DE SUBSTANCES MINÉRALES NOUVELLES
En principe, on peut dire que tous les grands métaux sont de plus en plus demandés, et l'examen de la moindre statistique rétrospective (comme on en a trouvé au chapitre VII) est, à cet égard, concluant. Cependant, si l'on fait entrer en ligne de compte, et le développement général de la population dans le monde et l'extension de la civilisation industrielle, on s'aperçoit que certains de ces métaux n'ont pas augmenté comme ils l'auraient dû, si leurs débouchés étaient restés de même nature ; en tout cas, il existe, entre l'un ou l'autre, des différences que je vais mettre en évidence par quelques exemples. Parfois un
emploi a complètement disparu, ou a beaucoup diminué; mais un emploi nouveau a pris sa place. Cela ne se produit pas d*ordinaire sans entraîner certaines modifications dans la nature et les qualités des minerais recherchés. Les simples progrès de la métallurgie déterminent des changements du môme ordre, etc.
Ëvolution des minerais de fer. — Pour les minerais de fer, révolution a été tout particulièrement caractérisée. Jusqu'à une époque très récente, la qualité essentielle qu'on demandait à ces minerais était la fusibilité. Le traitement d'un minerai de fer ordinaire se fait moins facilement dans une petite installation rudimentaire, comme celles des métallurgies primitives, que celui d'un minerai de cuivre, par exemple ; c'est ce qui explique comment, tout en connaissant probablement le fer, mais en ne sachant le préparer qu'à l'état de très menus objets, les hommes primitifs ont d'abord préféré le cuivre ou le bronze. Longtemps après que l'on eût appris à obtenir du fer en quantités relativement considérables au bas-foyer catalan, cette préférence accordée aux minerais fusibles a déterminé la dispersion des extractions ferrifères sur une foule de petits gisements superficiels, notamment quand ils étaient à proximité de forêts fournissant le combustible, ou de forces motrices hydrauliques utilisées pour la soufflerie.
Une ère toute différente a commencé vers 1860 avec la grande révolution causée par le développement du Bessemer (découvert en 1853). On s'est alors jeté sur les minerais riches et très purs, surtout très exempts de phosphore, que nécessitait ce mode de traitement, en attribuant une valeur particulière à ceux qui
contenaient en même temps du* manganèse. C'est Tépoque de ce qu'on a appelé les minerais à acier, dont les types se trouvaient à Bilbao (Sommorostro). dans le Cumberland, à Dannemora en Suède, en Carinthie, dans les Pyrénées, à l'île d'Elbe,à Mokta-el- Hadid en Algérie, etc.
Mais ces minerais riches et purs à 60-65 °/o de fer se sont assez rapidement épuisés ; et, tout en continuant à leur attribuer une valeur supérieure, on est devenu moins difficile pour des minerais que Ton eût profondément méprisés vers 1860 et qui, peu à peu, se trouvant en grandes masses encore vierges, ont commencé à jouer un rôle, de plus en plus essentiel. A partir de 1878, Tinvenlion de la déphosphoration par les garnissages magnésiens, dont le premier grand développement a eu lieu surtout en Allemagne, a donné une valeur, insoupçonnée précédemment, à des gisements qui jouent aujourd'hui le rôle prédominant dans la métallurgie du fer européenne : le bassin alsacien-lorrain, la Laponie, la Normandie, etc.
Actuellement, on en est arrivé à préférer les minerais fortement phosphoreux à ceux qui le sont faiblement sans être réellement purs, et qui ne conviennent ni à l'un ni à l'autre des procédés, acide ou basique. On voit peu à peu rechercher, les hématites manquant, les carbonates qui forment la partie plus profonde de quelques grands gisements (Bilbao, Carinthie, etc.) On commence à employer, en sousproduits, les résultats du grillage des pyrites, qui, en tant que sulfures de fer, n'auraient jamais été considérées comme un minerai de fer. On n'est plus aussi dédaigneux pour les minerais alumineux. Bientôt sans doute, on exploitera des minerais rendus autre-
fois inutilisables : les uns, par trop de titane comme à Routivara en Suède ; les autres par trop d'arsenic, comme à Tabarka en Tunisie.
En même temps, il faut remarquer que la très grande importance de certaines catégories de minerais amène à en rechercher d'autres, qui conviennent en mélange avec les premiers dans le lit de fusion : ainsi les minerais siliceux,, que l'on reprend de divers côtés depuis que la Lorraine fournit des minerais calcaires. Je ne parle pas de la présence de quelques substances accessoires qui, même en traces, modifient complètement les propriétés des aciers (chrome, tungstène, molybdène, etc.) et qui avaient pu contribuer à faire rechercher certains minerais pour des fabrications spéciales, tandis qu'aujourd'hui on trouve plus pratique d'introduire ces métaux étrangers dans la proportion voulue et au moment opportun dans le lit de fusion pour fabriquer ce qu'on appelle les « aciers spéciaux ».
Évolution des minerais d'or. — Après le fer, il faut, parmi les grands métaux, attribuer une place spéciale à l'or, dont la hausse de prix récente, coïncidant avec un accroissement de production si extraordinaire, semble un des faits économiques les plus saillants de ces dernières années. L'or est .devenu et tend de plus en plus à devenir la monnaie internationale universelle ; avec la prise de possession du monde par notre forme de civilisation et l'entrée en jeu de tant de peuples neufs, sa demande se trouve, tout au moins momentanément, atteindre un degré d'intensité exceptionnel.
En même temps que la demande de ce métal
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précieux tendait à devenir excessive, la catégorie de minerais que la géologie pouvait fournir à ses exploitants s'est profondément modifiée. Au lieu des minerais à or libre do.nt le rôle était capital jadis, on a vu, surtout depuis 1889, entrer en ligne et prendre bientôt une part essentielle à la production, des minerais jusque-là dédaignés, soit comme trop pauvres, soit comme difficiles à traiter ou réfractaires. La très grande majorité de Tor est aujourd'hui extraite, soit de pyrites traitées par cyanuration comme au Transvaal, soit de tellurures, comme dans les deux autres grands districts de Cripple-Greek au Colorado et de Kalgoorlie en Australie occidentale.
Il est résulté cie ce changement un effet dont nous reparlerons sur la production du mercure.
Argent. — L'autre métal précieux, l'argent, s'est trouvé dans des conditions toutes différentes de celles de For, et* le fait même que l'or devenait Tunique métal monétaire international a déterminé, pour Targent, une baisse presque continue depuis un demisiècle. On avait voulu forcer la nature en maintenant le cours du métal blanc à un taux artificiel. Comme toutes les tentatives du même genre, qu'elles soient attribuables à un syndicat, à une coalition, ou à une intervention législative, celle-là a dû finalement céder devant la force des choses. L'argent a perdu, en grande partie, son débouché monétaire; mais il conserve ses autres applications industrielles, qui sont considérables, et qui tendront sans doute à s'accroître d'autant plus que le métal a maintenant baissé de prix. On peut donc s'attendre à voir, une
fois Teffet de la réforme monétaire produit, la consommation de Targent augmenter, comme celle de tous les autres métaux industriels.
Cuivre. — Après Tor, le cuivre est « grand favori», grâce au développement de Télectricité. A diverses reprises, on a vu des entreprises spéculatives en profiter pour faire monter très rapidement du simple au double les cours du métal; et, chaque fois, quelques joueurs se sont fait, au sujet de ce mouvement artificiel, la même illusion, cruellement démentie par un bruyant effondrement. Maintenue dans de justes limites, Taugmentation rapide de la consommation cuprifère n'en est pas moins à prévoir. Il sera facile, quoi qu'on en ait dit, d'y subvenir par l'emploi de minerais plus pauvres, devenus utilisables, soit par une légère augmentation de prix, soit par un progrès métallurgique. Ainsi, depuis une quinzaine d!années, les carbonates argileux, après avoir étonné au début les métallurgistes, ont pris leur place accessoire. Des minerais sulfureux au-dessous de 2 °/o sont maintenant traités. Et Ton doit également tenir compte des essais, reproduits toutes les fois que le cuivre monte trop, pour remplacer ce métal, dans ses applications électriques, par un autre également conducteur.
Plomb. — Le plomb est un très vieux métal, dont les principaux usages se maintiennent. Ce n'est pas toutefois sans changements. L'emploi du plomb comme toitures a presque disparu, remplacé par le zinc; et le zinc, d'autre part, a réussi à éliminer le plomb comme source de matière colorante blanche, à la suite d'une récente campagne hygiénique, dont ont également profité les producteurs d'oxyde d'anti-
moine. On peut encore signaler les nouveaux procédés de fabrication de Tacide sulfurique par voie catalytique, qui tendent à supprimer les coûteuses chambres de plomb, aussi bien que la concentration, non moins coûteuse, dans des alambics de platine.
Zinc. — Le zinc est un métal nouveau, entré seulement en lice depuis le début du xix*" siècle et qui s'est créé des emplois considérables. Là, une évolution métallurgique, connexe d'une transformation géologique, qui ne pourra que s'accentuer avec le temps, a conduit à utiliser de plus en plus les sulfures, dont on a perfectionné le grillage, au lieu des seules calamines, minerais de surface et d'altération, qui sont destinées à manquer bientôt.
Etain. — L'étain qui, jusqu'au xviii* siècle, avait la spécialité de fournir la vaisselle de table, assiettes et gobelets, a perdu cette application, largement remplacée par d'autres nouvelles. On peut prévoir, dans un délai assez court, l'épuisement de ses minerais d'alluvions qui, jusqu'ici, dans la région des Détroits, ont fourni la presque totalité de l'étain du monde, et, par. conséquent, la réexploitation des filons pauvres, souvent négligés à cause de leur irrégularité.
NickeL — Parmi les métaux moindres, le nickel, dont la demande est considérable pour les aciers au nickel (rails de chemins de fer) et les autres alliages, a commencé par être extrait des minerais de cobalt comme sous-produit, puis des sulfures à 2 ou 3 Vo- Vers 1874, quand les minerais hydrosilicatés de la Nouvelle-Calédonie ont fait leur apparition, les métallurgistes en ont refusé les premiers chargements
comme impossibles à traiter; puis ces minerais ont conquis une sorte de monopole, disputé maintenant par les sulfures de fer nickélifères du Canada et des États-Unis, que Ton a appris à traiter par les convertisseurs basiques.
Mercure. — Le mercure est peut-être, de tous les métaux, celui qui a perdu le plus de terrain. Son emploi pour l'amalgamation des minerais d'or et d'argent tend à disparaître, avec l'épuisement des minerais superficiels, auxquels ce procédé était applicable; et l'autre grand débouché du mercure, la couleur rouge au cinabre, est concurrencé par les couleurs à base d'aniline.
Chrome. — Cobalt. — Quelque chose d'analogue se passe pour un des emplois du chrome, la fabrication des chromâtes, ou pour le bleu de cobalt. Mais dans le cas du chrome, un autre emploi s'est retrouvé par la métallurgie des fers ou aciers chromés, entraînant néanmoins une modification dans la nature des minerais de chrome demandés. On voulait, pour les couleurs aux chromâtes, des minerais riches à plus de 50 V** de chrome. La fabrication des aciers chromés, qui date de 1876, accepte des minerais plus pauvres.
Manganèse. — De même encore pour le manganèse. La fabrication des chlorures décolorants, qui était jadis un débouché important, s'est restreinte par le développement des procédés de régénération Weldon ; il lui fallait des minerais à 44 7o de manganèse. La métallurgie, au contraire, consomme de plus en plus de manganèse, mais se contente de minerais à 30 ou même 20 % de fer, pourvu qu'ils ne contiennent pas
d'impuretés nuisibles comme le phosphore et surtout que le manganèse soit associé au fer.
Antimoine. — Aluminium. — Terres rares. — Tungstène. —Molybdène.— Des métaux complètement ignorés ont trouvé des applications métallurgiques et il en est résulté parfois une fièvre de recherches^ avec cette conséquence ordinaire d'une surproduction, jusqu'au jour où l'emploi en question s'est suffisamment généralisé. J'ai déjà indiqué le cas du manganèse et du chrome, si nécessaires aujourd'hui pour la fabrication de Tacier. On peut, dans cet ordre d'idées, citer les cascades qui, alternativement, font rechercher à outrance ou avilissent l'antimoine en raison de ses emplois métallurgiques ; les minerais d'aluminium, bauxites, etc., dont l'entrée en jeu sérieuse n'a pas un demi-siècle et a entraîné à son tour l'exploitation de certaines substances comme fondants (telles que les fluorines très blanches et très peu siliceuses) ; les terres rares à yttrium, cérium, tantale, etc., dont on a commencé à se servir 'vers 1890 pour l'incandescence, d'abord tirées péniblement de leurs gisements norvégiens, puis arrivées par bateaux entiers du Brésil ; les substances radioactives, dont on s'occupe seulement depuis 1898, à la suite des travaux de Curie. Actuellement, les métallurgistes demandent à corps et à cris du tungstène^, du molybdène, qu'ils ne peuvent se procurer en quantités suffisantes, ou même du manganèse dont la disette s'est fait immédiatement sentir quand les troubles
1. La fabrication industrielle des aciers en tungstène a commencé en 1855, après la reconnaissance du tungstène dans les aciers Damas, mais n'a pris un caractère pratique qu'en 1882.
révolutionnaires russes ont arrêté les mines du Caucase qui sont les principales du monde.
Chaque marché a ainsi ses exigences, qui sont souvent absolues et qui semblent imposées par la nature même des choses au moment où elles se produisent, mais qui se modifient parfois complètement d'une année à l'autre. Un ilKnerai acquiert ou perd de la valeur : soit par la découverte d'un mode de traitement ; soit, inversement, par la concurrence résultant de nouveaux gisements qu'aura rendus utilisables la création d'un moyen de transport ou une semblable découverte métallurgique. C'est, pour le dire de suite en passant, un argument très fort, que nous aurons à •^rappeler, contre les mesures législatives par lesquelles on a parfois voulu interdire ou restreindre l'exploitation d'une substance minérale en vue de la réserver pour l'avenir.
Le besoin crée la marchandise. — On peut remarquer également, suivant une observation sur laquelle j'ai insisté dès le début, que, lorsqu'une substance, réputée rare jusque-là. se trouve très demandée, lorsqu'on est disposé à y mettre le prix, on la trouve toujours; la production de n'importe quelle substance, sinon en quantités illimitées, (car le paradoxe semblerait trop fort), du moins en quantités énormément supérieures à ce qu'on attendait d'abord, n'est qu'une simple question de prix. Cela a été particulièrement manifeste pour les terres rares, dont, après n'avoir su où s'en procurer, on a eu vite des quantités surabondantes. Aujourd'hui où la iiïode est au radium, on en trouve partout; il n*y a pas une eau thermale ou même une eau courante qui n'en
renferme. Ce qui est rare, pour une substance quelconque, et ce qui a par suite une valeur exceptionnelle, ce sont ses concentrations « anormales », qui seules nous semblent constituer des gisements parce que seules elles présentent le métal considéré en proportions telles qu'on ait, dans un état industriel déterminé, avantage à Textraire. .
Il serait facile de multiplier les exemples analogues à ceux que je viens de citer. Ils correspondent à toute une évolution métallurgique qui vaudrait à elle seule un ouvrage spécial. Chaque progrès dans les modes de traitement a donné de la valeur à une couche nouvelle de minerais et quelquefois diminué la valeur attribuée à d'autres substances, auxquelles on était auparavant forcé d'avoir recours.
Combustibles. — Emploi des anthracites. — Les substances minérales non métallifères peuvent susciter quelques remarques analogues. Si nous prenons les combustibles, qui donnent lieu à l'industrie de beaucoup la plus considérable, nous constatons une demande toujours croissante, à laquelle une production, croissant elle-même dans le monde avec une rapidité exceptionnelle, réussit jusqu'ici à suffire. En dehors de la solidarité générale qui lie la demande de combustibles à l'activité industrielle et lui fait subir ses fluctuations, les modifications plus particulières sont relativement de peu d'importance.
Pourtant, à côté des houilles grasses, seules usitées il y a cent ans, on a vu, d'abord les houilles demigrasses, puis les charbons maigres et les anthracites, se faire une place. Les perfectionnements des foyers domestiques et industriels avaient permis l'emploi des
houilles demi-grasses ; les poêles à combustion lente, (poêles mobiles, etc.) et les grilles de chaudière spéciales ont amené à rechercher des anthracites, jusqu'alors discréditées.
Ailleurs, grâce à des méthodes d'agglomération ou de préparation mécanique, on réussit à utiliser des charbons poudreux ou sales qu'on rejetait. En pareil cas, les mélanges conduisent à acheter des qualités, qui deviennent solidaires d'une autre dont l'emploi s'étend.
Il est peu probable que, d'ici longtemps, la concurrence de la houille blanche, tout en commençant à se faire sentir localement, cause, en définitive, un grand préjudice à la houille noire. On ne voit pas encore arriver le temps où l'on s'étonnera d'avoir longtemps été chercher si péniblement, si sauvagement, des morceaux de pierre noire sous la terre, comme nous sommes surpris en pensant au temps où nos ancêtres passaient des heures à frotter deux morceaux de bois l'un contre l'autre pour obtenir du feu, ou s'évertuaient à tirer un outil de leurs silex à grands frais de ciselure.
Soufre. — Parmi les substances de moindre importance, si l'on envisage le soufre, on voit que le soufre natif (Sicile) a d'abord tenu un monopole, battu en brèche plus tard par les pyrites, mais sans que le soufre natif perde entièrement son débouché pour des applications spéciales, puisque les mines de soufre de Louisiane, et même celles de Sicile, réussissent encore à vivre.
Phosphates. — Leur histoire. — L'industrie des phosphates est l'un des exemples les plus typiques que
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Ton puisse citer d'une grande industrie minérale toute nouvelle.
L'idée de restituer artificiellement au sol arable les phosphates que lui enlève la culture et dont une partie descend par les fleuves à la mer, tandis qu'une autre aboutit finalement, pour s'y immobiliser, dans le squelette humain, est très récente. La première idée peut en remonter vers 1830. Les gisements fran-çais n'ont commencé à être découverts qu'en 1855 (Ardennes) et surtout après 1868. Il est vrai que nous avions été devancés par les Anglais ; cependant on ne peut guère faire remonter au delà de 1860 Tex* ploitation des gisements phosphatés. La Caroline date de 1867. De 1868 à 1876, on a découvert en France les gisements de la Drôme (1868), du Boulonnais (1873), de l'Auxois (1876). Ceux de Mons en Belgique datent de 1877 et, sous leur forme riche, de 1883. Les gisements de la Somme et du Pas-de-Calais remontent à 1886; ceux de la Floride à 1890. En Algérie, la prospérité n'a commencé qu'en 1894, à Tébessa, et la constitution de la Société de Gafsa en Tunisie date de 1898, les extractions sur ce point de 1899. C'est donc exactement en un demi-siècle que s'est créée et s'est déjà plusieurs fois transformée de fond en comble l'industrie des, phosphates. L'exploitation de cette substance qui, suivant toute vraisemblance, doit cependant être répandue dans une foule de régions encore peu explorées, s'est trouvée jusqu'ici monopolisée (tant à cause de la difficulté avec laquelle un phosphate se reconnaît dans un pays où l'attention n'est pas attirée sur lui, que par suite de l'impossibilité d'exploiter une substance de prix modique sans moyens de transports faciles), dans un très petit
nombre de régions. Des découvertes successives, comme celles de la Caroline, puis de la Somme, de la Floride, enfin de l'Algérie et de la Tunisie, ont, dès lors, produit, dans son commerce, de brusques à-coups auxquels nous avons assisté.
En même temps, la qualité des minerais utilisés se modifiait dans le sens ordinaire, en partant des minerais à très haute teneur pour utiliser des minerais de plus en plus pauvres, depuis les apatites pures jusqu'aux scories phosphatées et devenant moins exigeant pour certaines restrictions, comme celle concernant la teneur en fer et en alumine.
Synthèses et reproductions. — Nitrates. — Rubis. Diamant. — Pour d'autres substances, on pourrait au moins concevoir la disparition absolue des exploitations portant sur des giseifients naturels devant les méthodes de synthèse : ainsi pour les nitrates chiliens devant la fabrication maintenant industrielle des nitrates tirés de l'air ^ ; pour des gemmes, comme le rubis et le diamant, les unes déjà reproduites en grand pratiquement, les autres réalisées scientifiquement dans le laboratoire. Cependant, ni dans l'un ni dans l'autre de ces derniers cas, il ne semble pas que les gisements naturels aient jusqu'ici beaucoup à craindre, quoique le problème soit particulièrement tentant à résoudre de faire, avec une matière de nulle valeur comme l'alumine ou le carbone, des pierres d'un prix aussi élevé que le rubis ou le diamant.
1. En 1898, une conférence où Sir William Crookes prophétisait cette industrie nouvelle, fit encore un peu l'effet d'une originale fantaisie.