tableau de la richesse minérale aux diverses époques, et nous devrons nous borner à appuyer de quelques exemples les idées générales qui nous paraissent les plus importantes. Dans d'autres chapitres, nous reviendrons ainsi sur le côté technique de l'exploitation minérale
antique, sur les rapports de cette industrie avec la main-d'œuvre, avec le régime monétaire, etc. Ici, pour rester fidèles à notre programme, nous nous contenterons d'indiquer la part prise par le développement des mines dans la politique et dans l'histoire de la Grèce et de Rome, en considérant surtout deux époques caractéristiques : celle de la prospérité d'Athènes^ si intimement liée à la richesse des mines du Laurion et la période des guerres puniques, où Rome reprit à Carthage, elle-même héritière des Phéniciens et des nations antérieures, les grandes mines alors connues, avec une partie de leurs produits accumulés en Afrique et en Asie, et où, s'enrichissant démesurément, elle changea de caractère, en même temps qu'elle trouvait des facilités nouvelles pour la conquête du monde.
L'or antique. Phrygie, Lydie, etc. — Les grands trésors miniers des pays neufs sont d'habitude les placers aurifères, auxquels peuvent plus localement s'ajouter quelqpies autres minerais d'alluvionsrecherchés, comme ceux d'étain; les temps primitifs, où tous les pays étaient neufs, n'ont pas échappé à cette loi. 11 a fallu cependant, pour que l'or fût apprécié à sa valeur, qu'on eût acquis ce degré de civilisation où les qualités spéciales de ce métal pouvaient être utilisées, soit pour l'apparat, soit surtout pour la monnaie. Ce stade n'a pas dû être atteint à beaucoup près du premier coup; mais, dans les temps historiques, que nous abordons maintenant, cette restriction n'est plus de mise.
Pour les Grecs, comme pour nous, les principales richesses minérales étaient réputées se trouver « très loin ». La remarque classique de Humboldt que l'or
vient des confins de la civilisation se trouve déjà dans Hérodote. On savait vaguement, cinq siècles avant notre ère, qu'il y avait, du côté de Tlnde, un pays, où les fourmis, en creusant la terre, ramenaient de Tor ; que, vers TÉthiopie et la mer Rouge, Tor abondait, alimentant le trésor des pharaons ; qu'il venait aussi de Tor, avec de Tétain et de Tambre, de ces pays septentrionaux qui comprenaient l'Angleterre et la Gaule ; que les mines situées yers les colonnes d'Hercule, en Espagne, en fournissaient avec du cuivre et de l'argent, dans les exploitations depuis longtemps commencées par les Phéniciens, etc. Mais les récits relativement précis portaient sur les pays, plus voisins, de l'Asie Mineure ou de la Macédoine : placers de la Colchide ayant fourni l'or de Jason; placers de la Phrygie à Astyra ou Atarneos et du Mont Bermios en Macédoine ayant enrichi Midas ; placers de Sardes et du Pactole ayant donné leur fortune à Gygès et aux autres rois de Lydie, dont l'un, Crésus, est devenu représentatif de la richesse. C'est avec ces mines d'or lydiennes que nous entrons à proprement parler dans l'histoire.
L'or de Lydie paraît avoir été souvent, comme beaucoup d'autres, un or assez impur, chargé d'argent et de cuivre jusqu'à concurrence de plus de moitié : de l'or blanc, ce que les anciens appelaient de l'électron*. C'est avec cet électron naturel, dont on ne possédait alors aucun moyen précis d'apprécier la teneur exacte, et qu'on ne savait sans doute pas encore raffiner, que furent frappées les premières monnaies lydiennes, remplacées seulement, du temps de Crésus,
1. Ne pas confondre l'électron (alliage; avec l'électron (ambre ou succin\
par de véritables statères d'or, et nous verrons plus tard ^ les conséquences curieuses qui en résultèrent pour le bimétallisme antique.
Les métaux précieux en Grèce. Siphnos et le Laurion. — Fiuanciers et spéculateurs. — Cet or de Lydie, celui de la Phrygie, plus tard celui de la Perse (fourni en partie par Tlnde), attirèrent bientôt les convoitises des Grecs, qui, en ces premiers temps, ne possédaient aucune mine d'or ; mais Tor n'arriva en Grèce que tard, vers la fin du v" siècle, et, pendant toute la période antérieure, qui comprit les guerres médiques, la Grèce ne connut d'autre monnaie nationale que l'argent, auquel venait s'ajouter, en petite quantité, Tor importé d'Asie. Ce sont les mines d'argent qui firent donc la richesse de tel ou tel pays grec: Siphnos, par exemple, dont les mines, actives au VI* siècle, passèrent pour avoir été inondées par la colère d'Apollon le jour où, pénétrant au-dessous du niveau hydrostatique, on se trouva envahi par les eaux; le Laurion surtout (depuis le v* siècle), dont la prospérité est si directement, si intimement liée à celle d'Athènes qu'il n'est pas exagéré d'attribuer à ces mines la victoire finale de la Grèce sur la Perse avec ses contrecoups indéfinis et le merveilleux développement du temps de Périclès.
C'est le Laurion qui, en 484, a permis aux Athéniens de construire une flotte de guerre de cent trirèmes et de remporter la victoire de Salamine; c'est le Laurion qui a fait longtemps d'Athènes le principal et presque unique marché d'argent du monde grec, une sorte de Swansea antique (si inat-