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LA RICHESSE MINÉRALE DU XVI® AU XIX® SIÈCLE

pôle, du protectionnisme, des portes fermées aux étrangers, de la fiscalité, de l'administration à outrance, du despotisme. Très rapidement, il en résulta la ruine pour TÉtat qui avait cru y trouver la richesse ; la fraude et le désordre devinrent chroniques; le monopole entraîna ses effets ordinaires, manque d'initiative, inertie, arrogance, etc. ; et surtout, ce qui pourra sembler paradoxal, les mesures restrictives imposées au commerce des étrangers aboutirent à faire passer en sous-mains tout ce commerce aux étrangers : les Espagnols en étant devenus industriellement comme financièrement incapables. Les richesses des galions, réduits en nombre au point de ne plus faire que rapporter l'or et l'argent des mines *, traversèrent seulement l'Espagne, où, malgré les milliards importés, le numéraire arriva à faire étonnamment défaut, pour se rendre en Angleterre, en France, en Hollande.

La démoralisation par les mines. — Cet effet indirect de l'exploitation minière américaine ne fut pas le seul ; et celle-ci eut, en outre, des inconvénients plus directs. Les moralistes, qui, de tout temps, ont volontiers déclamé, nous le rappellerons ailleurs, jusqu'à l'excès, contre les mines, n'ont pas manqué de faire ressortir surtout le préjudice moral causé à l'Espagne par l'organisation de cette sorte d'immense loterie que constituèrent bientôt les mines d'or et d'argent. Chacun a pu observer — et les périodes de spéculation comme nous en avons vu se reproduire à diverses reprises depuis

1. Avant la découverte de rAmérique, la flotte espagnole était supérieure à celle de toutes les autres nations.

peu pour les mines d'or, puis de cuivre, en fournissent des exemples frappants — combien la possibilité tangible d'un gain énorme sans travail détourne aussitôt de ce travail et laisse plongé dans une sorte de griserie, d'où Ton sort trop souvent par la ruine ou le suicide. C'est Tefifet du lotto napolitain, des courses de chevaux, des maisons de jeu, des loteries, fussent-elles réputées de bienfaisance. C'est Tétat d'esprit où vécut toute l'Espagne du xvV siècle. Il i^' était plus question que de fortunes extravagantes fondées sur la rencontre d'un filon, d'une « bonanza » dans un filon. On envisagea les mines, comme trop de gens le font encore, ainsi qu'un moyen simple de tirer un gros lot, sans organisation technique, sans calcul, sans prévoyance : un gros lot faisant dédaigner les bénéfices modestes mais réguliers des mines ellesmêmes. Toute l'Espagne se précipitait au Mexique ou au Pérou ; et toute la population des colonies laissait les champs incultes pour chercher des filons. L'État lui-même, habitué à compter sur des ressources anormales, s'engagea dans une politique, ruineuse à tous égards, de gaspillage intérieur, de mégalomanie extérieure. Avec l'esprit sectaire qui, en 1609, amena l'expulsion des seuls sujets restés travailleurs, les Morisques, on aboutit très vite à l'effroyable décadence qui a frappé longtemps un des pays les plus admirablement doués par la nature, notamment en richesses minérales, et l'un de ceux où la population a les plus hautes qualités d'honneur, de loyauté, d'intelligence, d'endurance et d'énergie.

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