CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA MINE AU XIX* SIÈCLE
La mine moderne est alors constituée, passant, par des transitions continues, à la mine tout à fait
HISTOIRE DE l'eXPLOITATION MINIÈRE 177
contemporaine dont nous indiquerons plus loin les principaux caractères techniques. Les traits essentiels de toute cette période moderne, qui commence par conséquent vers 1750, sont les suivants :
1<* Exploitation minière portant, non plus principalement ou même uniquement sur les métaux, mais de préférence sur la houille, qui devient la substance reine du monde minéral. En même temps, par la possibilité d'exploiter dans les grandes profondeurs des pays plats, développement des exploitations recherchant, même dans les cas de métaux comme le fer ou le cuivre, les sédiments à peu près horizontaux, au lieu des filons verticaux ou des dépôts superficiels, à peu près seuls utilisés auparavant ;
£• Déplacement corrélatif des industries minières, jusque-là localisées d'ordinaire dans les régions mon* tagneuses, avec dissémination des ouvriers sur des chantiers très étendus. Développement industriel dans les régions plates des terrains houillers, comme le Nord de la France, Saint-Étienne, la Belgique, la Silésie, les bassins anglais ; concentration en grandes villes des mineurs et création de toute une population spéciale, attachée de père en fils au travail du charbon ;
3° Par suite de ces diverses circonstances, changement profond dans le caractère du mineur, changement correspondant à la différence, sur laquelle j'insisterai, entre le mineur métallique au filon et le mineur au charbon : le premier étant un joueur, amusé par sa recherche (même quand il n'en a pas le bénéfice), un indépendant, un débrouillard et restant aussi un paysan ou un montagnard, gardant ses attaches avec le reste de la population du pays,
tandis que lé « charbonnier », au contraire, est un numéro dans un régiment, un instrument forcément à peu près passif, enrôlé dans un organisme très complexe, où il est obligé de se conformer strictement à des règles sévères sous peine d'introduire partout la confusion.
Autre observation. Ce mineur au charbon, Tordinaire mineur moderne, travaille dans des conditions plus pénibles, plus dangereuses, qui furent surtout très dangereuses au début lorsqu'on s'est trouvé, pour la première fois, en présence de ces ennemis nouveaux : le grisou, le feu, Tacide carbonique, etc. La légende sentimentale du mineur, dont les romanciers, les journalistes et les politiciens se font les échos, date de cette époque, beaucoup plus que du temps des Romains ou des Carthaginois, auquel on renvoie parfois dans les discours. Et la plupart de ceux qui voient encore, dans le mineur, un être à part séparé de rhumanité, un paria passant sa vie sous terre, un condamné à mort sur lequel s'acharnent tous les sinistres, vieilli avant Tàge, etc., pensent, sans le savoir, à ce que pouvait paraître, pour les gens du dehors, un mineur au charbon dans le début du xix* siècle.