CHAPITRE Vil
Les progrés de la production minière au XIX' siècle.
Statistique de la production minérale en 1807. — Les États-Unis, l'Espagne et la France en 1807. — La France minière de 1800 • à 1850. — La production minérale du monde en 1906.
Dans ce chapitre statistique, d'une nécessaire ari* dilé, nous voudrions montrer par des chiffres le développement de la production minière dans le monde depuis un siècle.
Nous nous trouvons, pour établir cette comparaison à un siècle de distance, avoir précisément un document rétrospectif très précis relatif à 1807. En cette année-là, un ingénieur des mines français, nommé Héron de Villefosse, fut, par suite de Toccupation française en Allemagne (pays minier très anciennement mis en valeur) et par la création du royaume de Westphalie, amené à composer une étude d'ensemble sur les conditions générales de l'exploitation minière dans le monde : nous allons puiser dans son étude.
Statistique de la production minérale en 1807. — Si l'on considère, par exemple, l'évaluation des produits minéraux extraits par les divers pays, indépendam-
ment de leur nature, on voit que ce produit brut annuel était alors estimé (pris sur la mine) à environ 1 milliard de francs pour Tensemble du monde, tandis qu'il est aujourd'hui au moins treize ou quatorze fois supérieur. En tète de cette production venait] — même avant l'Amérique du Sud (Pérou, Chili, etc.) et ses 213 millions de métaux précieux — la Grande-Bretagne arrivant à 235 millions, dont 150 pour la houille; puis la France (sans le Piémont et les États d'Italie, mais avec la Belgique, la Ruhr et la Sarre) atteignant 146 millions ; le Mexique avec 136 millions d'argent; 54 millions pour la Russie; 52 pour l'Autriche; 37 pour la Suède; 35 pour l'Allemagne; 27 pour le Brésil; 13 pour TEspagne et 10 pour les États-Unis. Dans ce milliard de produits, le fer et la fonte entraient pour 300 millions, Targent pour 200, la houille pour 130, For seulement pour 60 (contre 2 milliards aujourd'hui).
Il peut et doit y avoir des lacunes dans ce tableau, établi à une époque où les moyens d'information sur les pays lointains étaient défectueux. Il n'en ressort pas moins qu'en 1807 l'Europe fournissait, sur 1 milliard de combustibles et minerais, quelque 600 millions et l'Amérique le reste: cette dernière à peu près exclusivement sous la forme de métaux précieux *, ou d'un peu de 'cuivre. L'Europe n'avait pas seulement le monopole presque complet des combustibles ; elle produisait également des minerais de toute sorte : minerais qui semblent aujourd'hui lui iaire défaut, parce que leur exploitation à meilleur compte dans d'autres régions plus neuves n'a pas permis à ses vieilles mines de soutenir la concurrence.
4. La Russie et la Hongrie, en Europe, donnaient 46 millions d'or.
Par exemple, sur 19.000 tonnes de minerais de cuivre (contre quelque 7 milliards, donnant environ 700,000 tonnes de métal, aujourd'hui), la Grande-Bretagne en fournissait 10.000, la Russie 3.400, TAutriche 3.000, la Suède 1.100, TAlIemagne 1.000; et le Chili seul intervenait pour un chiffre inconnu dans la production extra-européenne. Le minerai d'étain figure comme fourni : 3.050 tonnes parla Grande-Bretagne, 125 par la Saxe et 100 par la Bohême.
La Grande-Bretagne fournit encore 250.000 tonnes de fer en barres, fonte, etc, ; la France proprement dite 50.000 (avec ses dépendances d'alors, 225.000); la Suède et la Russie chacune 75.000 tonnes et TAutriche 50.000, contre 24.000 aux États-Unis (qui en donnent aujourd'hui mille fois plus).
Enfin, sans prolonger cette énumération, les 13 millions de tonnes de houille que produisait alors le monde, venaient : 7,5 millions de la Grande-Bretagne, 5 millions de la France (inclus la Belgique, Sarrebruck et la Ruhr), 5 millions de toute l'Allemagne et seulement 50.000 tonnes des États-Unis. Aujourd'hui le monde a dépassé 970 millions de tonnes de combus-^ tibles (dont les États-Unis à eux seuls fournissent plus du tiers, 375 millions, contre 255 en Grande-Bretagne, 193 en Allemagne et seulement 35 en France). Parmi les régions françaises productrices de houille, en dehors de celles qui sont retournées à la Belgique et à l'Allemagne, on comptait en 1807 : le Nord (Anzin) pour 300.000 tonnes, la Loire (Saint-Étienne, Rivede-Gier) pour un chiffre égal, et Littry, dans le Calvados, pour 50.000 tonnes. Le bassin de Mons en produisait déjà 2.250.000, la région de Liège 435.000, la Ruhr 200.000 et la Sarre 75.000. L'usage de la houille pas-
sait alors pour trois fois plus répandu en Angleterre qu'en France.
Parmi les substances secondaires, on tirait exclusivement du Pérou le platine, que nous fournit seul rOural; d'Angleterre le graphite, qui vient maintenant, pour la plus grande part, de Ceylan ; du Brésil, les diamants dont l'Afrique australe a le monopole ; de Saxe et de Bohème, le cobalt, qui nous arrive de Nouvelle-Calédonie. L'Amérique du Sud était le producteur d'or presque exclusif, comme le Mexique d'argent. Le zinc figurait en tout pour 3.500 tonnes de minerai ' (Belgique et Silésie), tandis qu'on monte aujourd'hui à 1.600.000 tonnes. Enfin, il était à peine question du nickel, du manganèse, et pas du tout du pétrole, des phosphates, de l'aluminium, du tungstène, etc.
Les États-Unis en 1807. — Nous avons, dans un paragraphe précédent, raconté le développement des États-Unis, au cours du Xix* siècle. On peut résumer en quelques mots leur situation minière en 1807. On signalait alors, à titre de curiosité, le cuivre du Lac Supérieur. On exploitait une petite mine de plomb en Virginie. On avait rencontré çà et là quelques minerais d'argent. Enfm, les seules mines qu'on eût commencé à mettre en valeur étaient les mines de houille de Virginie et Pensylvanie, sur une échelle bien modeste, et un peu le fer dans le Connecticut, le New-Jersey, le Maryland. 11 y avait : en Pensylvanie, 18 hauts fourneaux et 37 forges; dans le Maryland, 11 hauts fourneaux. Au total, dans les États-Unis, 80 hauts fourneaux étaient en activité. Des tentatives pour exploiter le cuivre avaient abouti à des échecs, et Ton se contentait d'indiquer sur les
cartes des minerais divers abondants du côté du Mississipi. On n'en était donc pas même au point où nous en sommes pour ces contrées riches en houille ou enfer, du sud de la Chine, du Tanganyilca, etc., où se dresseront peut-être les Pitlsburg et les Sheffleld de l'avenir.
Espagne et France en 1807— Le pays le plus riche en mines de TEurope, TEspagne, étart également dans un abandon à peu près complet : 9.000 tonnes de fer, 1.500 tonnes de minerai de plomb et 1.250 tonnes de minerai de mercure (Almaden), représentant au total quelque 13 millions de francs de minerais.
En France proprement dite, les principales- mines étaient : pour l'argent , Allemont (Isère) ; pour le plomb, Poullaouen et Huelgoat (Finistère), Pesey (mont Blanc), Villefort (Lozère), Sainte-Marie et Lacroix (Haut-Rhin) ; pour le cuivre, Chessy (Rhône) et Baigorry (Basses-Pyrénées). Il y avait 600 hauts fourneaux en activité.
Prix des métaux en 1807 et 1907. — Donnons, pour terminer, les prix courants des principaux métaux au point de traitement en 1807, en comparant avec les prix actuels : argent, 223 francs le kilogramme en 1807, contre 108 en 1907 ; mercure, 6.000 francs la tonne contre 6.700; plomb, 640 contre 530 ; cuivre, 4.000 contre 2.500; étain, 3.400 contre 4.500; fer en barres, 400 contre 170; cobalt oxydé, 1.280 contre 2^00; zinc, 900 cotitre 650; houille, 10 contre 12 ou 13.
On peut observer, à ce propos, que le prix de la houille, estimé en francs, est resté à peu près le même; ce qui équivaut à une baisse effective, la
valeur de Tor ayant diminué. La plupart des grands métaux, le fer, l'argent, le cuivre, le plomb et le zinc, ont baissé dans des proportions variables, souvent très notables. Très peu (mercure, étain, cobalt) ont monté.
La France minière de 1800 à 1850. — Dans la première moitié du xix® siècle, on peut citer, en se bornant à la France, quelques dates de l'histoire minière.
En 1817, on découvre les mines d'étain de Vaulry dans la Haute-Vienne et de Piriac (Loire-Inférieure). En 1823, ,on trouve à Vie la première mine de sel gemme lorraine. A partir de 1823, un premier essor de l'industrie sidérurgique, auquel se rattachent les noms des Schneider, Martin, Cail, amène la production du fer à doubler en vingt ans.
En 1834, on calculait qu'en France on extrayait du minerai de fer valant sous terre 1 million, extrait et brut 3.600.000 francs; à l'état de fer et d'acier, 87 millions (avec 60.000 ouvriers occupés) ; enfin, sous la forme de métaux, élaborés, 300 millions (avec une population ouvrière de 1.320.000 hommes).
En 1847, les seules mines métalliques françaises de quelque importance étaient, en dehors du fer, Pontgibaud, Poullaouen et Vialas (plomb argentifère), Romanèche (manganèse) ayant donné au total 673 tonnes de plomb, 3.000 kilogrammes d'argent, 2.400 tonnes de manganèse, auxquels il fallait ajouter un peu d'antimoine et de cuivre.
De 1850 à 1860, l'événement capital a été la mise en exploitation de notre bassin houiller du Pas-de- Calais. Dourges et Gourrières ont été concédés en 1852 ; Lens, Grenay et Nœuxen 1853, Bruay et Maries en 1855, puis les autres mines <ie 1855 à 1860.
Dans la seconde moitié du siècle, les diverses expositions universelles qui se sont succédé et dont chacune a donné lieu à un tableau d'ensemble pour l'état de l'industrie minière, fournissent, en dehors des statistiques annuelles, des résumés périodiques auxquels on peut se reporter. Il suffira, pour montrer le progrès accompli dans les cent dernières années, "de résumer rapidement les chiffres relatifs à 1906.
La production miûérale en 1906. — En 1906, il a été produit, dans le monde, 972 millions de tonnes de combustibles minéraux se répartissant de la manière suivante entre les principaux pays : États- Unis, 375; Grande-Bretagne, 255; Allemagne, 193; Autriche-Hongrie, 43 dont 29 de lignite ; France, 34 ; Belgique, 22; Russie, 16; Japon, 11.
La production du pétrole, montant à 31,3 miUions de tonnes, se décompose en : États-Unis, 17; Russie, 11 ; Indes orientales néerlandaises, 1 ; Autriche, 0,8; Roumanie, 0,6.
On a produit 58,4 millions de tonnes de fonte, 3,6 de fer et 46,7 d'acier provenant : États-Unis, 25,4 de fonte et 23,4 d'acier ; Allemagne, 10,8 de fonte, 0,07 de fer et 11 d'acier; Grande-Bretagne, 10,3 de fonte, 1 de fer et 6,5 d'acier; France, 3,3 de fonte, 0,7 de fer et 1,7 d'acier; Russie, 2,6 de fonte, 0,3 de fer et 2,2 d'acier; Belgique, 1,3 de fonte, 0,4 de fer et 0,7 d'acier.
L'or extrait est monté à 2.068 millions de francs, dont 676 pour le Transyaal, 498 pour les États-Unis, 420 pour l'Australasie, 103 pour la Russie et 96 pour le Mexique.
L'argent s'élève à 5.855 tonnes, dont 2.581. aux
États-Unis, 1.726 au Mexique, 277 au Canada, 246 en Australie. 205 en Bolivie et 191 au Pérou.
Le, total du cuivre est de 720.000 tonnes, venant : 430.000 des États-Unis, 138.000 d'Europe (Espagne, Mansfeld), 70.000 du Mexique, 43.000 du Japon, 30.000 d'Australie, 29.000 du Chili, 14.000 du Canada.
Pour le plomb, on a eu, en 1907, 993.000 tonnes, soit : États-Unis, 340.000; Espagne, 186.000; Allemagne, 140.000; Australie, 97.000; Mexique, 72.000.
Pour le zinc, en 1907, 738.000, venant : 226.000 des États-Unis,- 208.000 des usines allemandes, 154.000 des usines belges, 46.000 des usines françaises.
En 1905, la production de zinc avait été de 659.000 tonnes ; en 1906, de 702.000.
L'étain est monté (1907) à 99.000 tonnes, dont 69.300 des Détroits, 13.600 de Bolivie, 7.000 d'Australie, 4.800 du Cornwall.
Le nickel s'est élevé à 18.000 tonnes, dont 9.750 au Canada, 6.500 aux États-Unis et 1.750 en France (la Nouvelle-Calédonie a produit 119.000 tonnes de minerais).
Le mercure monte à 3.200 tonnes, dont 962 aux États-Unis, 853 à Almaden (Espagne), 526 à Idria (Autriche), 416auSiele (Italie) et 416 en Russie (Nikitofka).
Pour Taluminium, les grands producteurs sont : États-Unis, 6.500 tonnes et France, 3.400.
Pour Tantimoine : France, 3.400 et États-Unis, 2.650.
Pour le platine : Russie, 6.126 kilogrammes.