DES NITRATES
Les États-Unis avant les mines . — Les États-Unis étant le principal pays minier du monde, et, en même temps, celui dont la fortune récente a été le plus directement influencée par un développement industriel où les mines ont eu la part prépondérante, il est naturel de les prendre comme type caractéristique de ce peuplement par les mines que nous voulons ici caractériser.
Reportons-nous au début du xix® siècle. Les États- Unis ne ressemblaient guère à ce qu'ils sont devenus. Un peuple d'agriculteurs, de défricheurs, y occupait seulement cette zone de l'Est, comprenant les treize États indépendants de 1775 et de 1782 jusqu'au Mississipi, auxquels s'est ajoutée en 1803 la Louisiane vendue par la France. Pas de mines ou bien peu : les vastes pays de l'Ouest lointain, du Far- West, où sont surtout les richesses en or, argent et plomb, étant alors terra incognita, comme les régions du Lac Supérieur (un peu mieux soupçonnées pourtant), qui ont fourni surtout, dans la suite, le fer et le cuivre.
En fait de mines, on n'exploitait guère, et sur une échelle bien modeste, qu'un peu de charbon dans la Virginie et la Pensylvanie, où la première découverte
de Tanthracite fut faite, à Mauch Chunk, à la fin du xviii® siècle ; quelques petits gisements de fer dans le Connecticut, le New-Jersey, le Maryland; un peu de plomb en Virginie, sur les deux bords du Haut- Mississipi. On avait rencontré çà et là, comme on a pu le faire aujourd'hui dans le centre de l'Afrique ou l'Asie Centrale, des minerais d'argent; et Ton savait assez vaguement qu'il existait du cuivre natif au sud du Lac Supérieur, là où se sont développées plus tard des mines colossales.
Les mines de l'Est. Pensylvanie et Lac Supérieur. — Cet état de choses a d'abord commencé par se développer progressivement, comme il était naturel, par la mise en valeur des pays de l'Est, les s^euls occupés au début par les blancs, où les ressources minérales sont considérables en houille, pétrole, fer et cuivre, mais où les autres métaux, et spécialement l'or et Targent, font défaut. Le Far- West, qui remédie aujourd'hui à cette lacune, formait alors un pays complètement différent, dont on n'a commencé à parler qu'après la découverte de l'or en Californie (1848) et dont la jonction avec l'Est ne s'est réellement faite que dans la seconde moitié du XIX* siècle, par l'achèvement des transcontinentaux. On peut donc commencer par le laisser de côté pour envisager seulement les progrès de l'Est (Pensylvanie, puis Lac Supérieur) que nous allons suivre aussitôt jusqu'à nos jours.
Ce pays de Pensylvanie, que les premiers colons envisageaient seulement comme un territoire agricole, et dont la devise au temps de Penn était : « Vinum, linum et textrinum », s'est trouvé, on le sait assez,
admirablement doté en combustibles de tous genres. La houille, d'abord, s'y présente avec une abondance et des facilités d'exploitation tout à fait exceptionnelles ; puis le pétrole est venu s'y ajouter vers le milieu du siècle (Venango, 1853 ; Titusville et Oil-City, 1860). Et, en même temps, les possibilités d'y obtenir du fer, qui semblaient d'abord limitées à de petits gisements voisins, comme la fameuse montagne de fer de Cornwall, se sont trouvées démesurément accrues par les découvertes successives de minerais sur la zone du Lac Supérieur, que la navigation sur les grands lacs en rend toute prochaine.
C'est ce qui explique Tessor prodigieux et toujours croissant de ce pays (groupe de la Pensylvanie, de rOhio et de Tlllinois), où les premières usines à fer furent installées en 1812, où, en 1889, on produisait 11 millions de tonnes d'acier, avec 20 millions de tonnes de houille, et où, en 1906, on a dépassé 21 millions de tonnes d'acier, plus 17 millions de tonnes de fonte, avec 150 millions de tonnes de houille (ensemble du bassin Appalachien). >
Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que les villes aient poussé comme des champignons. On cite Cleveland, dans l'Ohio, qui avait 6.000 habitants en 1836, quand fut créé le canal de l'Ohio, et qui en a 390.000. Pittsburg, la Cité du Feu, a dépassé 330.000 habitants, avec 30 usines à fer, 70 verreries et 50 hauts fourneaux, dont les dimensions toujours accrues ont fini par permettre le chiffre de production journalière étonnant de 900 tonnes par appareil et par jour.
A la houille, j'ai rappelé que le pétrole était venu se joindre depuis 1853. La production du pétrole,
restée, jusqu'en 1870, au-dessous de 4 millions de barils par an, fit, de 1870 à 1883, un bond prodigieux jusqu'à 31 millions et suscita les recherches qui ont abouti à la découverte de Thuile minérale, d*abord dans les États voisins de Virginie, Ohio, Wisconsin, puis, à rOuest, dans la Californie, le Colorado, le Texas, le Wyoming, etc. Le bassin pétrolifère de r^st, dont la production baisse sensiblement depuis quelques années, a encore donné 29 millions de barils en 1905.
Le fer nécessaire à Tindustrie métallurgique de cette région est, au début, venu de gisements relativement petits, comme la fameuse Montagne de Fer (Iron-Mountainj, à l'est de Harrisburg, dans les South Mountains. Mais les grands centres de production actuels sont ceux de la région du Lac Supérieur : d'abord, au S.-E., le bassin de Negaunee et de Marquette (Michigan), le premier mis en valeur avant 1873; puis celui d' Ashland (Wisconsin), à l'ouest de la pointe de Keweenaw, vers 1880; et les districts plus récents du Minnesota (Mesabi, Vermillion), dont le grand essor s'est fait depuis 1890.
Grâce à eux et aux minerais importés, grâce à la houille si abondante, si facile à extraire, nous avons vu quel développement avaitjpris l'industrie sidérurgique. Dans les dix dernières années, elle a encore augmenté de 160 7o.
Enfin, pour terminer avec cette vieille région Est des États-Unis, il faut citer aussi les fameuses mines de cuivre du Lac Supérieur, les plus profondes du monde, qui ont été longtemps les plus productives des États-Unis jusque vers 1884, où le Montana les a supplantées et qui constituent peut-
être le district cuprifère le plus colossal du monde entier. En 1845, on y extrayait à peine 100 tonnes de cuivre par an ; en 1853, on était à 2.000 tonnes ; en 1907, on en a encore tiré 106.200.
Partout, dans ces régions riches en mines, le peuplement et la croissance rapide des villes ont suivi les progrès de Tindustrie minière, celle-ci comniençant par déterminer la création de Tindu^trie métallurgique. Mais la colonisation du Far-West met particulièrement en évidence la loi générale, sur laquelle nous voulons insister ici.
Le Far-West. L'or de la Californie. Mineurs et cultivateurs. — C'est vers 1848 que l'essor industriel s'est brusquement transporté à l'ouest du continent américain, laissant d'abord en dehors les régions intermédiaires, qui ne sont devenues facilement abordables que par les premiers transcontinentaux : rUnion Pacific ouvert en 1864 et surtout le Northern Pacific (1865-1869) K La Californie a donc été la première à en bénéficier, et c'est peut-être le pays où s'est le plus clairement manifestée l'évolution qui transforme un pays créé par les mines en un pays agricole, devenant hostile aux mines au point de faire fermer celles qui nuisent, par leur méthode d'exploitation, à ses cultures. Les démêlés entre les producteurs de vin ou de fruits et les exploitants d'or par la méthode hydraulique y furent fameux : ils se sont terminés par la défaite des derniers.
On sait quels furent, à propos de ces régions californiennes et, plus généralement, de tout l'ouest amé-
1. Aujourd'hui, six voies distinctes mènent d'un océan à l'autre. Le Canadian pacifie railway date de
ricain, les rapports des États-Unis et du Mexique : ils sont peut-être utiles à rappeler à une époque où les progrès rapides de rimpérialisme menacent d'en donner une seconde édition, avec pareille application aux richesses minières. En 1835, c'est la première occupation du Texas sous la forme de soi-disant indépendance usitée au début en pareil cas (Cuba, Panama, etc.). Puis, en 1848, vient la prise, sur le Mexique, du Nouveau-Mexique, du Colorado, de la Californie, Immédiatement, les grandes découvertes minières suivirent. C'est, en effet, que la conquête belliqueuse avait été préparée par une invasion pacifique, aussitôt accentuée après son succès. Dès 1848, on assiste à la découverte des placers cçiliforniens. En février, au moment de la cession, il n'y avait pas, paraît-il, plus de 10.000 habitants en Californie ; San-Francisco, qui a maintenant 350.000 habitants, en comptait à peine quelques centaines. En mars, on trouve la première pépite ; et, en même temps, commence l'essor des mines de mercure, dont les premiers indices avaient été signalés en 1845. En décembre, le nombre des chercheurs est de 6.000 ; il est de 20.000 en 1849 ; il vient en Californie des hommes de tous les pays et de toutes les races, des Mexicains, des Péruviens, des Jaunes, etc.; et cela dure jusqu'en 1853 où, les placers superficiels commençant à s'épuiser, les « prospecteurs » se mettent en route vers l'Est, à la recherche de l'inconnu, à travers des montagnes alors désertes, allant au-devant d'autres pionniers qui montent à leur rencontre à partir de l'Est, en venant des plaines du Mississipi.
Le pays de l'argent. Le Comstock. — De proche
en proche, en juin 1859, on découvre par là, au pied du mont Davidson, un filon colossal, le Comstock, filon d*or et d'argent destiné à fournir plus de 2,5 milliards des deux métaux; on y fonde une ville, Virginia-City qui eut jusqu'à 35.000 habitants (et n'en a plus que 9.000); et voici toute cette région du Nevada entrée dans la zone d'attraction des explorateurs. Après un court arrêt causé par la guerre de Sécession (1861), on découvre de même, en 1864, Eurêka (Nevada) qui, en une vingtaine d'années, a donné plus de 300 millions de métaux précieux. A mesure que le pays se peuple, se civilise et échappe par suite aux aventuriers, ceux-ci reportent ailleurs leur fièvre de découverte, dont la conséquence, en une région aussi neuve et aussi riche en métaux, est sans cesse la trouvaille d'un nouveau camp minier, vite destiné à<levenir une ville. Après la Californie, en même temps que le Nevada, c'est le Colorado qui prend naissance industriellement et dont la population entreprenante déborde bientôt sur les régions voisines, chassant, d'un côté, les Peaux-Rouges devenus si vite pour nous des êtres de légende, le Chayenne, l'Arrapahoe, le Yute (Utah) des Montagnes-Rocheuses et, de l'autre, les Mormons, premiers établis dans l'Utah, où ils arrêtèrent, tant qu'ils le purent, le développement minier.
Colorado. — Les premiers débuts du Colorado datent de 1858. Cette année-là, des émigrants, — à la recherche, croit-on, de placers soupçonnés au fond du Kansas, — s'arrêtèrent pour laver des sables à quelques kilomètres en aval de ce qui est aujourd'hui Denver et y trouvèrent de l'or: l'or qui est, presque
toujours, par sa facilité d'extraction, par son attirance merveilleuse, le point de départ des recherches, même dans des pays comme celui-ci, comme le Nevada tout à l'heure, où d'autres métaux moins nobles, l'argent ou le plomb, sont destinés à jouer dans la suite un rôle beaucoup plus important. La nouvelle se répandant, un grand exode commença dans le sens de Test à l'ouest, du Mississipi au Missouri, vers cette nouvelle terre, située deux fois moins loin que la Californie. Bientôt une ville se fonda : Auraria, devenue plus tard Denver (8.000 habitants en 1868 ; aujourd'hui une belle ville de 140.000 habitants et la capitale du Colorado) ; puis une autre non loin, Golden-City.
Très rapidement, le peuplement du Colorado se fit. En 1859, c'est un mineur nommé Gregory qui, remontant la vallée vers l'ouest, dans les montagnes de Clear-Creek, arrive à l'endroit oii est maintenant Central-City (2.600 mètres d'altitude) sur un filon d'une remarquable richesse. Un peu après, on fonde de même les villes d'Empire, Georgetown, centre de mines d'argent dans le Snake-Range, etc.
En même temps, comme toujours, on s'aperçoit que ce pays nouveau renferme, en dehors de ses mines, des ressources agricoles. En 1867, on estimait la population du Colorado à 35.000 âmes, dont 6.000 Indiens; en 1870, on n'était encore qu'à 40.000; de 1880 à 1890, cette population a presque doublé ; aujourd'hui on a dépassé 540.000. La découverte de Leadville, le grand centre de production du plomb argentifère au Colorado (3.110 mètres), date de 1874. En 1880, la ville avait 15.000 habitants. Dès 1888, elle atteignait 80.000 habitants. Pueblo, de même, est né des houillères, etc..
Montana. Idaho. — Du Colorado, on reflua bientôt, au nord et au sud de la grande transversale que les pionniers avaient d'abord suivie : vers le Montana, ridaho et le Dakota d'un côté ; vers TArizona et la Sonora de Tautre. La région de Butte-City, dans le Montana, date de 1876 et l'exploitation des filons aurifères n'y a commencé qu'en 1880. La mine d'argent Alice y fut attaquée en 1876. De 1882 à 1890, la production cuprifère de cet Etat (développée après celle de l'or et de l'argent), monta de 4.500 tonnes de cuivre à 52.000, dépassant même celle du Lac Supérieur. Elle a été, en 1906, de 136.000 tonnes ; en 1907, de 103.000 tonnes. La ville de Butte-City, qui date de 1877, comptait déjà, en 1890, 35.000 habitants.
En 1869, quand le Montana devint un Etat de l'Union, c'était celui où les réserves des indigènes occupaient la superficie la plus considérable, où les blancs étaient en moins grand nombre. (Un blanc pour 3 kilomètres carrés). Le peuplement s'est fait par les camps miniers : les uns presque aussitôt disparus que créés comme Virginia-City, qui fut un moment une ville ; les autres plus durables.
A l'Est, dans l'Idaho, le premier peuplement très récent s'est fait aussi par les laveurs de sables aurifères. Idaho-City, fondée en 1865, eut vite à ce moment 10.000 habitants, tandis que la capitale de TElat, Boisé-City, simple centre d'élevage, n'en a que 2.500.
LUtah et les Mormons. — Dans l'Utah, les Mormons ont résisté, tant qu'ils Font pu, à l'exploitation des mines découvertes en 1869, de peur d'attirer une immigration des « Gentils ». Mais la construction du
Central Pacific Railway (New-York-San-Francisco) a eu raison de leur opposition ; les mineurs sont accourus en foule vers 1875 à 1880 et Tarrivée de ces mineurs a, à son tour, réagi^ comme les Mormons l'avaient bien prévu, pour transformer moralement le pays. En 1896, l'Etat a fini par entrer dans TUnion.
Caroline et Floride. — Les phosphates. — Notons encore, comme pays nord-américains dont l'industrie minière a créé Tessor, ces côtes de la Caroline fet de la Floride où Ton s'est successivement porté (Caroline vers 1860, Floride en 1890) pour chercher les phosphates et qui maintenant, avec leurs plages à la mode et leurs pistes d'automobiles, attirent la foule élégante des baigneurs.
Extension périphérique. Alaska et Mexique. — Enfin, dans ces dernières années, l'exploration minière est devenue de plus en plus excentrique. Les prospecteurs américains ont débordé : soit au Nord, vers le Dominion, la Colombie Britannique et l'Alaska (Treadwell en Alaska date de 1881, le Yukonde 1896, le Cap Nome de 1899) ; soit au Sud vers le Mexique, où l'esâor de l'industrie, argentifère d'abord, puis aurifère, à partir de 1891, a été des plus remarquables.
L'impérialisme yankee et l'Amérique du Sud. -— Maintenant l'initiative yankee va plus loin encore et lar fièvre d'impérialisme, qui met aux prises dans le Pacifique les deux nations entreprenantes et envahissantes de cette partie du monde, les Etats-Unis et le Japon, est sans doute causée par beaucoup d'autres motifs ; mais les mines à développer y entrent pour
liO LA CONQUÊTE MINÉRALE
une bonne part. C'est ainsi qu'à Cuba, où les Yankees sont venus rendre Tindépendance à un peuple opprimé par TEspagne, avant de l'absorber à son tour (dans son intérêt), les capitaux américains avaient été attirés par les mines de manganèse en même temps que par les plantations de tabac et autres. A Panama, c'est assurément le canal à percer qui est la cause d'une occupation à peine déguisée. Mais les mines d'or, d'argent et de cuivre de l'Amérique du Sud commencent à exciter les convoitises septentrionales ; il y a là, chacun le sait, d'immenses richesses minérales à mettre en valeur, qui attendent seulement une forme de civilisation un peu plus active et plus téméraire que celle des hispano-américains. La généralisation future de la doctrine de Monroë, la pénétration des Américains ,du Nord dans le Sud, qui peuvent être dès à présent prévues, auront été, pour une grande part, accélérées par la richesse minière.
Entre nations comme entre particuliers (mais, dans le premier cas, avec cette différence essentielle que la peur du gendarme est remplacée par la gloire militaire), c'est beaucoup, lorsqu'on voit une richesse à prendre, de savoir que l'on est le plus fort. Après tout, d'ailleurs, les justes réserves une fois faites pour les droits que peuvent avoir les peuples à paresser, s'il leur convient, sous un ciel heureux en choisissant la forme de gouvernement qu'ils préfèrent, on ne saurait nier que la civilisation yankee ne représente, aux yeux de la plupart de nos contemporains, une forme supérieure plus intensive, plus effervescente, plus conforme au siècle de l'automobile et du téléphone, que l'indolence créole des Sud-Américains.
l'asie et les mines m
La guerre des nitrates. — En attendant l'intervention des gens du Nord, il arrive aux Etats Sud- Américains de se disputer entre eux les mines qui sont à la fois pour eux une richesse et un danger futurs, et l'un des exemples les plus typiques que Ton puisse citer de guerre moderne, directement, uniquement provoquée par le désir de prendre au voisin une richesse minérale, a été donné en 1878 par le Chili, le Pérou et la Bolivie. Avant cette guerre, la Bolivie possédait une région côtière; l'existence, dans cette région, des nitrates de soude et autres produits chimiques d^évaporation, détermina une lutte à main armée, à la suite de laquelle le Chili s'empara de toutes les provinces côtières avec les ports d'Iquique, d'Antofagasta. Les richesses minières d'un autre genre que possède encore la Bolivie à Corocoro, Oruro, Huanchaca, au fameux Potosi, etc., passent, d'ailleurs, pour préparer dans l'avenir un nouveau pas en avant du Chili.
PEUPLEMENT DE L'AUSTRALIE ET DE L'AFRIQUE DU SUD PAR LES MINES. — EFFETS POLITIQUES.
En dehors de TAmérique, sur laquelle nous avons un peu insisté, il serait facile de multiplier, presque à rinfini, les exemples, soit de peuplements, soit de guerres provoqués par la richesse minérale, et les principaux viennent aussitôt à l'esprit de chacun .
Les mines dans Thistoire de TAsie. — Par exemple, il n'est pas douteux que les mines d'or aient eu une grande influence sur le peuplement de la Sibérie, les mines d'argent sur la colonisation de l'Altaï, et les riches gisements de la Corée sont, avec bien d'autres causes générales, intervenus dans la
dernière guerre entre la Russie et le Japon. Ce sont, on le sait, les empiétements des financiers russes absorbant peu à peu les mines du territoire Coréen qui ont déterminé les hostilités.
Dans le passé de la Chine, la conquête chinoise du Yunnan, du Setchouan, etc., au xvii® siècle, a eu pour but l'occupation des mines et, spécialement, celle des gisements de cuivre nécessaires pour frapper la seule monnaie nationale. Très récemment, Tantagonisme entre mineurs musulmans et chinois a été l'origine de la grande révolte musulmane du Yunnan qui a duré près de vingt ans (1856-1873). Enfin la guerre des Boxers, à laquelle nous venons d'assister, a été provoquée par le commencement d'une organisation minière européenne.
Le peuplement de TAustralie. — Pour l'Australie, le phénomène est presque aussi net que pour la Californie et a commencé au même moment, qui naarque une étape importante dans l'histoire de la colonisation moderne. L'Australie était un lieu de déportation, un territoire de convicts, où la population libre, arrivée seulement depuis 1820, était encore insignifiante quand les premières mines d'or sérieuses furent trouvées en 1851 dans la fièvre de recherches amenée par les fortunes californiennes. De 430.000 habitants en 1851, on passa brusquement à 1.255.000 en 1861. Les premières trouvailles avaient été faites dans la Nouvelle-Galles. Puis vint Ballarat en Victoria. Les territoires du Nord furent atteints vers 1869 ; la Nouvelle-Zélande surtout après 1870.
Enfin on sait quelle merveilleuse transformation s'est faite dans l'Australie Occidentale depuis que l'or