PONÇAGE DES PUITS ET PROFONDEUR DES MINES
Le fonçage d'un puits de mine ne présente de sérieuses difficultés que lorsqu'on rencontre des nappes aquifères, comme c'est le cas ordinaire dans notre bassin houiller du Nord et comme cela va se produire également, à un degré beaucoup plus marqué, pour les nouveaux bassins houillers de la Gampine belge, du Limbourg hollandais, de la rive gauche du Rhin, etc., dont les terrains aquifères ont de 300 à 600 mètres d'épaisseur, pour ceux de la Lorraine française, où Ton rencontre entre 500 et 900 mètres de considérables venues d'eau sous pression, ou encore pour nos nouveaux minerais de fer de Briey, en Meurthe-et-Moselle. On a successivement adopté, pour des cas semblables, trois procédés principaux.
Procédé de fonçage à niveau plein. — Le système relativement ancien de fonçage à niveau plein, à la trousse coupante Kind-Ghaudron, utile dans les terrains consistants, consiste à percer le puits d'en haut comme un sondage et à y descendre progressivement un cuvelage métallique que l'on fait flotter. Il a été employé déjà jusqu'à 350 et 400 mètres avec une dépense d'au moins 2.000 francs par mètre, et un
a^aDeement mensuel sofiYent inférieur à 5 mètres. Quand les terrains sont meubles ou ébouleux, le prix ^es dÎTers types de fonçage à niveau plein s'abaisse rarement au-dessous de 4.000 francs le mètre et peut dépasser 15.000.
• Procédé par congélation. — On préfère alors généralement le système très ingénieux de Poetsch, daps lequel on congèle (à partir de la surface), au moyen de sondages, la nappe aquifère pour la traverser ensuite comme un roc solide. Ce système, essayé pour la première fois à Lens. il y a une vingtaine d'années, a été ensuite appliqué sur des hauteurs croissantes en Westphalie et en Belgique. On a déjà foncé, par cette méthode, à travers 236 mètres de terrains aquifères au Bernissart en Belgique, et actuellement on aborde 300 mètres de hauteur à Xanten, sur la rive gauche du Rhin. Dans ce cas, la traversée de lOOmètres de terrains aquifères peut coûter 2.800 francs le mètre et demander un an de travail. Naturellement, la nappe aquifère traversée, on se retrouve dans les conditions ordinaires.
Procédé parcimentage. — Enfm, récemment, on a employé dans le Nord un autre système, également fort joli, qui consiste à entourer l'emplacement du puits futur par un cercle de sondages, dans lesquels on injecte d'abord du ciment à 5 ou 6 atmospiières. Celui-ci, en raison de sa vitesse, pénètre daqs les fissures de la craie en s'anastomosant et finit par les incruster. Il empêche Taccès des eaux et permet ensuite le fonçage facile du puits. Ce procédé a été surtout préconisé quand les eaux souterraines sont animées d'un courant souterrain qui rendrait leur
congélation fort coûteuse. Mais, excellent dans un terrain fissuré comme la craie, il serait impraticable dans un terrain perméable en tous sens comme le sable. Il est probable que, dans les traversées très difficiles auxquelles vont se heurter les nombreux fonçages nouveaux de Belgique et d'Allemagne, on combinera les deux derniers systèmes.
Profondeur des mines. — La profondeur ainsi atteinte d'une façon quelconque par le chantier d'une mine préoccupe, il faut le dire, beaucoup plus les étrangers à la profession de mineur que les hommes du métier. Une fois le puits foncé, ce qui est fait tout au début de la mine, la profondeur plus ou moins grande des travaux, tout en ayant iiaturellement une influence sur la durée des descentes ou remontées, sur le débit du puits, sur le prix de revient, n'est plus qu'un facteur assez secondaire dans la mine ; et, quand on circule dans les chantiers mêmes, les différences que peuvent introduire quelques centaines de mètres de plus ou de moins dans la température sont de l'ordre de celles qui sont produites aisément par une foule d'autres causes, un peu d*échauffement du charbon ou de la pyrite, un aérage moins parfait, une décomposition de bois, etc. Cependant, cette remarque n'est vraie que dans certaines limites ; et il existe, même aujourd'hui, des profondeurs jusqu'auxquelles on ne songe pas à porter les travaux de mines (beaucoup, il est vrai, parce que l'on a assez à faire encore plus haut à moindres frais). Gomme cette question des profondeurs extrêmes atteintes dans les mines est souvent posée, j'en vais dire quelques mots.
Les mines de Tantiquité ou du moyen âge sont sou» vent descendues à 100 mètres ou 200 mètres de profondeur. Au xvi'' siècle, si Ton en croyait de Humboldt, on aurait atteint près de 1.000 mètres dans le puits tchèque de Kutna Horn, en Bohême, où. pendant les guerres de religion, furent jetés, dit-on, 4.000 cadavres. En tout cas, le puits de la Valenciana, dans le "^ district de Guanajato, au Mexique, était, au XVIII* siècle, fameux pour ses 622 mètres. Plus tard, dans les mines de plomb argentifère de Przibram, en Bohême, deux puits ont atteint 1.500 mètres vers la fin du xix' siècle. Enfin, actuellement, les mines les plus profondes du monde sont celles du Lac Supérieur aux États-Unis, où la Tamarack a dépassé 1.830 mètres (en 1900), et la Calumet and Hecla, 1.620 mètres. En Australie, la mine d*or de New Chum Railway est (1908) à 1.435 mètres.
On peut également citer, comme exploitations profondes, les mines d'or du Transvaal, où Ton n'est encore qu'à un millier de mètres, mais où Ton descendra vite à 1.200 ou 1.500 mètres, et les mines de diamants du Cap, qui ont dépassé déjà 850 mètres.
Généralement, les exploitations ont plus de raisons pour s'approfondir dans les gisements métalliques, dont la forme normale est théoriquement un filon vertical, et où la continuité même porte à descendre peu à peu, que dans les dépôts sédimentaires, à allure horizontale, comme le sel, la houille, etc. En outre, les métaux payent mieux l'accroissement des frais. Cependant, des salines dans le Hanovre sont à 1.080 mètres. On a dépassé 1.050 mètres dans une douzaine de houillères en Belgique, en Angleterre,
en France, et atteint 1.200 mètres aux charbonnages belges du Flénu^
Difficulté d'approfondir les mines. — La difficulté technique de s'approfondir réside aujourd'hui uniquement dans la température croissante en profondeur, dont on paraît avoir exagéré le coefficient dans les mines métalliques *, et dont Jes moyens artificiels, Taérage d'abord, puis remploi de glace ou de machines réfrigérantes, permettent encore assez longtemps de triompher. Pratiquement, c'est surtout une question de frais. Au Comstock, en Nevada, des exploitations d'argent, qui se trouvaient dans des condilions de température exceptionnellement hautes, par suite de phénomènes volcaniques, ont pu continuer encore quelque temps avec une atmosphère à 35° et même à 40°. Cependant, on considère pratiquement que lorsqu'on dépasse 30°, le travail devient défectueux et sa durée doit être très réduite. Dans certains chantiers du Comstock, où l'on a trouvé des roches à 47°, on n'a pas réussi à maintenir des mineurs, même avec des procédés de réfrigération extraordinaires. En résumé, une profondeur de 2.000 mètres ne peut pas être considérée comme insurmontable aujourd'hui, ni peutêtre 3.000. Toute la question est de savoir si le minerai
1. En France, la profondeur moyenne des étages exploités dans les houillères est de 385 mètres dans l'ensemble du Nord et du Pas-de-Calais, de 400 mètres à Anzin. Mais il existe à Douchy, Anzin, Drocourt, etc., des puits do 840, 800 et 750 mètres. Un puits atteint 1.000 mètres à la mine d'Eboulet dans la Haute- Saône. Dans la Loire, il y a un puits do 868 mètres au Plat de Gier ; dans le Gard, de 800 mètres.
2. Les nouveaux charbonnages lorrains, où Ton exploitera à environ 1.000 mètres de profondeur, semblent devoir rencontrer, d'après les premières observations faites, de très hautes températures.
186 LA CONQUÊTE UIKÉRALE
en vaut la peine : ce qui ne peut être qu'exc^tionnel. Remarquons toutefois, après avoir cité ces chiffres qui constituent encore une espérance plutôt qu'un fait, et une espérance dont les mineurs seraient très fiers de voir la réalisation se produire, combien ces deux ou trois kilomètres que nous pensons arriver un jour à perforer verticalement dans la terre sont peu de chose sur les 6.400 kilomètres de son rayon, et combien nous en serons probablement toujours réduits, à moins d'acquérir les propriétés des salamandres pour explorer les zones chaudes de notre planète, à n'en connaître et utiliser que l'épiderme tout à fait superficiel.
ABATACE DES MINERAIS, — EXPLOSIFS DE SÛRETÉ. — HAVEUSES MÉCANIQUES. ~ MARTEAUX-PMlUEURS. — PERFORA TJM CES.
Tranchées à ciel ouvert. Méthode hydraulique. Excavateurs. — Quand la mine est à ciel ouvert, comme c'est le cas par exemple pour les placers aurifères, Tabatage peut à lui seul former toute l'exploitation minière, et le rôle du machinisme y prend alors parfois un développement remarquable. Il suffira de rappeler : ces curieuses exploitations de terrains aurifères en Californie et en Nouvelle-Zélande, où Ton démolit des montagnes sous un jet d'eau (le Géant), ou encore les dragues et excavateurs qui servent dans d'autres alluvions aurifères. Certaines énormes tranchées de mines à ciel ouvert, avec leurs gradins de 15 ou 20 mètres de haut parcourus par des trains de chemin de fer à voie normale comme à Rio- Tinto, ou avec leurs méthodes d'évacuation intensives, comme dans les minières de ferdeMesabi,auLacSupé-
LA MINE CONTEMPOBAINE ET SOK EXPLOITATION 187
ri^ur, où travaillent des excavateurs, comme encore à la Tafna, en Algérie, àKirunuvara en Laponie, etc., coastifuent également un spectacle grandiose.
Souterrainement aussi , Tabatage du minerai ou du charbon, tout en étant accompagné d'opérations connexes, forme, à proprement parler, le vrai travail de la mine, le reste n'étant qu'un moyen d'y parvenir. Dansée travail, nous l'avons vu, un premier progrès a été accompli par l'emploi ée la poudre ; un second, qu'il nous reste à indiquer, a été réalisé plus récemment par la découverte des .explosifs, soit plus puissants comme la dynamite, soit plus sûrs comme ceux que l'on nomme « de sûreté », pour les mines de houille grisouteuses. Puis est venue une certaine intervention, encore bien restreinte ici, du machinisme : perforatrices pour creuser les trous de min^s^ dans les mines métalliques ou les galeries au rocher ; marteaux-piqueurs, et baveuses mécaniques dans les mines de houille. Je vais ea dire quelques mots.
Explosifs de mines. — L'emploi des explosifs a mis à la disposition de l'homme une source extra-r ordinaire d'énergie condensée sous un volume inOme, qui lui a permis de faire sauter les rocfces les plus dures; et la substitution des explosifs détonants ou brisants, comme les nitroglycérines qui fonctionnent par un détonateur, aux explosifs lents comme la poudre noire, a facilité toute une série de travaux souterrains, dmit la mine ne représente qu'un cas particulier, les grands tunnels transalpestres, etc. Les seules mines françaises consomment par an 5.000 tonnes d'explosifs. Dans le cas des mines de houille, l'emploi des explosifs s'est trouvé cependant gêné
par suite de la présence fréquente du grisou, qu'il fallait avant tout éviter d'enflammer. Le développement de ce grisou, dont l'abondance et le danger s'accroissent en moyenne très vite avec la profondeur des tnines, a pour résultat de rendre essentiellement périlleuses deux nécessités, presque inévitables l'une comme l'autre, du travail souterrain : s'éclairer et , disloquer les roches par des explosifs. J'en reparlerai à l'occasion de la bataille contre le grisou, traitée dans le chapitre suivant. En ce qui concerne les explosifs, une découverte capitale, dont on perfectionne chaque jour l'application, a été réalisée en France par l'emploi des explosifs, dits de sûreté, dont la température de combustion est inférieure à celle nécessaire pour enflammer le mélange explosif d'air et de grisou, soit 2.200°, et dont, par conséquent, l'explosion peut se faire sans danger à 1.500 ou 1.600°: mélanges où intervient d'ordinaire Tazotate d'ammo- . niaque^ Il résulte toutefois des constatations récentes que la sécurité ne saurait être complète, avec ces explosifs, en présence de certaines poussières de houille inflammables.
Perforatrices. — Pour le foragede ces trous profonds, dans lesquels on enferme les explosifs afin de disloquer une grande masse de la roche, il était naturel d'utiliser des engins mécaniques : perforatrices rotatives au diamant ou percutantes. Cette idée, qui fut émise en France dès 1835, a été étudiée
1. On a également essayé, dans ces derniers temps, la dislocation des roches par de l'air comprimé introduit à 900 atmosphères dans le trou de mine. Cette méthode, si elle devenait pratique, pourrait constituer un progrès immense pour les mines grisouteuses.
avec un soin spécial là où la main-d'œuvre était coûteuse OU d'un recrutement difficile, comme aux Etats- Unis OU au Transvaal. On obtient des résultats particulièrement remarquables quand Tabsence de grisou permet d'actionner électriquement; ailleurs on emploie l'air comprimé. Les appareils deviennent chaquejour plus économiques et plus rapides, et, tout récemment encore, dans les mines d'or de Johannesburg, on a obtenu des résultais remarquables (quoique surfaits au début comme toutes les inventions nouvelles) avec un nouveau type de perforatrice, dit Gordon drill. D'après les premières expériences, on prétendait, avec une perforatrice semblable, faire l'économie d'une quinzaine de nègres.
Dans le percement des galeries au rocher, on emploie parfois quatre perforatrices portées par un même cadre fixé, qui permettent de forer quatre trous de mine à la fois.
Tir des coups de mine. — Le tir des coups de mine commence à se faire par l'électricité depuis que les exploseurs deviennent plus perfectionnés et plus portatifs, mais non quelquefois sans danger d'étincelles dans les mines grisouteuses.
Baveuses mécaniques. — Dans l'abatage proprement dit du charbon, le machinisme a conquis récemment aux États-Unis un rôle très important par l'invention des baveuses mécaniques. Ce système, qui diminue beaucoup, suivant la tendance moderne, l'effort musculaire à exiger de l'ouvrier, n'est malheureusement, comme la plupart des procédés mécaniques dans les mines, applicable en grand que dans les couches d'une régularité tout à fait exceptionnelle,
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, comme le sont celles des Etats-Unis, ou, à un degré moindre, celles de quelques bassins anglais. En France, quoiqu'on ait mis parfois de la coquetterie à l'adopter, le système n'a pas répondu aux espérances d'abord conçues, et c'est à peine si l'on a pu installer une soixantaine de machines semblables. Les ouTriers apportent, d'ailleurs, à les laisser s'introduire la même hostilité qui se manifeste toujours pour les engins mécaniques nouveaux (métiers à tisser, bateaux de pêche à vapeur, déchargeurs automatiques, etc.). Cette questioa des baveuses est si souvent entrée dans la discussion courante à l'occasion de grèves qu'il faut montrer en deux mots pourquoi, en dehors même du mauvais vouloir ouvrier, elle ne peut malheureusement pas partout se généraliser.
Le travail du mineur au charbon consiste, en principe, quand le tirage à la poudre n'est pas possible (ce qui est le cas général) à recouper par la base la couche de houille, de manière à en faire tomber la masse la plus considérable d'un seul coup. C'est ce travail, le plus pénible dans la journée du mineur, qu'on appelle le havage et qu'on a eu l'idée naturelle de faire exécuter par des machines actionnant, soit le plus souvent un pie, soit une scie circulaire horizontale, soit une chaîne porte-couteau. Mais celles-ci demandent une couche régulière, peu inclinée (moins de IC), d'une épaisseur moyenne de 1,20 à 2 mètres, avec un toit solide et un charbon dur. En outre, comme on ne peut miner ainsi toute la couche, il faut, ou reprendre les piliers d'abord ménagés, ou les abandonner complètement (ce qui est la solution adoptée en Amérique, où ce système est devenu courant). La
conséquence est qu'en Angleterre^ même, où bien des circonstances favorables sont réunies, à peine 10 Vo de la houille extraite est obtenue parce procédé; et, qu'en France, avec nos couches très disloquées; très tortueuses ou très minces, il ne joue qu'un rôle insignifiant, malgré tous ses avantages apparents.
Harteaux-piqueurs. — Le marteau-piqueur, essayé notamment à Anzin, est un instrument beaucoup plus souple, qui pourra présetiter des avantages dans les cas d'urgence ou les moments de grève. C'est une simple tige de fer pointue (l'aiguille du mineur), dont la base se place dans une poignée, d'où l'air comprimé la projette 600 fois par minute. Le résultat, très variable suivant la dureté du charbon, ses clivages, etc., peut arriver à doubler la production d'un homme, mais avec une augmentation de frais qui fait plus que compenser ce bénéfice.
ROULAGE SOUTERRAIN. — EXTRACTiON ET ÉPUISEMENT. - - CAPACITÉ D'EXTRACTION CROISSANTE DES PUITS. - ROLE DE L'ÉLECTRICITÉ.
C'est dans l'extraction du minerai et des eaux que la part du machinisme est devenue, pour les mines outillées à la moderne, tout à fait prépondérante et l'on éprouve, plus que partout ailleurs, l'impression du progrès accompli, quand on pense aux pauvres gamins des soufrières siciliennes, traînant ou portant, il y a si peu de temps encore, leur petit panier de minerai dans des cheminées tortueuses, alors que l'on visite telles grandioses installations modernes, où une station centrale de 5 à 6.000 chevaux
lance la force éleotrique, utilisée un peu plus loin dans le roulage 'souterrain de la mine, la remontée des eaux ou des minerais, Téclairage, la préparation mécanique, etc. Il semble y avoir quelque chose de magique dans toute cette puissance apportée par quelques fils, qui, à un kilomètre sous terre, fait rouler des trains, remonter des bennes, exerce son aspiration sur les pompes.
Le problème de Textraction consiste à amener d'abord le minerai ou le charbon depuis le chantier d'abatage jusqu'au puits d'extraction, quand ce puits n'est pas remplacé par une galerie horizontale débouchant au jour : ce qui est naturellement beaucoup plus avantageux, mais très rare. A ce même puits aboutissent les eaux, la pente des galeries ayant été déterminée en conséquence. Des engins mécaniques ont été très vite appliqués dans les puits d'extraction et d'épuisement. Même avant l'emploi de la vapeur, on a eu des machines hydrauliques, dont certaines mines allemandes dans le Harz ont présenté des exemples tout à fait curieux par leurs proportions. Puis OD a adopté, pour les mêmes usages, des machines à vapeur de force croissante et, enfin, l'on tend aujourd'hui à utiliser l'électricité pour l'épuisement, hésitant encore à adopter cet agent capricieux pour l'extraction, où un arrêt pourrait avoir de très graves conséquences. Après les puité, on a outillé, comme nous allons le voir, les grandes galeries permanentes qui, dans une mine de houille régulière, conduisent depuis le voisinage du chantier jusqu'au puits; et, peu à peu, on a réduit ainsi la distance à franchir par le roulage à la main en la restreignant à la partie essentiellement variable des chantiers, encombrée
de matériaux et irrégulière, oîi le machinisme n'aurait pas sa place*
Transports souterrains. — Les transports souterrains présentent toute la diversité d'installation des transports à ciel ouvert. A côté des anciens convois de bennes tirés par des chevaux* ou (rarement) des trains avec locomotives à la vapeur, à Télectricilé, à l'air comprimé, on emploie assez souvent (depuis 1858), quand les distances à parcourir sont grandes, des systèmes de traction continue à machine fixe, où les bennes sont entraînées par une chaîne sans fin traînante ou flottante. On utilise également les plans inclinés (analogues aux funiculaires de Suisse), soit pour l'extraction intérieure (Transvaal), soit beaucoup plus souvent pour la descente : le bon aménagement de la mine conduisant à centraliser les produits à extraire sur un très petit nombre de « recettes » dans le puits. Pour la même raison, on a des balances intérieures à frein hydraulique, destinées parfois à descendre le charbon d'une centaine de mètres, etc.
Extraction. — Câbles. — Bobines. — Recettes à déchargement automatique, etc. — Nous avons vu, au chapitre VIÏl, ce qui concerne la capacité d'extraction des puits, les dimensions de leur champ d'exploi-
1 Notons, à ce propos, que rintroduction des animaux pour les transports souterrains en 1846 a amené une grève et qu'après un premier essai, les chevaux ont pu seulement être redescendus en 1850. C'est réternclle révolte de l'ouvrier qui, lorsqu'on veut faciliter son travail, augmenter sa production et développer par le machinisme l'industrie dont il vit, commence toujours par craindre qu'on lui enlève son gagne-pain. L'emploi du plan incline date de 1834, et celui du chariot-porteur, de 1853.
talion, etc. : gn résumé, le côté économique du problème. Le côté technique, dont il nous i^este à parler, peut être indiqué en quelques mots. Une cage d'ascenseur à plusieurs étages est portée par un câble généralement plat, parfois rond, d'aloès ou d'acier (moins souvent de chanvre ou de fer) et circule dans le puits entre des rails verticaux qui lui servent de guidages. Une cage à bennes vides descend tandis qu'une cage à bennes pleines remonte. Le câble va s'enrouler au jour sur une grande poulie, dite molette, portée par un haut chevalement en fer, puis revient sur une bobine (ou tambour dans le cas des câbles ronds). Les deux bobines, qui portent les deux câbles, calées sur le même arbre, sont actionnées par une machine d'extraction. Divers procédés permettent de régulariser Textraction quand on travaille à de grandes profondeurs, quoique le câble en se déroulant ajoute sans cesse un poids croissant au poids de la cage (bobines à câble diminué, tambours coniques ou spiraloïdes, etc.) Par exemple, dans la mine de Tamarack au Lac Supérieur, la plus profonde du monde, deux cordes de 31 millimètres, longues chacune de 2.000 mètres, s'enroulent sur les travées d'un double tronc de cône de 8°^50 de long et 12 mètres de diamètre au centre, 4 mètres aux extrémités. Fréquemment, on fait intervenir des mécanismes destinés à fonctionner comme évite-molettes ou parachutes.
Une question particulièrement étudiée est celle du déchargement automatique des cages à la recette du jour, aBn de diminuer le personnel. On est arrivé, en munissant les cages de planchers mobiles et combinant les pentes des voies d'accès et de départ, à faire.
.en quelques secondes, le déchargement de 12 bennes pleines et leur remplacement par 12 bennes vides.
Ëpuisemeiit et aérage. — La venue d'eau dans une mine est souvent de plusieurs centaines de mètres cubes par jour, quelquefois de plusieurs milliers ^ Le procédé qui consiste à enlever Teau, comme le minerai, dans des cages à eau, est évidemm,ent imparfait. D'ordinaire, on a un moteur d'épuisement, tantôt placé au jour et commandant des pompes souterraines par l'intermédiaire d'une longue maîtresse tige, tantôt réuni dans les travaux avec les pompes qu'il actionne. Le refoulement de l'eau jusqu'au jour se fait, soit par un tuyau unique, soit en plusieurs travées, marquées par autant de bâches avec chacune sa pompe distincte. Les systèmes d'épuisement à moteurs électriques se sont beaucoup développés dans ces dernières années. La dynamo située au jour communique alors par un câble en cuivre sous plomb avec une réceptrice souterraine attelée aux pistons de pompe et l'eau est refoulée d'un jet jusqu'à la surface.
Enfin l'aérage est obtenu par un ou plusieurs ventilateurs généralement aspirants, situés à l'orifice d'un puits de sortie d'air. Surtout quand la mine est grisouteuse, la circulation d'air est réglée avec un soin méticuleux au moyen de portes d'aérage.
Remblayage à TEau. — L'exploitation d'une substance quelconque laisse un vide souterrain. Il est
1. On a calculé que les mines d'anthracite américaines extraient 15 à 20 tonnes d'eau par tonne d'anthracite (au total, pour leur ensemble, 1,100 millions de mètres cubes par an). (Voir plus haut, page 139).
assez rare que Ton emploie la méthode dite de fou-: droyage, où, après avoir été en « traçage » jusqu'aux limites de son champ d'exploitation, on « dépile » au retour en laissant tout s'écrouler par derrière ; cette méthode est cependant celle aujourd'hui adoptée pour notre grand bassin ferrifère de Meurthe-et-Moselle. Quelquefois aussi ces vides prennent la forme de salles ou de grattes, séparées par de solides massifs, dans certaines mines métalliques et dans les exploitations de matières sans grande valeur où on laisse des piliers abandonnés. Partout ailleurs, il est nécessaire de remplir, avec des matériaux stériles descendus du jour, le vide créé, pour éviter les effondrements qui peuvent causer des désastres, sous terre ou jusqu'à la superficiel
Cette, nécessité d'un remblayage prend une importance particulière pour le charbon, soit dans les couches épaisses où les éboulements peuvent amener des incendies, soit surtout en présence du grisou dont rirrégularilé de ces accidents facilite l'accumulation. Aussi attache-t-on une importance croissante à remplir soigneusement les moindres vides et, pour y parvenir, on a imaginé, depuis 1900, une méthode, de plus en plus employée, qui mérite d'être signalée pour son ingéniosité: celle du remblayage à l'eau, où Ton fait pénétrer sous pression, dans le vide à remplir, un courant d'eau boueuse (ou plutôt chargée de sables en suspensions) qui dépose ces sables et s'écoule. On a parfois employé (Silésie), l'eau même sous pression, comme dans la méthode hydraulique
1. L'exploitation par remblais a été pour la première fois imposée, en France, on 1834, aux mines de Firmy dans rAveyron.
californienne, à abattre dans la carrière le sable, qu'elle était ensuite chargée de transporter et d'aller déposer sous terre.
Appareils de lavage, criblage, etc. — L'installation d'une houillère, que nous avons prise poui* type, se complète par des appareils de lavage, criblage, préparation mécanique, agglomération, afin de vendre le charbon divisé par catégories et débarrassé des schistes qui le salissent au sortir de la mine. On y ajoute également souvent des fours à coke. La somme considérable d'énergie que nécessitent les machines et appareils de tous genres est fournie, tantôt uniquement par la combustion de la houille, tantôt de plus en plus par la récupération de toutes les forces qu'on laissait perdre autrefois, comme les flammes perdues des fours à coke, les vapeurs d'échappement des machines, etc.
Air comprimé. — Pour actionner les divers engins souterrains, treuils, pompes, perforatrices, baveuses, marteaux-piqueurs, on emploie souvent, à défaut de Télectricité non encore vulgarisée, de puissants moteurs (300 à 800 chevaux), comprimant l'air à environ 5 kilogrammes pour l'envoyer dans tous les quartiers de la mine.
Utilisation des forces perdues. — Électricité. — La quantité de coke produite par une houillère, quantité qui détermine la proportion de flammes perdues à récupérer, se trouve, d'après une remarque précédente, influer sur le choix des engins destinés à produire Ténergie nécessaire. Quand la production de coke est considérable comme en Westphalie, on
LA CONQULTE MlKEfl.VLE
peut adopter la solution tout à fait moderne qui consiste à avoir une station centrale d'électricîté fournissant la force à tous les sièges d'extraction disséminés sur la concession : station munie de deux groupes électrogènes distincts pour remédier aux accidents graves qu'entraînerait l'arrêt de la transmission par une rupture de câble (notamment en cas de grève), paralysant d'un coup toute la vie de la mine. Ou encore l'on enveloppe la concession par une canalisation électrique circulaire, avec deux stations diamétrales pouvant, en cas de besoin, se suppléer l'une l'autre et desservir néanmoins tout le réseau.
Mais de telles solutions, outre qu'elles entraînent une dépense de câbles montant à plusieurs millions, exigent des forces considérables : 40 ou 50,000 kilovratts pour une houillère importante. Quand on fait moins de coke, on garde alors les machines à vapeur pour l'extraction en ajoutant, sur chaque siège d'extraction, une récupération des vapeurs perdues, au moyen de turbines Râteau qui peuvent fournir 7 à 800 kilowatts par siège et suffire à alimenter la laverie, les pompes du fond, l'éclairage électrique des recettes, etc.
CONCLUSIONS. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA MINE MODERNE • INTENSITÉ D'EXPLOITATIOM. — LIMITES ET DANGERS.
Le tableau très sommaire que nous venons de tracer aura suffi pour mettre en évidence les caractères les plus frappants de la mine moderne. Ici, comme dans toutes les autres branches de l'industrie, on s'efforce à la fois d'augmenter jusqu'aux dernières limites la
rapidité d'extraclion, la a productivité », d'économiser les dépenses et de réduire le travail physique comme les dangers de Touvrier. Le machinisme tend à se faire sa place. L'emploi d'engins de plus en plus puissants et de plus en plus souples, que rélectricité facilite, permet d'abattre plus vite, avec moins d'hommes, et d'extraire plus rapidement au joyr : par conséquent de faire rendre davantage à cet orga* nisme, qui, d'autre part, est rendu de plus en plus coûteux par les profondeurs croissantes des travaux et par le développement du grisou (conséquence directe de cette profondeur.
Ce serait toutefois bien mal connaître ce qu'est réellement une mine que de s'imaginer pouvoir augmenter indéfiniment la puissance d'extraction ; et l'on se heurte ici, comme un peu partout, à ce défaut capital qu'entraînent précisément nos trop grands perfectionnements, nos trop grandes complications d'outillage : les proportions démesurées que se trouvent prendre, par suite, aussi bien l'arrêt d'un rouage paralysant tout le reste de la machine, ou l'erreur technique compromettant des sommes énormes, que l'accident sacrifiant d'un coup des milliers de vies.
Toute la mine, nous l'avons assez dit, se trouve dans des conditions très particulières, et qui différencient aussitôt une telle industrie de toute autre, par le fait qu'un très petit nombre d'orifices à débit très restreint la relient au jour et que le prix des sièges d'extraction atteint des chiffres de plus en plus exorbitants.
Dans ces conditions de gêne, on vise cependant et on réussit à augmenter sans cesse la productivité.* Il ne faudrait pas s'étonner que les accidents eussent
une tendance à se multiplier en conséquence. S'ils ne le font pas, si la mortalité s'abaisse au contraire sans cesse, comme nous allons le voir, cela tient aux précautions minutieuses qui sont prises. Nous sommes en présence d'une voie de chemin de fer où circulent des rapides à 100 kilomètres et plus, remplaçant les tranquilles pataches du temps passé. Mais cette lutte constante du mineur contre les redoutables ennemis qui le menacent, lutte dont il sera question dans le chapitre suivant, ne peut être poursuivie avec succès que par le moyen d'une rigoureuse discipline. Toute atteinte à une hiérarchie nécessaire, au lieu de servir les intérêts du mineur, risque de compromettre sa vie.
La mine conventionnelle et la mine réelle. — L'enfer des romanciers et l'idylle des administrateurs. — Mine métallique et mine de houille. — Le danger des rues de Paris comparé à celui des mines. — Mortalité générale des ouvriers du fond dans les divers pays, à diverses époques et dans divers genres de mines. — Comparaison des risques accidentels avec d'autres professions. — Diminution progressive du risque dans les houillères. — Comparaison de la salubrité dans les mines ayec d'autres professions.
Proportion des divers risques dans une houillère. — Éboulements. — Mortalité par le grisou. — La bataille contre le grisou et les poussières inflammables (aérage, lampes et explosifs de sûreté, etc.) — Autres causes d'accidents. — Circulation dans les puits. — Incendies, coups d'eau, acide carbonique. — Ank'ylostomiase et infirmités professionnelles.