‹ La conquête minéraleChapitre 13 sur 82 · Page · texte numérisé non relu

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tendue que semble la comparaisoD). La pauvre Attique, au sol maigre et aride, a pu, par le Laurion, vivre, prospérer, commercer, conquérir ; et l'obscur mineur, peut-être égéen ou phénicien, qui, le premier, a reconnu la présence d'un métal précieux dans les cailloux informes du Cap Sounion, s'est trouvé, en permettant l'épanouissement de la ville unique, la floraison de ses Sophocle et de ses Phidias, exercer une influence prodigieuse sur les destinées de l'humanité, sur nos arts et notre pensée. Au v^ siècle, c'est par les mines que l'on s'enrichissait à Athènes; on spéculait sur les mines, sur lé cours de l'argent et du plomb ; les « chouettes laurotiques » (monnaies portant la chouette d'Athéné), étaient un sujet de plaisanterie courante aussi bien que de convoitise ; et cela dura environ un siècle et demi. Pendant ce temps néanmoins, l'or de Perse s'infiltrait peu à peu en Grèce, soit par les échanges, soit par les subsides du grand roi aux Lacédémoniens, et il y en avait assez pour que la différence entre le cours de l'or par rapport à l'argent en Perse et celui à Athènes, ce que nous appellerions Tagio, ne dépassât pas 5 7o- Une bien curieuse inscription nous fournit le prix de l'or acheté pour la fameuse Athéné chryséléphantine de Phidias (inaugurée en 438) : 44 talents d'or fin. soit environ 3,7 millions de francs en calculant d'après le poids, ou 30 millions en tenant compte de la valeur différente de l'or à cette époque. Cela peut donner une idée des quantités d'or employées par la somptuosité de Périclès. Mais le réel changement dans cet état de choses eut lieu le jour où la Macédoine commença à entrer dans le cercle de la politique grecque et, avec elle, ses fameuses

mines d'or, dont queiques*nnes avaient été déjà exploitées au Mont Bermios, en Piérie, le long du Strymon. sur la côte de Crénides, à Skapté-Hylé, peut-être à Thasos ^ et dont les principales furent mises en exploitation par Philippe au Mont Pangée.

Or de Macédoine. — Ces mines du Mont Pangée ont, vers 360, ' contribué à la puissance de Philippe, comme le Laurion, un peu plus tôt, avait fait celle d'Athènes. La capitale de Philippes se bâtit, en 356, sur les gisements miniers à la façon d'une Johannesburg. On raconte qu'il en sortit pour 108 millions d'or en dix-huit ans et, quoique le chiffre soit sujet à caution, il n'a rien d'invraisemblable sur un gisement presque vierge, avec les milliers d'esclaves dont on disposait alors. Ce fut le point de départ de la fortune des Macédoniens et le moyen pour eux d'entreprendre des conquêtes qui livrèrent plus tard à Alexandre les énormes trésors de Suse, Persépolis, en même temps que la possibilité d'intervenir dans la politique grecque par les moyens, dont les dariques perses leur avaient donné l'exemple.

Il est peut-être permis de remarquer à ce propos que si, aujourd'hui, « on ne fait pas de bonne politique sans bonnes finances » et si la suprématie militaire, fondée sur le nombre des canons, s'acquiert en partie à coups de millions, cette intervention des métaux précieux dans la politique et, par conséquent,

1. n est à noter que, dès 472, les Athéniens avaient fait une expédition militaire pour conquérir, sur les Thasiens, le district aurifère de Thrace. Après un siège de trois ans, Thasos dut capituler et céder la propriété de toutes ses mines sur le continent, peut-être même de celles qui existaient dan» l'île (cuivre argentifère).

cette influence générale des mines qui les fournissent, était encore bien plus considérable dans l'antiquité, en un temps où l'activité des échanges compensait beaucoup moins la disette sur ce point spécial. L'histoire des guerres puniques va nous fournir, pour Rome, un autre exemple de ce rôle important joué par les mines dans l'histoire politique de l'antiquité.

Les guerres puniques. — Influence des mines sur révolution de Rome! — Cette époque des guerres puniques, qui fut aussi celle où commença la conquête de l'Orient, marque, on l'a fait souvent remarquer, pour Rome, une transformation profonde : comparable, à certains égards, avec celle qui, de notre temps, s'est opérée pour les agriculteurs de l'Amérique du Nord, lorsque furent découverts successivement les houilles et les pétroles de Pensylvanie, puis les métaux du Lac Supérieur et de l'Ouest. Au contact de Carthage, qui fut la Londres de l'antiquité, puis par le développement des mines conquises sur elle en Afrique, en Sardaigne, en Espagne, etc., une nation de laboureurs armés se transforma en un peuple d'ingénieurs, d'industriels et de mineurs, que de vastes entreprises partout développées et des "besoirts de luxe toujours croissants jetèrent dans l'impérialisme. « La même époque, dit Pline, vit naître le luxe et périr Carthage. » Et, sans doute, il ne faudrait pas exagérer la part prise, dans cette évolution, par l'exploitation directe et active des mines métalliques, successivement accaparées sur tout le pourtour de la Méditerranée, ni non plus négliger, pour Tinfluence de la seule Carthage, celle de l'Orient. Le phénomène n'a aucun rapport avec

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celui qui s'est produit, nous le rappellerons bientôt, quand l'Espagne découvrit le Nouveau-Monde. Dans la conquête du monde ancien par Rome, il est certain que le travail accumulé de tous les peuples vint en tribut à la métropole. Mais Texpression concrète de ce travail était pourtant, en définitive, du métal, or ou argent, extrait, à un moment quelconque, plus ou moins loin, de la mine : l'or des placers de Midas ou de Gygès, comme celui qu'avaient amassé les lointains Indous, les Ghaldéens et les Perses, les rois du Pont ou de la Colchide. On peut même remarquer, à ce propos, que, d'après les auteurs anciens, la richesse de Garthage devait être infime, au temps de sa plus grande prospérité, à côté de ce que fut celle de la Rome impériale : c'est-à-dire que l'Orient, où le travail des mines était dès lors très ralenti, mais où la richesse s'était très anciennement et lentement accumulée, contribua, plus que l'Occident, domaine pris à Garthage, malgré la nouveauté relative des mines occidentales, à cette prospérité.

Quand le développement de la puissance romaine amena fatalement sa compétition avec Garthage, Rome était encore très pauvre en métaux précieux, quoiqu'elle eut absorbé les mines et le produit des mines exploitées par les précédents maîtres de l'Italie (Étrusques, etc.), le fer, le cuivre, l'étain de File d'Elbe, de la Toscane. On sait que les Gaulois y surprenaient par leurs parures dorées au combat et, quand les ambassadeurs carthaginois vinrent pour la première fois à Rome, ils remarquèrent malicieusement que, dans toutes les maisons où on les invitait à souper, on leur exhibait la même

vaisselle d'argent : les sénateurs de ce temps-là se la repassaient de l'un à Tautre, Les métaux usuels eux-mêmes y avaient longtemps été fort rares et faisaient parfois cruellement défaut aux Romains. Rappelons, par exemple, que, dans le traité imposé aux Romains par Porsenna, celui-ci avait stipulé l'interdiction d'importer du fer pour Farmement; seul était toléré celui destiné à Tagriculture.

Plus tard, il est vrai, Populonia, la vieille ville métallurgique étrusque, en face de File d'Elbe, fournit à ^cipion le fer destiné précisément à la lutte contre Carthage. Mais la cité africaine était tout autrement riche en métaux. Elle avait, à la suite des Phéniciens, accaparé tout leur commerce de la Méditerranée occidentale et, en particulier, leurs mines. Dans un temps où le numéraire était rare, la richesse carthaginoise — très relative, comme je viens de le rappeler, mais servie par une réelle science financière, — fut un des moyens d'action qui suppléèrent à tant* de lacunes et de défectuosités de leur organisation militaire et politique. Les Carthaginois avaient à peu près le monopole de l'argent, du cuivre et de Tétain. Ils développèrent considérablement cette industrie pendant la longue lutte, où les deux peuples se disputèrent l'Espagne, le pays minier par excellence de notre continent. Si les Romains, sans doute, n'avaient pas songé particulièrement à s'emparer de ces mines aux débuts de la guerre, l'importance que leur donna Hannibal et les ressources qu'il y trouva pour envahir l'Italie ne purent manquer d'attirer leur attention. La Sardaigne, fameuse dès lors par ses mines de plomb argentifère, tomba aux mains des Romains après la première guerre punique. Un peu

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plus tard, quand Hamilcar, puis Hasdrubal , fondèrent un véritable empire à Carthagène, les mines d'argent en furent à la fois le centre et le point d'appui financier. Ces mines étaient si riches, qu'un siècle après elles rendaient encore, dit-on. 9 millions et demi de francs par an. Dans leurs débuts et avec les formes de minerais riches des affleurements, elles durent être quelque chose comme un Mexique : l'Espagne jouant alors vis-à-vis de Carthage ou de Rome le rôle que, dlz-huit siècles plus tard, l'Amérique devait à son tour jouer vis-à-vis de l'Espagne.

C'est avec l'argent de Carthagène qu'Hannibal, sans recourir à la mère-patrie, put organiser son expédition triomphante contre Rome et pénétrer, à la façon d'un Conquistador, dans les possessions romaines. Longtemps, la guerre se poursuivit opiniâtrement dans ces pays espagnols, sous forme de guerre coloniale, parallèlement à la guerre italienne, et la conquête de Carthagène par Scipion (209 av. J.-C.) fut un coup de fortune pour les Romains; entre autres résultats immédiats, elle faisait tomber près de 4 millions dans leur caisse.

Cependant, Rome, tant qu'elle ne fut pas venue à bout de Carthage, manquait d'argent. Dans la période qui suivit la défaite de Cannes, il fallut, à Rome, fabriquer, suivant un procédé qui sembla commode de tous temps, de la fausse monnaie légale, sortes d'assignats ou de papier-monnaie, en rapetissant les monnaies d'argent et leur donnant, par l'estampille, une valeur fictive. La fin de la seconde guerre punique, en livrant à Rome l'Espagne et ses mines, (le plomb et l'argent de Carthagène, le mercure d'Almaden, le cuivre de Rio Tinto et de Tharsis, l'étain

de Galice et du Portugal, les placers aurifères de la plaine de Grenade, du Douro, etc.) ou du moins en . ne lui laissant à combattre que les indomptables Ibères, fît de Rome une ville riche. L'Espagne, alors, se latinise très vite ; elle frappe de la monnaie d'argent en abondance. A Rome, s'introduit un luxe inusité qui, joint aux trésors conquis bientôt sur la Grèce et l'Asie Mineure, suscite les mots acerbes des vieillards habitués aux anciennes mœurs ou les déclamations à la Jean-Jacques de ce pauvre Pline.

Il est d'ailleurs frappant de trouver, dans un récit hébraïque, la traduction de Timpression causée à l'autre bout de la Méditerranée, sur les Orientaux, par la conquête de l'Espagne, avec la mention immédiate des mines : « Le nom des Romains, dit le livre des Macchabées (1, 8, 3), fut alors connu de Judas. Il apprit qu'ils étaient puissants, de quelle manière ils avaient réduit en leur puissance les mines d'or et' d'argent qui sont en ce pays-là (l'Espagne) et avaient conquis toutes ces provinces par leurs conseils et leur patience... »

Mines romaines. — Ce que les Romains, une fois maîtres du monde, ont fait comme travaux de mines, on peut en juger par les récits des auteurs anciens, notamment par les chapitres de Pline l'Ancien, dans lesquels il serait facile de puiser une description des exploitations minérales au début de l'ère chrétienne. On en a la preuve plus directe par les innombrables travaux qu'ils ont laissés dans les pays occupés par eux: travaux souvent si profonds que les mineurs modernes usent longtemps leurs efforts à pénétrer plus bas, et, en même temps, si bien conduits que

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