‹ La conquête minéraleChapitre 48 sur 82 · STATIONS CENTRALES ÉLECTRIQUES D*ÉNERÛI,E · texte numérisé non relu

STATIONS CENTRALES ÉLECTRIQUES D*ÉNERÛI,E

Sauf pour quelques substances particulièrement précieuses et représentant une grande valeur sous un faible poids, comme l'or et le diamant, la situation d'une mine est, évidemment, un des facteurs principaux qui déterminent son exploitabiiité. Cet emplacement de la mine détermine à son tour,. dans une certaine mesure, la situation des industries solidaires et, d'abord, des établissements métallurgiques, où s'élaborent ses produits.

Position rationnelle des usines métallurgiques. — A ce propos, on sait qu'il y a lieu de distinguer. Les conditions du traitement, la possibilité de se procurer des combustibles ou de la main-d'œuvre, enfin la comparaison entre les prix de transport, du minerai d'une part et, de l'autre, du produit fabriqué (plus les matières premières destinées à sa fabrication), amènent à placer l'usine métallurgique de préférence dans un endroit ou dans un autre. Pour les minerais de cuivre, par exemple, on voit parfois traiter sur place, par des méthodes comme la cémentation, les minerais pauvres et traiter également sur place, par une simple fusion pour matte, les minerais riches, tandis que les minerais moyens sont expédiés dans un des grands centres industriels d'Europe ou des États-Unis (cas de Rio-Tinto). Les minerais de zinc ne sont jamais traités sur la mine, où l'on se contente de griller les calamines pour ne pas transporter inutilement de l'acide carbonique et de l'eau, et leur métallurgie est concentrée dans un petit nombre

d'usines où Thabileté professionnelle joue un très grand rôle. Au contraire, des substances pour lesquelles il n'y a aucune comparaison entre le poids du minerai et le poids du métal extrait, les minerais d'or notamment, dont les teneurs descendent souvent entre 5 et 10 grammes par tonne, sont traitées au voisinage immédiat de la mine.

L'industrie sidérurgique et les mines de fer. — L'industrie sidérurgique, utilisant un minerai lourd et de peu de valeur, a toujours cherché à se rapprocher des gisements miniers^ en combinant cette condition préjudicielle avec les facilités pour se procurer du combustible. Là où fer et combustible existaient à la fois, les industries les plus considérables se sont développées en profitant de cet avantage exceptionnel (centres métallurgiques anglais, Westphalie, etc.).

Parmi les grands centres métallurgiques anglais, Sheffield est dans le bassin du Midland; Birmingham à proximité du bassin du South Staffordshire et du Warwickshire. Le district de Middlesbrough et du North riding est près du bassin houiller du Durham et des minerais de fer du Cleveland. Les ports du Gumberland, Witehaven, Maryport, ont à la fois aussi le fer et la houille*. Barrow^ inFurness s'est développé à égale distance des bassins houillers du Lancashire et du Gumberland, près des mines de fer, etc.

De même,, les centres houillers de Westphalie, Essen, Bochum, Hœrde, etc., sont aussi des centres sidérurgiques.

1. Le bassin de Newcastle se continue vers l'Est sous la mer du Nord; celui de Gumberland se continue jusqu'à 5 kilomètres en mer,

Aux États-Unis, le grand essor de Pittsburg tient à ce que les mioerais de fer du Lac Supérieur y viennent économiquement par bateaux retrouver la houille de Pensylvanie.

Ainsi encore, en France, notre usine du Creusot a été bâtie à proximité des minerais de fer de Mazenay et de Change et des charbons de Montchanin etDecize. Tel a été aussi le cas à Saint-Etienne, à Montluçon,etc.

Actuellement, notre industrie du fer s'est transportée sur les minerais de Lorraine en utilisant, avec nos charbons et cokes du Nord, ceux du district Allemand Rhénan-Westphalien, obtenus en partie par voie d'échange contre l'exportation de ces mêmes minerais.

Mais, peu à peu, il est arrivé souvent que l'une des deux substances vint à s'épuiser, parfois les deux ensemble, et il en est résulté des anomalies tenant à des habitudes commerciales ou industrielles créées, à des courants établis qui se perpétuent, leur cause une fols disparue. Tandis que la presque totalité de nos fontes françaises vient aujourd'hui de Meurtheet-Moselle et que le reste de nos minerais nous arrive par mèr avec une partie de nos combustibles, on voit, malgré tout, subsister et même prospérer des usines, comme celles du centre de la France, construites pour utiliser à la fois un minerai qui n'existe plus et un charbon dont il ne reste plus grand'chose^. Elles se transforment pour se survivre et s'appliquent à fabriquer des produits très finis, très chers, pour

1. On pourrait de même citer telle usine fondée en Russie pour

traiter les fontes de l'Oural par les résidus de pétrole du Caucase

et qui, ayant dû renoncer à Tune comme à Tautre de ces matières

premières pour s'alimenter dans le Donetz, essaye de continuer à

'*'re artificiellement.

lesquels la majoration du prix de la fonte est une faible charge*. Il faut, en effet, pour se décider aux frais que représente le déplacement d'une grosse usine, avec ses difficultés de tout genre, une certitude que l'on n'a pas toujours de réussir mieux dans le point nouveau, théoriquement plus rationnel. Il faut aussi une résolution qui fait quelquefois défaut.. Néanmoins, la force des choses finit tôt ou tard par l'emporter et les usines se transportent à leur place logique, souvent sur la côte 2.

Ailleurs, l'existence d'usines fortement outillées pour la fabrication des produits chimiques amène des bizarreries comme celle de nos minerais d'aluminium partant de France pour aller en Allemagne se faire convertir en sulfate d'alumine et nous revenant sous cette forme. Il suffit d'indiquer ce côté bien connu de notre sujet.

Solidarité des industries diverses avec la houille. — Quand la mine exploite des combustibles, ce n'est pas seulement la métallurgie, mais les industries de tous genres qui en deviennent solidaires. Pour utiliser le charbon, il se crée des ateliers, comme il se construisait jadis des moulins à farine sur toutes les chutes d'eau. Certains coins des grands pays, qui y occupent une étendue relativement très faible (6 pour i.OOO en France, 50 pour 1.000 aux États-Unis), ont pris ainsi,

1. Au Creusot, la fonte d'affinage coûte 14 francs de plus qu*en Meurthe-et-Moselle, ce qui a forcé à abandonner la fabrication des rails d'acier. Toutes les usines mal situées se réfugient ainsi dans les spécialités, pour lesquelles la matière première devient relativement négligeable. Ainsi les usines à fer de l'Oural, alimentées en combustible par un rayon très restreint de forêts, etc.

2. L'électro-sidérurgie, industrie naissante, va peut ôtre amener un déplacement nouveau des usines à fer dans le sens des régions à forces hydrauliques.

depuis remploi de la vapeur, un essor énorme. Mais, la plupart des industries recevant leurs matières premières par mer (filatures, tissages de laine, etc.)? la. proximité du rivage est une condition presque aussi importante que celle du gisement houiller. Tantôt le premier avantage remporte,comme à Marseille, Rouen, Nantes, Anvers; tantôt le second comme à Tourcoing, Roubaix, Lyon et Saint-Elienne...

L'avenir. — Stations centrales électriques. — Après avoir vu la centralisation industrielle se faire, par remploi de la vapeur, sur les bassins bouillers, nous sommes peut-être à l'origine d'une transformation capitale, due au progrès des transports de force à distance par Télectricité. Au lieu de transporter le charbon jusqu'à l'usine, ou de mettre l'usine près du charbon, ne va-t-on pas, dans de nombreux cas, employer une autre solution plus élégante, qui consistera à transporter seulement la force, une fois créée, développée (et non plus seulement à l'état de potentiel dans le charbon), jusqu'au point d'utilisation, libre désormais de se disséminer de nouveau comme au bon vieux temps? Les chemins de fer n'en profiteraient peut-être pas ; mais, outre une économie de transports à mettre en balance avec les déperditions de force sur la route, on aurait, par cette centralisation, une économie de frais généraux qui pourrait être considérable. On réduirait également le rôle de la main-d'œuvre et surtout de la main-d'œuvre enrégimentée, comme l'acuité générale de la question sociale H le développement des grèves y incitent de plus en plus.

La station centrale électrique est déjà employée

pour certaines grandes exploitations minières, pour les transports urbains, etc. Elle a paru aussitôt naturellement indiquée pour la houille blanche. D*où, par exem^ple, le projet d'actionner toutes les mines de Johannesburg par l'énergie des « Victoria Falls ». On commence à utiliser de la même façon la houille noire. Une intéressante tentative dans. ce genre vient d'être faite par la Société des Houillères de Ronchamp qui construit, près des mines, une station centrale électrique de 30,000 chevaux-vapeur, destinée à alimenter les régions industrielles du Doubs, des Vosges et du territoire de Belfort.

A) Le uiheur et les miuvdx miniers. — Mineur au filon et mineur au charbon. — L'*apect du mineur et son habitation, — La viesouterraine. — Esprit des mineurs an charbon. — Salaires. — L'industrie minière et le progrès moral. — Rapports de Tindostrie et de la moralité. — Théories antiques à la Jean-Jacques de Pline l'Ancien. — Main-d'œuvre étrangère et pénale. — Les Chinois.

B) Influence de la richesse minérale sur ie peuplement. — Lamine colonisatrice. — La mine et' le chemin de 1er. — MobiUté de certaines populations minières. — Villes artificielles et villes momentanées. — Transformation des camps miniers en villes stables. — Passage de la phase minière à la phase agricole. — Cités ouvrières. — La mort et la survie des villes minières.

C) Répercussions économiques de la richesse minérale. — Progrès industriels dus aux mines. — Chemins de fer, tunnels, etc. — L'influence de la richesse minérale sur les constructions et l'art d'un pays. — Les mines et la monnaie. — Le bimétallisme antique et moderne. — Mines, millions et milliards. — Spéculations minières. — Prospecteurs, financiers et actionnaires.— Fortunes minières dans l'antiquité. — Jacques Cœur, les Fuggers, etc. — Fortunes et trouvailles modernes.

L'apparition imprévue, en un coin de la terre, de ce trésor caché que constitue la richesse minérale, a, indépendamment de son effet industriel direct qui vient d'être examiné, des conséquences morales, sociales et économiques de toutes sortes. Nous en avons déjà indiqué quelques-unes quand nous avons, dans les premiers chapitres, montré, au cours de Thistoire, la guerre

se déchaînant plus d'une fois en vue de conquérir la mine ou se l'assurant comme un butin. Mais, sans aller à ces extrémités, la mine agit aussi comme un levain puissant, qui transforme la population d'un pays et ce pays lui-même. Il y a là une série de répercussions que l'on peut admirer ou déplorer suivant que Ton apprécie plus ou moins la civilisation industrielle ou la belle sauvagerie à la Jean-Jacques, et dont je voudrais indiquer ici les traits principaux.

Inutile de remarquer aussitôt combien la question est complexe et comporte d'innombrables cas particuliers. En ce qui concerne, par exemple, la psychologie du mineur, je ferai tout à l'heure une distinction capitale entre le mineur de mine métallique et le mineur au charbon. On pourrait en faire bien d'autres. Ainsi, parmi les mineurs de filons, il faudrait encore distinguer entre ceux qui peuvent travailler paisiblement, sur une mine stable, dans un vieux pays comme l'Allemagne, se perp'étuant de génération en génération sur les mêmes chantiers domaniaux du Harz, de la Saxe, etc., qu'on leur conserve en grande partie pour leur assurer du travail, et, d'autre part, l'afflux des prospecteurs et des aventuriers qui peuplent, en quelques semaines, puis abandonnent aussi vite un M Camp minier » du Far- West. Parmi les mineurs au charbon, il n'y a aucun rapport entre ceux qui travaillent dans une petite mine isolée en rase campagne, ceux qu'une puissante Compagnie du Nord ou du Pasde-Calais a groupés, avec un certain luxe de philanthropie, dans une cité ouvrière toute neuve, et ceux qui ont dû s'entasser dans un vieux quartier sordide de Saint-Étienne. Les distinctions de nationalités ou simplement de climat, introduisent à leur tour des

différences du tout au tout dans le tempérament, les goûts, les besoins et mœurs des ouvriers, comme dans rinfluence que la mine peut exercer sur le développement du pays. En économie sociale et politique, il y a beaucoup de « cas d'espèces » et peu de lois générales. Tout cela, qui demanderait à être développé avec des nuances et des restrictions, ne sera traité ici que dans ses très grandes lignes. Nous examinerons d'abord reflfet moral ou, si on veut, psychologique de la mine, le caractère général du mineur et de ses agglomérations; puis, dans une seconde partie, les conséquences plus indirectes que la mine exerce sur la pénétration, le peuplement, la mise en valeur, le développement et, ultérieurement, la transformation durable d'un pays.

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