‹ La conquête minéraleChapitre 56 sur 82 · Page · texte numérisé non relu

Page

l'avenir de la richesse minérale 289

houilles, apparaissent parlantes à cet égard. Au lieu d'exporter 4 à 5 millions de tonnes, comme il y a quelques années, TAllemagne n'en exporte plus que 1. Dans ces conditions, en attendant les importations annoncées, mais encore très restreintes, d'origine américaine, l'Angleterre reste maîtresse du marché européen et fait des prix de plus en plus élevés. Malgré les énormes efforts tentés de tous côtés et que cette hausse même encourage, on ne voit pas bien la possibilité, dans les houillères européennes, d'augmenter la production assez vite pour suivre la consommation, surtout avec une législation qui semble s'attacher inconsciemment, sous prétexte de favoriser l'ouvrier, à lui rendre la vie de plus en plus chère.

De même, un autre combustible, le pétrole, est, comme nous allons le voir bientôt, une des premières substances qui, suivant toutes vraisemblances, nous manquera.

Cas du fer. — La question paraît bien moins aiguë pour le fer, si l'on se borne à considérer la France, qui, naturellement, nous intéresse d'abord ; notre pays a, comme assurance pour l'avenir, la ressource énorme de ses minerais lorrains. Ailleurs, en Europe, les gisements de la Suède ont encore une longue période devant eux. Cependant, pour l'Angleterre et l'Allemagne, qui ont été les deux grands pays sidérurgiques européens dans ces derniers temps, comme pour les États-Unis où l'industrie du fer est devenue rapidement si colossale, la préoccupation de manquer de minerais, tout au moins de minerais relativement riches tels que ceux actuellement employés dans les hauts fourneaux, est déjà très nette et la situation peut bientôt devenir critique.

Cas des autres métaux. — Quant aux autres métaux, si les ressources géologiques sont, comme pour le fer, à proprement parler^ illimitées^ elles sont loin de l'être commercialement ; c'est-à-dire qu'ayant épuisé assez vite les gîtes connus, dont le prix de revient actuel détermine le prix de vente, on peut s'attendre à voir exploiter, pour le cuivre, l'or ou le platine, puis pour l'étain ou même le plomb et le zinc, des gisements de plus en plus pauvres, occasionnant par conséquent, malgré les progrès techniques d'où devrait résulter un abaissement du prix de revient, une hausse progressive qui aura son contre-coup un peu partout.

Difficulté d'un progrés matériel indéfini. —

L'homme a certainement passé par une période exceptionnellement favorable le jour où il s'est trouvé en présence de toute une richesse minérale à peu prés vierge avec les forces que lui fournissait la science du XIX® siècle. Je ne veux pas dire que des découvertes scientifiques nouvelles, auxquelles nous ne pensons même pas, ne procureront pas, un jour ou l'autre, un semblable pas en avant par une évolution nouvelle de Findùstrie extractive ; mais, en attendant, il y a peut-être quelque illusion à s'imaginer que la vie, dans le prix de laquelle métaux et charbon entrent pour une si grande part, doit nécessairement et continûment devenir de plus en plus douce à la surface de la terre et que la loi du travail deviendra de plus eu plus facile à accomplir. Sans s'effarer d'avance outre mesure sur le sort d'une humanité, et surtout (ce qui se produira bien longtemps auparavant), d'une Europe où manqueront les combustibles minéraux et les minerais métalliques à haute teneur,

l'avenir be la bichesse minébale 291

sans concevoir de suite cette humanité ramenée à Tàge de pierre, on peut prévoir, pour la seconde moitié du XX* siècîe, pour des années que nos fils verront, une Europe forcée d'acheter au dehors bien des choses qu^elle s'est habituée à vendre et appauvrissant de ce chef peu à peu le trésor de sa longue épargne.

Transformations industrielles futures. — M. Prudhomme dirait que nous sommes à un tournant de l'histoire : un de ces tournants qui sont en réalité partout dans la perpétuelle évolution des choses et des êtres. Il ne peut manquer de se produire une transformation, qui commence déjà, dans les formes d'énergies utilisées, un amoindrissement du rôle prédominant que nous^ avons attribué pendant un siècle au charbon : ce que Ton a appelé une substitution de la houille blanche à la houille noire et un âge du cuivre (le métal de Télectricité), succédant à l'âge du fer (le métal connexe du charbon) ; sans parler des autres inventions qui compenseront sans doute, par des richesses minérales nouvelles, par la transformation ou l'adaptation des vieux produits, la disparition des minerais que nous pleurons d'avance.

La conséquence la plus nette sera un déplacement des centres industriels, que Ton avait jadis placés sur les rivages, le long des cours d*eau ou à proximité des forêts ; puis qui se sont transportés sur les bassins houillers ou sur les grands gisements de fer ; qui, plus tard, sont revenus souvent aux ports de mer afin d'utiliser les ressources mondiales apportées par eau et dont quelques-uns vont peut-être se rapprocher des grandes forces hydrauliques, dans la mesure où le permettront les autres conditions de leur activité, si

Ton ne trouve pas le moyen suffisamment économique de transporter la force jusqu'à eux.

Ceux que de tels changements lèsent ou affligent doivent s'y résigner à temps pour n'en pas trop souffrir, comme les intéressés ont dû autrefois subir la substitution des chemins de fer aux diligences. Essayer de retarder une évolution fatale est naturel de la part de ceux qui auront à en pâtir, mais leur profite peu. Les villes sont destinées à mourir après avoir grandi et essaimé, comme le font les individus; les prolonger artificiellement est illogique, et l'humanité ne gagne rien à s'encombrer de malingres, d'infirmes et de vieillards... Je reviendrai dans le chapitre XVI sur les objections que l'on peut faire à une théorie aussi fataliste et sur l'intervention croissante de l'État, auquel on demande partout de maintenir quelque temps les diligences au bénéfice des chefs-lieux de cantons. Il faut d'abord, dans celui-ci, commencer par examiner le problème des réserves minérales, afin d'en définir les éléments techniques qui doivent être la base logique de ces interventions administratives.

Page 1