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CHAPITRE XIV L'avenir de la richesse minérale

Accroissement général de toutes les consommations. — Cas de la houille. — Accroissement énorme de la production. — Possibilité d'un retard dans Taccéiération. — Indices de raréfaction actuelle pour la houille. — Cas du fer et des autres métaux. — Difficulté d'un progrès matériel indéfini. — Transformations industrielles futures.

Mode d'évaluation des réserves minérales. — Difficulté de définir les minerais utilisables dans Tavenir. — Les évaluations sont des minima. — Prédominance du problème commercial sur le problème géologique.

Les réserves théoriques. — Proportion absolue des métaux dans Técorce terrestre. — Distinction entre les minéraux d'origine organisée et les autres. — Analyse moyenne des roches. — Abondance absolue du fer. — Autres métaux. — Teneur en métaux de l'écorce terrestre.

Les réserves pratiques. — Entrée en jeu de minerais pauvres et impurs. — Avantage de ne pas négliger «les minerais pauvres. — Limites à la dimension des installations. — Les découvertes futures et les découvertes récentes (Ruhr, Campine, etc.).

Quand on examine les statistiques de l'industrie minérale dans le monde depuis un demi-siècle et la rapidité avec laquelle les courbes représentatives de la production s'élèvent, semblant accélérer la rapidité de leur mouvement, comme un corps qui tombe, par ce mouvement même, on est pris d^abord d'une certaine inquiétude au sujet de l'avenir réservé à l'humanité le jour où les besoins, formidablement accrus, de sa

consommation se trouveront en présence d'une production incapable de se développer avec une vitesse pareille, en raison de Tépuisement des gîtes les plus accessibles.

Cette préoccupation est bien vieille ; car on la trouve déjà exprimée dans Pline l'Ancien, qui, indigné contre Texploitation minière de son temps, se demandait si elle n'arriverait pas vite à l'épuisement. On l'avait oubliée généralement dans la griserie provoquée par l'essor scientifique et industriel du XIX* siècle, quand, vers 1857, les économistes poussèrent un cri d'alarme. Michel Chevalier déclarait alors que le charbon de la France serait épuisé en cent ans^ celui de l'Angleterre en deux cents. Vingt et un ans après, Jules Simon reproduisait ces chiffres dans son rapport sur l'Exposition de 1878, et, depuis lors, la question des réserves minérales disponibles, soit dans un pays déterminé, soit dans l'ensemble du monde, pour les divers métaux, notamment pour les deux substances fondamentales qui caractérisent par dessus tout la richesse des nations modernes, la houille et le fer, a fait l'objet de nombreux travaux. Elle reparaît notamment dans la presse quotidienne avec une insistance spéciale toutes les fois que, pour un métal comme le cuivre ou le platine, relativement faciles à manipuler pendant un moment par l'accaparement, un groupe de spéculateurs cherche à déterminer la hausse. Les marchands de minerais et les métallurgistes se la posent de leur côté chaque fois qu'une diminution ou un arrêt se produisent dans quelqu'un des grands gisements mondiaux. Avec une machine lancée à toute vitesse, comme c'est le cas de notre industrie métallurgique, il se produit, en effet,

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en pareil cas, des soubresauts douloureux. Enfin, d'une façon plus désintéressée, on la voit fréquemment traitée dans les revues spéciales avec mise en avant de chiffres très précis en apparence, mais fortement discordants quand ils ne sont pas copiés les uns sur les autres. C'est une question difficile dont nous allons, à notre tour, essayer de dire un mot.

Accroissement général de toutes les consommations. — Le problème, qui se pose à ce propos pour les richesses minérales, ne leur est pas spécial. Il se présente pour toutes les substances, dont la consommation se développe par Taccroissement rapide de la population sur la superficie restreinte de la terre et surtout par Tapparition de besoins nouveaux, avec les progrès de la civilisation à forme européenne, chez les hommes de toutes races et de toutes couleurs. Mais, quand il s'agit des. principaux produits naturels fournis et renouvelés sans cesse par la culture du sol, il semble que le mal trouve en luimême son remède. Le jour où la terre deviendra insuffisante pour nourrir les hommes, si Ton n*a pas encore découvert les fameuses tablettes d'azote de Berthelot pour leur permettre d'assimiler directement la matière minérale, l'accroissement de la population s'arrêtera sans doute de lui-même, soit que les hommes s'entretuent, soit que la natalité se réduise. Même dans un pays particulier, les possibilités de vivre limitent à peu près automatiquement le nombre des habitants. Quand il s'agit de substances plus spéciales comme les charbons minéraux ou les minerais et, en même temps, de substances formant des réserves limitées que leur exploitation détruit inces-

samment, le danger parait plus grave à ceux qui y réfléchissent, par ce fait même que moins de personnes s'en préoccupent et qu'on ne voit pas la population d'un pays s'arrêtant dans sa croissance parce qu'on y manquerait de houille.

Cas de la houille. — Or, si Ton prend d'abord comme exemple le cas de ces substances, importantes entre toutes dans le monde minéral, qui constituent nos combustibles — substances dont l'origine même, ayant nécessité l'intervention de la vie organisée, rend les stocks particulièrement limités — , on se trouve en présence d'un phénomène économique très net et, jusqu'à un certain point, inquiétant pour l'avenir. Le progrès de la production houillère dans le monde, au cours du dernier siècle, est représenté, en millions de tonnes, par les chiffres suivants :

Que la loi d'accroissement reste seulement la même pendant un siècle encore et la production de Tan 2.000 sera de quelque 60 milliards de tonnes ; elle deviendrait encore plus forte si le coefficient de Taccélération lui-même continuait à grandir, et l'on arriverait, avec une rapidité foudroyante, à l'épuisement total de toute cette réserve d'énergie empruntée à l'activité solaire pendant la longue durée des âges géologiques.

On peut remarquer, à ce propos, que l'accroissement depuis un demi-siècle a de beaucoup dépassé les prévisions. Quand, vers 1870, M. Hull tentait une première évaluation des ressources houillères de la

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Grande-Bretagne, il admettait que la production anglaise dans les premières années du xx^ siècle monterait à 100 millions de tonnes ; elle a été de 255 en 1906. Néanmoins, il ne faut pas se laisser entraîner à une exagération inverse et, sans rien affirmer dans une matière où les prophéties peuvent raisonnablement varier du simple au quadruple (HuU, 100 millions de tonnes, Jevons, 400 millions, réalité, 255), il semble peu vraisemblable que la loi d'accélération actuelle se poursuive toujours.

Possibilité d'un retard dans raccélèration. — Les

possibilités d'accroître la production sont de deux natures : découverte de gisements nouveaux, exploitation plus intense des gisements connus. Des deux côtés, on voit aussitôt les limites.

La production actuelle se développe surtout par la mise en valeur de régions neuves et dans la mesure où il , reste de telles régions neuves à utiliser ; un mouvement- de ce genre doit nécessairement se ralentir peu à peu de lui-même avec le progrès du peuplement, qui, après avoir un moment précipité les découvertes, les rend plus rares. Ainsi, depuis 1870, tandis que l'extraction houillère décuplait aux États-Unis, pays relativement neuf, elle quadruplait en Allemagne et doublait seulement en Angleterre, où l'industrie charbonnière est depuis bien plus longtemps organisée.

Quand on revient aux gisements déjà connus, on constate qu'il y a des bornes vite atteintes à la capacité d'extraction d'un puits de mine, d'un champ d'exploitation, d'une mine même et, malgré la tendance moderne, dont il a été question plus haut, à accroître sans cesse la productivité de chaque groupe, on se

heurte, dans ce sens, à des impossibilités techniques qui ont été déjà examinées*. Par suite, l'épuisement des gîtes houillers sera moins rapide ; mais, comme le progrès de la consommation n'a pas les mêmes raisons pour se ralentir que celui de la production, la disette commencera à se faire sentir beaucoup plus tôt dans nos vieux pays, si les pays lointains, dont quelques-uns sont certainement très riches en houille, ne viennent pas un peu à leur secours.

Indices de raréfaction actuelle pour la houille. — On pourrait même supposer, si Ton ne craignait toujours d'être la dupe d'une illusion d'optique quand il s'agit de phénomènes trop contemporains, que certains indices de cette raréfaction commencent à se faire sentir en Europe pour la houille, favorisés par la générale tendance socialiste qui a pour résultat de diminuer la capacité productrice des mineurs et, par conséquent (le nombre des ouvriers, pour lesquels il existe de la place, étant limité), celle même des mines. La hausse marquée du charbon, qui a déterminé, dans ces dernières années, un accroissement du prix de la vie, peut, en même temps que d'autres causes très complexes, en dépendre. Il est certain que tous les pays d'Europe, à l'exception de l'Angleterre, sont ou vont être bientôt importateurs de houille. Pour la France, il en a toujours été ainsi, et cela s'accentue chaque jour. La Belgique est devenue acheteur, et non plus vendeur depuis plusieurs années. L'Allemagne, qui fait encore exception, diminue sans cesse ses exportations. Ses statistiques, lorsqu'on a soin d'y englober les lignites qui sont wsouvent de véritables

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