‹ La conquête minéraleChapitre 51 sur 82 · Voir plus loin, page · texte numérisé non relu

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Les agglomérations minières présentent, d'autre part, certains traits particuliers dont il peut être utile de dire un mot.

mobilité de certaines populations minières. — Etats-Unis. — Un caractère, sur lequel les observateurs des Etats-Unis ont depuis longtemps appelé Tattention, est la mobilité fréquente de ces populations qui accourent fonder une ville, la construisent en six mois et Tabandonnent au bout de deux ans. Dans nos vieux pays, ou la même mine dure parfois plusieurs siècles, sa disparition ne cause pas un vide semblable : on a eu le temps de s'y préparer. C'est un vieillard qui s'éteint et non un jeune homme fauché en pleine force» En Amérique, en Australie, quand le gisement n'est pas assez riche, ne se continue pas assez longtemps en profondeur pour exiger au moins deux générations d'ouvriers, les camps miniers ont bien des chances pour rester de véritables camps destinés à disparaître sans laisser de trace. Le mineur de mines métalliques, qui est un joueur, nous l'avons dit, ne s'éternise pas volontiers sur un filon qui ne rend plus. Time is money. Si le filon n'est plus payant, il va ailleurs. Dans un pays encore aussi neuf, aux immenses ressources naturelles encore en si grande partie inutilisées que les Etats-Unis, on a vu ainsi des exodes réitérés, des mouvements de population, dont les économistes s'étonnent par comparaison avec nos vieux pays, où l'homme a pris racine en un point qui a nourri ses ancêtres depuis plusieurs siècles et où il est retenu par d'innombrables liens (contrairement même à son intérêt). Cette forte influence de l'industrie minière aux Etats-Unis a dû

contribuera maintenir les caractères généraux d'indépendance, de mobilité, de faible attachement au sol, de tendance à déserter les campagnes pour les villes aux plaisirs plus faciles, etc., qui est toute naturelle dans un peuple aussi immédiatement formé par une sélection d'émigrants ayant renoncé volontairement au pays natal, d'expatriés, de « déracinés ».

Cette mobilité de la population, qui frappe dans les États-Unis et qui constitue d'ailleurs sans doute une phase temporaire de leur essor, peut être aisément manifestée par des exemples. Tel fut le cas de Pit Hole City, en Pensylvanie, qui, en six mois, eut 15,000 habitants et qui, peu après, n'en avait plus que 40. Au Colorado, dans les Black-Hills, en Montana, des cas de ce genre se sont souvent reproduits. Ce n'est pas, d'ailleurs, spécial aux Etats-Unis, mais propre à tous les pays miniers où l'on exploite avec l'intensité, avec le souci de rémunération immédiate qui sont des traits de l'esprit moderne et de notre esprit occidental. Une ville née de la mine, en plein désert, ne peut manquer d'en suivre les vicissitudes; et, quand l'agriculture ne réussit pas à se créer, quand aucune attraction particulière ne retient les habitants dans un pays, la force de l'habitude, le culte du^ foyer, le souci des souvenirs familiaux, toute une classe de sentiments à laquelle, dans notre vieille Europe, nous attachons un grand prix, ne peuvent évidemment exister encore chez des fils ou petits-fils d'immigrants.

La mort ou la survie des villes minières. — On voit, à côté de cela, bien entendu, sur un filon durable, sur un de ces grands dépôts réguliers,

comme les couches sédimeDtaires de houille, de fer, et, à un degré moindre, de cuivre, se constituer, auprès de la mine, des villes ouvrières stables, comme nous en avons un grand nombre dans le Nord de la France, ou dans la Loire, comme les Anglais, les Allemands ou les Américains de TEst en ont plus encore, et dont il est inutile, en ayant déjà dit un mot) d'expliquer les caractères bien connus.

Mais celles-là mêmes ne sont pas éternelles. Ce qui est né de la mine est précaire comme elle. Un jour vient plus ou moins vite où il faut fermer les travaux, où une ville entière, qui ne vivait que de la mine, se trouve sans travail et, par conséquent, sans raison d'être. Alors les travaux souterrains déterminent des alfaîssements de la surface, les grandes tranchées à ciel ouvert se transforment en. lacs; les villes tombent peu à peu en ruines...

Elles sont, il est vrai, prolongées quelque temps par cet instinct conservateur qui ramène la plupart des fourmis humaines longtemps à la même place, même lorsque leurs habitations ont été entièrement détruites par un sinistre, même lorsque la cause qui les avait attirées à cet endroit n'existe plus. Une grande industrie minière peut disparaître de fond en comble avec des mineurs d'un autre tempérament que celui de la vieille Europe. Chez nous, la mine finie, l'industrie qu'elle a motivée se prolonge quelque temps irrationnellement par des moyens artificiels, sans qu'on sache trop pourquoi, simplement parce qu'il y a des forces disponibles à utiliser en capitaux et en main-d'œuvre, parce que, suivant une formule parlante, les morts mènent les vivants. Il arrive alors aux plus vivaces des Sociétés créées pour Tex-

ploitation d'une mine de subir une Iransformation si absolue que leur nom seul subsiste.

Telle société fondée pour exploiter du minerai de fer dans l'Est algérien devient marchande de minerais de tous pays et même de phosphates; telle mine de zinc belge finit par se procurer du minerai de zinc partout ailleurs qu'en Belgique ; telle affaire qui tire son nom d'une mine de plomb dans le Plateau Central ne fait plus que traiter les minerais des autres en Bretagne ; telle manufacture de glaces arrive à couvrir les résultats défectueux de ses glaceries avec les produits de ses mines de pyrites et de son industrie de superphosphates, etc., etc.

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