LES GRANDES ÉTAPES DE LA CONQUÊTE
même ce que Ton trouve dans un recueil quelconque de Recettes et Procédés utiles,..
La chimie romaine était bien rudimentaire, et l'on ne voit figurer dans Pline à peu près aucun de ces acides qui sont devenus plus tard les agents d'élaboration et de transformation. Il n'est pas question non plus chez lui des distillations que l'on attribue communément à une phase très postérieure. Mais c'est peut-être un des cas auxquels s'applique l'observation précédente sur les ignorances officielles dont Pline a été l'enregistreur méthodique. Il semble bien, d'après certains récits, rappelés plus loin, sur les Telchines, où Ton parle d'une vengeance, dans laquelle ils auraient répandu une eau corrodante et destructrice, que déjà ceux-ci avaient extrait, 2.000 ou 3.000 ans avaût Jésus-Christ, de l'acide sulfurique (comme cela est assez naturel) de leurs minerais de cuivre grillés. On - retrouve plus tard ces recettes vulgarisées chez les Byzantins,' puis chez les Arabes ; les techniciens pouvaient, devaient même, dès le temps de Pline, en posséder beaucoup de ce genre que celui-ci ignorait.
Moyen Age et Renaissance. — Après la phase antique vient, par une transition continue que Berthelot a jadis étudiée, l'alchimie du moyen âge, dont procède à son tour, beaucoup plus directement qu'on ne le supposait autrefois, notre chimie. Tout progrès de ces sciences s'est répercuté dans l'industrie minérale et, pour nous borner encore aux grandes lignes, il est certain que l'application de la poudre aux travaux de mines, vers la fin du xvi" siècle, a marqué une étape considérable comme, un peu plus tôt, en
1557, rinvention de Tamalgamation a transformé l'industrie des mines argentifères. Bien des siècles auparavant, quelque chose d'analogue avait dû se produire le jour, extrêmement reculé, ou un inconnu imagina de combiner le cuivre et Tétain, ou surtout quand un autre inventeur découvrit ce procédé si curieux de la coupellation, déjà usité par les Phéniciens.
Le siècle du fer et de la houille. — Nous arrivons ainsi au grand essor du xix® siècle. Au début de ce siècle, on commence à employer certains métaux, comme le zinc, qui étaient presque inconnus auparavant. Mais surtout un essor prodigieux commence dans l'industrie extractive de la houille et du fer, qui peuvent être considérés comme caractérisant tout le siècle, l'un d'ailleurs solidaire de Tautre. Un tableau de la richesse minérale, il y a cent ans, en 1807, donne, pour l'extraction annuelle, une valeur totale de 1 milliard contre 14 aujourd'hui. On y voit figurer, pour le monde entier, 13 millions de tonnes de houille contre 972 millions en 1906; le fer et la fonte comptent pour 750,000 tonnes contre 108,000,000 en 1906; le plomb pour 24,000 tonnes contre 995,000; le cuivre pour 19,000 contre 736,000, etc.
Les métaux nouveaux. — Progressivement, d'autres métaux entrent en jeu, la plupart en raison de progrès métallurgiques.
C'est, vers la fin du xvm® siècle, le platine que l'on commence péniblement à travailler, mais qui ne devient pratique qu'en 1812 avec le procédé Wollaston.
C'est le nickel, découvert en 1751, mais dont la
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métallurgie n'est devenue courante qu'après la mise en exploitation de minerais riches, en Nouvelle-Calédonie, vers 1874.
C'est l'aluminium, découvert en 1827, dont les petits cylindres, préparés par Sainte-Claire Deville, en 1858, étaient encore une simple curiosité, et dont la véritable métallurgie date à peu près de 1887.
Le manganèse n'a commencé à être recherché pour la métallurgie que vers 1860.
Puis le tungstène ou le chrome ont été employés pour certains aciers spéciaux. Tout récomment, on a cherché Tyttrium, le zirconium ou le cérium, depuis qu'on a imaginé l'éclairage par incandescence. En 1907, c'est le molybdène que les métallurgistes se sont mis à demander.
De même, dans un autre ordre d'idées, la recherche des nitrates remonte à 1827.
On a commencé à soupçonner le rôle des phosphates en agriculture vers 1834; on ne les a guère exploités avant 1855.
L'emploi des borates pour la soudure, puis, pour la céramique, remonte à peu près à 1850, etc.
Changement dans les minerais utilisés. — L'énumération serait facile à prolonger. On retrouve (et nous y reviendrons) l'analogue pour les minerais de chaque métal déterminé.
Par exemple, le fer. On n'a recherché d'abord que les minerais fusibles ; puis les minerais très riches et purs, pour acier, vers 1860; puis les minerais économiques et abondants à impuretés phosphoreuses depuis 1878. On en est aux carbonates et l'on commence à employer les produits de grillage des pyrites.
Pour le zinc, on ne voulait guère que des calamines jusque' vers 1875 ; on a pris ensuite de plus en plus des blendes.
Pour Tor et Targent, il fallait des minerais amalgamables ; on à utilisé ensuite des minerais sulfurés, tellurés, sulfo-antimonieux ou sulfo-arsenicaux complexes.
Modifications dans l'emploi des métaux. — Dans chacun de ces cas, il y a eu création d'une nouvelle richesse minérale, représentée par une substance qui était restée auparavant sans emploi. Et, jusqu'ici, le progrès s'est toujours fait par l'adjonction de nouveaux minéraux à la liste des produits utiles, les anciens perdant rarement leurs emplois. Cependant, ce dernier cas s'est produit; on a vu, par exemple, l'usage des minerais de manganèse, pour la fabrication du chlore, à peu près supprimé par les procédés de régénération Weldon. Il arrive chaque jour aussi que, dans une de ses applications, une substance anciennement connue est remplacée par un élément nouveau. Citons, par exemple, les produits arsenicaux pour la coloration en vert, l'étain pour la vaisselle de table, le plomb pour les toits, les alambics de platine si coûteux pour la concentration de l'acide sulfurique, etc..
Mais, en général, quand un minéral perd un de ses anciens emplois, la compensation est faite par des emplois nouveaux. On ne fait plus d'armes de bronze, mais le cuivre a plus d'applications que jamais avec l'électricité ; on n'utilise plus de plats d'étain, mais la consommation de l'étain augmente chaque jour. Les usages du mercure pour l'argenture et l'amalgamation des minerais d'or et d'argent tendent peu à