‹ La conquête minéraleChapitre 52 sur 82 · C) RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES DE LA RICHESSE MINÉRALE · texte numérisé non relu

C) RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES DE LA RICHESSE MINÉRALE

Progrès industriels dus aux mines. — Premiers chemins de fer. Premiers tunnels. — La richesse minérale a eu, dans l'histoire du progrès industriel, un rôle que nous ne saurions passer sous silence.

Il n'est peut-être pas exagéré de comparer la place que la mine a tenue ainsi, dans l'histoire des sciences, avec celle du temple dans l'histoire des arts. Ici le désir d'agrandir et de décorer somptueusement ces premières vastes demeures où les hommes se rassemblèrent pour honorer les dieux, là le besoin de vaincre les obstacles naturels dans des conditions de difficultés inusitées, de subvenir à la première collectivité industrielle qui ait groupé ses efforts et de transporter au loin les produits de son travail, ont développé les ressources de l'ingéniosité. La mine a contribué d'abord au progrès de la science géométrique

pour réaliser des travaux souterrains, où la précision était souvent nécessaire ; elle a donné lieu, plus tard, aux premières grandes machines hydrauliques ; puis aux premières applications de la poudre en dehors de l'armement; aux premières applications de la vapeur ; aux premiers chemins de fer. C'est pour la mine, presque autant que pour la guerre, qu'est née la science des explosifs. C'est un des cas où ont été faites les plus colossales applications de la vapeur et de l'électricité.

Rappelons seulement, à ce propos, que les premiers chemins de fer, en Angleterre, en France (à Saint- Etienne), en Pensylvanie (à Mauch Chunk) ont été des voies minières, et que les tunnels, par lesquels on lance maintenant des trains à travers les Alpes, sont un simple travail de mine, dont la technique a été établie par les mineurs pour leurs galeries d'extraction ou d'écoulement longtemps avant qu'on songeât à employer de semblables souterrains pour y faire passer des routes.

J'ai dit aussi comment, dès 1663, le marquis de Worcester avait réalisé une machine à vapeur pour remonter les eaux d'une mine et comment, en 1705, la première machine atmosphérique de Newcomen et Cawley servit pour la pompe d'une houillère près de Wohverhampton.

L'influence de la richesse minérale sur les constructions et l'art d'un pays. — Dans le cas plus particulier de chaque pays, l'influence de la richesse minérale et de la nature géologique du sol se fait sentir à chaque instant, amenant, sur toutes les formes du développement, une action qui a été maintes fois signalée.

C'est la pierre qui fait rarchitecture d'un pays, sa structure, sa topographie, presque autant qu'elle détermine l'aspect et le mode de construction des édifices; c'est elle qui produit la nature et les qualités du sol arable ; c'est la disposition des terrains du sous-sol et celle des eaux solidaires qui créent la répartition des habitations, leur isolement ou leur groupement, et qui, avec le climat, influent le plus sur l'énergie ou la paresse des hommes. Mais la richesse minérale a des contrecoups plus directs. Parcfe qu'il y a du marbre dans un pays comme à Carrare, ou de l'albâtre comme à Volterra, tout le monde y deviendra sculpteur. Parce qu'il y a de la houille et du fer comme à Saint-Etienne ou au Creusot, tout le monde sera mineur, métallurgiste, ou du moins ouvrier d'usine.

Si les Assyriens ont bâti en brique et écrit sur la terre cuite, c'est qu'ils habitaient sur une terre d'argile. Pendant ce temps, les Égyptiens taillaient dans le granit indestructible de Syène, parce que cette roche dure venait, en quelques points facilement accessibles, montrer l'ossature profonde de leur pays ; ou, plus bas sur la rallée du Nil, ils découpaient et ciselaient les sculptures de leurs mastabas dans le fin calcaire qui forme aussitôt, sous le sable, le sous-sol de Memphis. Gènes est la ville de marbre parce que les marbres de Carrare en sont proches et Venise la ville rouge parce que, sur ces bords aplanis de l'Adriatique, la pierre manque et doit être remplacée par la terre cuite. Villes noires sur les laves ; villes grises sur les grès houillers ; villes blanches et claires, aux ornementations abondantes mais fragiles, sur la craie de Touraine, etc. La géologie d'un pays détermine sa ri-

chesse agricole, dontt&fMrospérité des habitants et, dans une certaine mesure, leur caractère même dépendent.

Les mines et la monnaie. — Le bimétallisme antique. — Parmi les répercussions très nombreuses qu'entraîne l'extraction minière, on peut signaler rinfluence directe exercée, surtout dans le passé, par la production des mines nationales sur le choix de la monnaie métallique et sur son abondance : influence évidente toutes les fois que les échanges commerciaux ne sont pas très développés, puisque la mine fournit alors la matière première à la frappe des monnaies. Il suffira de rappeler quelques faits relatifs à la vieille question du bimétallisme.

C'est, nous Tavons vu déjà*, en Lydie que commença le monnayage du monde méditerranéen, avec des monnaies faites de cet or impur à teneur variable que fournissaient le Pactole et le Tmolus, Télectron. Cet électron, on l'employait au lieu d'or épuré parce que l'on ne savait pas encore obtenir celui-ci et Ton n'avait pas d'autre moyen pour apprécier sa teneur réelle que la couleur, ignorant bien entendu l'analyse chimique et même la pesée dans l'eau, caractéristique de la densité. Il semble que, dans les échanges avec la Grèce d'Europe, l'électron ait été évalué à dix fois son poids d'argent. Puis, sous Crésus, vers 560, le raffinage ayant fait des progrès, on ajouta, à la monnaie d'électron, de là monnaie d'or, qu'on évalua conventionnellement aux 4/3 de l'électron : d'où un rapport de l'or à l'argent de 40/3 ou 13 1/3 à 1, c'est-à-dire à peu près ce fameux rapport de 13 1/2 qui a pris les proportions d'un dogme pour les bimétallistes modernes.

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